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«Histoire de la médecine au Québec 1800-2000» de Denis Goulet et Robert Gagnon

«Histoire de la médecine au Québec 1800-2000» de Denis Goulet et Robert Gagnon

Un parcours fascinant... et parfois inquiétant!

Publié le 8 juillet 2014 par Evelyne Ferron

Crédit photo : Éditions Septentrion

Carte d'assurance maladie, visite en clinique sans rendez-vous, examens à l'hôpital, passage à la pharmacie pour se procurer des médicaments... cet ordre des choses nous apparaît comme tout à fait naturel aujourd'hui. Mais notre système de santé actuel, notre façon de pratiquer la médecine et même notre relation avec la pharmacopée, sont le fruit d'une évolution plus que bicentenaire qui fait aujourd'hui le sujet d'un livre imposant, fascinant et fort bien documenté: Histoire de la médecine au Québec 1800-2000: de l'art de soigner à la science de guérir. Écrit en collaboration par le professeur associé à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke, monsieur Denis Goulet, et le professeur d'histoire de l'UQÀM Robert Gagnon, cet ouvrage publié chez Septentrion présente un parcours détaillé de l'histoire de la médecine au Québec depuis 200 ans. À consommer sans modération!

Des sœurs augustines de Québec aux premiers médecins, des plantes médicinales transmises par les Amérindiens aux médicaments d’aujourd’hui ou des «ramancheurs» aux chirurgiens, ne nous le cachons pas, les articles et les études sur l’histoire de la médecine au Québec sont abondants. Mais jusqu’à cette année, aucun livre n’avait encore fait la synthèse de cette histoire et c’est ce que nous proposent Denis Goulet et Robert Gagnon, qui ont puisé tant dans les archives historiques que médicales pour tenter de tracer le portrait le plus complet possible de l’évolution de nos pratiques dans le domaine des soins. D’emblée, les auteurs nous préviennent toutefois, ce sont les pratiques médicales généralistes qui les intéressent et non pas l’histoire sociale et administrative des hôpitaux ou celle plus particulière encore des asiles. Nous partons donc plutôt à la découverte de ceux et celles qui, tant dans les villes que les campagnes, ont voulu soigner leurs pairs et s’initier au fil du temps aux avancées technologiques.

Divisé en 16 chapitres étoffés, regroupés en deux grandes parties chronologiques (1800-1900, puis 1900-2000), l’ouvrage nous rappelle dès le départ les croyances et conceptions médicales qui ont perduré dans le temps, comme la question des humeurs du corps humain, jumelées à une médecine de type populaire qui était encore prisée ici à l’aube du XIXe siècle. Ces pratiques soignantes populaires ont commencé à changer avec l’arrivée de facultés de médecine à Montréal et à Québec, qui ont permis le développement de formations plus scientifiques et pratiques, un projet appuyé par une loi médicale en 1876. Cette loi, née d’un mouvement de pression du Collège des médecins et chirurgiens de l’époque, visait plus particulièrement une formation universitaire de quatre ans pour pouvoir pratiquer la médecine, obligeant ainsi les futures médecins à maîtriser l’anatomie, la chimie et même les délicates questions d’hygiène, encore assez loin de nos standards actuels!

Ces nouvelles formations sont par conséquent étroitement liées à l’émergence de la médecine dite hospitalière, de même qu’aux recherches scientifiques sur diverses maladies comme la variole ou le typhus. À travers l’évolution de ces recherches, nous découvrons aussi celle du développement de la science médicale et sa confrontation à des pratiques populaires parfois douteuses (notamment face à l’hygiène générale… cœurs sensibles s’abstenir!), qui favorisaient la propagation de certaines infections.

La deuxième partie nous conduit ensuite aux années 1900-2000 et s’attarde aux grands changements de la pratique hospitalière au Québec en comparant cette dernière en ville et en campagne, mais aussi en s’intéressant à la relation entre le médecin et le patient dans ces deux cas. Les avancées scientifiques et technologiques comme les rayons X permettent aussi la naissance de spécialités comme la cardiologie ou plus récemment la neurochirurgie. Mais le développement de nos milieux hospitaliers est aussi inhérent aux décisions politiques et l’ouvrage nous permet de faire un petit détour vers la question de l’assurance-hospitalisation et plus tard de l’assurance-maladie.

Les derniers chapitres nous permettent quant à eux un regard tourné vers l’avenir, en nous amenant vers les sujets du financement de la recherche, de même que les créneaux forts de la recherche médicale au Québec. L’ouvrage offre ainsi un parcours étoffé et somme toute complet de l’histoire de la pratique médicale au Québec et si les titres de chapitres laissent parfois présager un contenu lourd ou trop scientifique, il demeure étonnamment très accessible. Rédigé dans un style de vulgarisation grand public sans négliger les détails et les informations poussées, le livre offre de surcroît des photos d’époque et des archives médicales qui appuient le propos avec une touche de réalisme vraiment intéressante.

Bien qu’accessible, ce livre n’est cependant pas pour tout le monde. Si l’histoire de la médecine ne vous intéresse nullement, ce livre, de par sa spécificité, ne parviendra probablement pas à déclencher votre fascination pour l’histoire médicale québécoise. Mais par son approche, il parviendra certainement à attiser du moins votre curiosité. Laissez-vous tenter et vous ne verrez plus votre armoire à pharmacie ou votre visite à la clinique de la même façon!

 

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