Le documentaire «Renée - L’histoire de la première athlète de tennis transsexuelle» d'Eric Drath: un retour dans l’histoire fascinant | Bible urbaine

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Le documentaire «Renée – L’histoire de la première athlète de tennis transsexuelle» d’Eric Drath: un retour dans l’histoire fascinant

Le documentaire «Renée – L’histoire de la première athlète de tennis transsexuelle» d’Eric Drath: un retour dans l’histoire fascinant

Publié le 2 août 2012 par Émilie Langlois-Pratte

Leurs noms vous sont peut-être familiers, notamment parce qu’ils ont été au cœur d’une controverse qui a fait couler beaucoup d’encre dans les années 1970. Il s’agit d’une histoire qui commence avec Richard Raskind, un homme qui avait tout pour être heureux, du moins, selon ses pairs. Champion de tennis amateur, ayant fait des études de médecine et servant en tant que capitaine de corvette pour la Navy, il fut tour à tour un célèbre ophtalmologue, un mari et le père d’un petit garçon. C’est aussi l’histoire de Renée Richards, elle-même ophtalmologiste, auteure et entraineuse de joueuses professionnelles de tennis.  Mais que peuvent avoir ces personnages en commun? Le fait d’être passés à l’histoire pour avoir secoué le monde du sport… en étant en réalité la même personne!

Dans une société comme la nôtre, la différence est parfois difficile à accepter parce que l’inconnu nous fait peur. La quête d’identité, qui n’est à la base jamais bien évidente, devient encore plus compliquée en raison de cette crainte de la différence. Cela était d’autant plus vrai dans le contexte d’une vie publique dans les années 70, une époque où  les cas de transgenres étaient extrêmement tabous. C’est ce qu’a vécu Raskind qui, après avoir caché au reste du monde trop longtemps qu’il était une femme prisonnière dans un corps d’homme, a décidé dans un énorme élan de courage d’effectuer un changement de sexe pour enfin être bien dans sa peau et vivre sa vie comme il, ou maintenant elle, l’entendait. Voulant dès le départ éviter la polémique (ce qui, nous nous en doutons, a lamentablement échoué), il entreprit un nouveau départ sans consulter ses amis et sa famille et à l’insu de la communauté sportive. Richard, devenu Renée, a effectivement un jour tout simplement disparu sans laisser de trace. Facile d’imaginer dans ce contexte les craintes que cette absence a engendré au sein sa famille et de ses amis.

Après s’être approprié le prénom Renée, qui a la signification bien particulière à ses yeux de «renaissance»,  notre héroïne préserve la quête qu’elle s’était fixée avant sa nouvelle vie, soit celle de continuer de pratiquer son métier pour lequel elle dévouait une passion sans fin et, surtout, celle d’exceller dans ce merveilleux sport qu’est le tennis. Comme elle était à présent une femme, Renée a quitté la rivalité masculine pour se joindre à la compétition féminine. Bien vite, l’ancienne vie de Renée refit surface puisque les gens s’aperçurent qu’elle n’était pas tout à fait une femme. Bien malgré elle, de cause à effet, la sportive devint célèbre et son cas tout à fait unique. À la suite de cette découverte, la nouvelle fut loin de plaire à tout le monde et Richards ne fut pas très bien accueillie; qu’allait-il arriver si elle gagnait une compétition? Une compétition impliquant une femme possédant les particularités d’un corps d’homme, et cela malgré certains changements majeurs, pouvait-elle être juste? Renée ayant un avantage sérieux du point de vue de la force et de la structure musculaire, plusieurs femmes refusèrent d’entrer compétition contre elle et décidèrent de la boycotter.  Entre-temps, des membres de sa famille avaient du mal à composer avec la nouvelle vie de Renée, qui vivait elle-même des changements drastiques,  ayant à vivre avec des injections de progestérone et d’hormones à tous les jours.

Le documentaire, humblement réalisé par Eric Drath, nous fait découvrir à tête reposée et après avoir laissé tomber la poussière du légendaire débat, un personnage singulier et attachant envers qui il est difficile de ne pas ressentir de la compassion. Une femme qui, finalement, n’a rien d’un freak show tel que présenté par la folie médiatique de l’époque. Une femme tout ce qu’il y a de plus humain, après tout.  On nous présente le périple émouvant que décide d’entreprendre cette athlète, qui apprend que malgré tous les efforts qu’elle a dû faire pour arriver là où elle est, elle ne pourra jamais tout avoir et qu’il y a donc un certain prix à payer pour ses choix et des sacrifices qu’il faut accepter de faire au nom de ses rêves.

Le documentaire nous projette en plein cœur de ces hauts et ces bas dans la vie de l’athlète transgenre. Tantôt le spectateur a envie de la féliciter pour ses petites victoires et son sang-froid, tantôt il a envie de la prendre dans ses bras en raison des embûches que sa nouvelle vie sèment sur sa route et avec lesquelles il n’est pas toujours facile de composer. Le réalisateur présente un éventail de points de vues différents et c’est ce qui rend le documentaire si intéressant; on y voit les opinions de certains membres de la famille proche de Renée, de ses amis de longue date, des nouvelles connaissances faites au début de sa nouvelle vie, de ses consœurs de tennis avec qui elle a partagé le court et l’opinion de Martina Navratilova, une athlète qu’elle a formé en tant que joueuse de tennis professionnelle. Finalement, la personne avec qui elle partage désormais sa vie livre elle aussi un témoignage.

Bref, c’est un moment de l’histoire du sport qui mérite grandement d’être souligné et qui reste très actuel, notamment lorsqu’on pense à l’histoire similaire de la sprinteuse sud-américaine hermaphrodite Caster Semenya présentée dans les médias en 2009. Sur un ton plus personnel,  l’histoire et la personnalité touchantes de cette légende gagnent à être connues. Présentée par All Balls Don’t Bounce, dont le mandat est de présenter des documentaires qui offrent un aperçu sur les personnages et les histoires derrières le sport, la première montréalaise de la version originale anglaise aura lieu au Cinéma du Parc le 5 août prochain dès 19h . Une surprise attend les spectateurs; pour l’occasion, puisqu’Eric Drath et la championne Martina Navratilova seront sur place afin de rencontrer le public.

Pour plus d’information, visitez le: http://cinemaduparc.ticketacces.net/representations.cfm?EvenementID=2624.

Appréciation: ****

Crédit photo: www.cinemaduparc.com

Écrit par: Émilie Langlois-Pratte

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