«À la recherche de New Babylon» de Dominique Scali | Bible urbaine

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«À la recherche de New Babylon» de Dominique Scali

«À la recherche de New Babylon» de Dominique Scali

Un western où le rêve meurt

Publié le 8 juin 2015 par Marc-André Amyot

Crédit photo : La Peuplade

C’est un premier roman marathon que nous présente la journaliste trentenaire du Journal de Montréal, Dominique Scali, avec À la recherche de New Babylon, publié aux Éditions la Peuplade. Cinq-cents pages où se croisent quatre personnages, en personne ou en destinées, dans un style précis mais qui épuise à force de détails abondants, de scènes parfois clichées et de pérégrinations sans fin.

Une prémisse mystérieuse a pourtant tôt fait d’intéresser le lecteur. Dans l’Ouest aride des États-Unis des années 1800, le révérend Aaron est découvert près d’une route, mains coupées, moignons cautérisés, calciné par ses malheurs. Sa plume réduite au silence, il se fera tout au long du récit le narrateur absent de toutes ces histoires qui s’entrechoquent, de ces mensonges quotidiens, de ces bourgades de passage et de ces fuites qui n’aboutissent à rien.

La trame, lourde, y est cynique du début à la fin. Il n’y a point de salut pour les quatre personnages principaux, qui cherchent ce qu’ils ne peuvent trouver: des histoires à écrire, la liberté totale, un homme à marier, une ville fantasmagorique à fonder (New Babylon). Ils errent dans cet Ouest sauvage où même les idées les plus folles, véritables pépites d’or, demeurent possibles.

Justement, ces personnages constituent le point fort du roman de Dominique Scali. L’auteure a tiré pour chacun d’eux un portrait particulier qui teintera tout au long de l’histoire leur trajet. Du faux révérend Aaron en manque de croyance, à Pearl Guthrie, une vierge esseulée de toutes sensations fortes et d’hommes véritables, en passant par Charles Teasdale, un pyromane suicidé survivant de neuf mise à mort, ou Russian Bill, cent fois meurtrier au statut ambigu, tout est en place pour des fortunes assombries et des rêves brisés.

Roman aux grandes digressions narratives, À la recherche de New Babylon est construit autour des chimères personnelles qui trouvent écho autant dans la course vers la richesse des prospecteurs de l’Ouest que dans le destin de leurs contemporains, les lecteurs. Le malheur, c’est que ce roman traîne parfois en longueur à force de détails et de recensement des humeurs. Comme s’il y avait un personnage de trop dans l’équation, une finalité qu’on finit par deviner à force d’exemples répétés.

Somme toute, il faut néanmoins souligner ce projet ambitieux d’une auteure qui parvient, dans un premier roman, à dresser un portrait de l’humain à faire réfléchir tous les naïfs pressés de la vie, en contexte western, qui plus est. Derrière l’idée «qu’il faut bâtir soi-même la ville rêvée», Scali réussit un tour de force. Elle conclut une histoire de drames par l’espoir, affirmant qu’un rêve, «s’il n’a pas existé, ne peut pas mourir». La dureté mythique et crue de l’Ouest, jusqu’à la fin.

À la recherche de New Babylon de Dominique Scali, La Peuplade, 500 pages, 27,95 $.

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