«Hollywood» de Marc Séguin | Bible urbaine

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«Hollywood» de Marc Séguin

«Hollywood» de Marc Séguin

Un roman incontournable de la littérature québécoise

Publié le 27 février 2013 par Laurence Lebel

Crédit photo : Leméac

Suite au succès de son premier roman acclamé par la critique, La foi du braconnier (2009), Marc Séguin, peintre d’une grande réputation, qui a entre autres illustré la pochette du disque Les chemins de verres de Karkwa, nous revient avec un tout nouveau récit tout aussi prodigieux.

Ce deuxième roman de Marc Séguin relate les déboires, la misère et les souvenirs d’un homme venant tout juste de perdre sa femme, nommée Branka, à la veille de Noël sous une balle perdue tirée en plein Jersey City. Le protagoniste, dont on ne connaît pas le nom, est témoin de la fin tragique de celle qui l’aimait et qui allait donner naissance à leur petit garçon d’ici quelques jours. Dans l’incompréhension et la détresse la plus totale, il fuit le lieu du crime pour aller errer dans les rues de Jersey City, se saouler et tenter d’oublier. Il finit par atterrir dans une maison de quartier, où un vieux couple ayant pitié de lui l’hébergera le temps qu’il se remette sur pieds. À travers cette rencontre, le protagoniste racontera ses souvenirs d’enfance, quelques anecdotes entourant son meilleur ami tchétchène, ainsi que les réflexions que son amoureuse aimait porter sur certains éléments et observations de la vie quotidienne.

Marc Séguin nous offre ici un chef d’œuvre de la littérature québécoise contemporaine. Les personnages autour duquel l’histoire est tissée sont touchants et nous amène à réfléchir sur la vie. L’exemple le plus frappant est la relation qui unit Sarah et Henry, le couple qui accueille le protagoniste le soir de la mort de sa femme. Au fil de notre lecture, on découvre une véritable force surhumaine qui les unit envers et contre tous. Ces deux personnages sont l’ultime exemple que l’amour est plus fort que tout et, même lorsque le quotidien vient s’installer bien confortablement, il ne faut jamais prendre l’autre pour acquis.

«Henry a aimé Sarah comme on aime un livre. Dans la perfection distante et heureuse d’avoir compris quelques secondes ce qu’ils étaient. À deux. Il leur suffirait de survivre. Et c’est plus facile à deux, croyaient-ils, parce que ça se partage le devoir d’exister.»

Le personnage le plus marquant est cependant celui de Branka, l’amoureuse du protagoniste. Malgré sa mort dès les premières pages du livre, elle est l’épicentre de ce roman et de la vie du personnage principal. Au fil de notre lecture, on prend plaisir à lire et réfléchir sur les observations que Branka a fait au cours de sa vie. Ces observations sont partagées à plusieurs moments dans le récit, alors que le protagoniste se remémore des évènements tirés de leur quotidien. Parmi ces observations, les plus frappantes sont celles faites sur l’amour et le bonheur.

«Le problème avec le bonheur, ce n’est pas de savoir s’il existe ou pas. C’est son marketing, le vrai problème. On nous montre ses traces dans le sable en nous disant que c’est par là qu’il faut passer. Il faut suivre ses pas. Des millions de livres, des milliers de films, des milliards d’esprits telles des éponges qui s’enfoncent dans les sables mouvants.»

Au même titre que Guillaume Vigneault, la force de Marc Séguin réside sans hésitation dans la force de ses mots et de ses métaphores. À plusieurs reprises, on a envie de surligner un passage ou de le prendre en note dans un calepin, tellement la réflexion est magnifique. Ce livre est bourré de passages qui nous touchent droit au cœur et qui nous amène à réfléchir sur certains pans de notre vie. Le seul bémol est la petite difficulté que l’on peut rencontrer pour suivre les retours dans le temps versus le présent. Il peut être parfois ardu de bien se resituer dans le moment, alors que l’on vient de lire un passage qui prenait place vingt ans plus tôt.

Hollywood se classe sans aucun doute dans la lignée du roman poétique Chercher le vent de Guillaume Vigneault. On nous présente des personnages torturés par le passé, mais qui, au final, sont une leçon de vie plus qu’autre chose.

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