Le recueil de nouvelles collectif «Il n’y a que les fous» chez L'Instant Même | Bible urbaine

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Le recueil de nouvelles collectif «Il n’y a que les fous» chez L’Instant Même

Le recueil de nouvelles collectif «Il n’y a que les fous» chez L’Instant Même

La folie est originale et unique, comme la nouvelle

Publié le 14 novembre 2015 par David Bigonnesse

Crédit photo : L'instant Même

Un thème, des auteurs, un recueil de nouvelles. N’y a-t-il pas un peu de folie derrière l’idée de ce projet littéraire? Peut-être, mais c’est tout à fait normal lorsque le cadre thématique livré aux auteurs participants n’est nul autre que la folie. Et le diagnostic critique fait état de ceci: le recueil «Il n’y a que les fous» est atteint d’une grande originalité, met en évidence des plumes travaillées, ainsi que des récits qui captivent et d’autres qui se révèlent moins accrocheurs.

Dans son introduction, Cassie Bérard, la chef d’orchestre qui a rassemblé et présenté ces nouvelles «inédites» publiées aux éditions de L’instant même, s’interroge au sujet de l’ordre dans lequel les textes devaient être agencés dans le recueil. Le résultat est assez concluant, puisqu’une des histoires les plus originales, intitulée «Nous avons un problème», ouvre le bal des récits.

Le protagoniste de cette histoire imaginée par François Blais confie à un homme dans une lettre qu’il s’éprend de femmes qu’il ne connaît pas. En fait, il ne leur a jamais parlé. Cette fois-ci, c’est la voix d’une dame dans un logiciel de conversion. Le coup de foudre. Le hic, c’est qu’il ne peut aller à sa rencontre… Ce qui retient l’attention, c’est réellement le caractère unique du personnage aux idées irréfléchies. De surcroit, le tout est limpide et fort imaginatif.

Avec son personnage masculin frustré par tout ce qui l’entoure (surtout la nicotine qu’il n’a pas), du quotidien, de l’horaire en passant par l’odeur et le temps, Jean-Simon DesRochers signe une nouvelle laissant un travailleur passer en revue tout ce qu’il voit et pense dans un rythme bien cadencé. «L’exemple du cambiste périphérique» s’avère intéressante sur le plan du rythme, mais sans plus. Le troisième texte, «Mettre la pomme en doute» de David Bélanger, propose un véritable suspense à l’intérieur duquel un policier enquêtant sur le meurtre d’une femme devient obsédé par des éléments manquants. Le doute, semble-t-il, fait perdre la carte.

Quant aux nouvelles «Cauchemarder à rebours (au pays de Charlie)» de Mélikah Abdelmoumen, «DD BY» de Mathieu Leroux et «Circonvolutions (Ou: Les multiples vies d’Andy Veilleux)» d’Andrée A. Michaud qui suivent, elles achoppent pour diverses raisons. Par exemple, on sent la contemporanéité de l’époque dans «DD BY» avec ce «Je» Internet, des mots répétés sur plusieurs lignes, le texto, etc. On comprend le lien entre la forme et le contenu ainsi que le syndrome de la page blanche du protagoniste, mais le tout finit par être lassant.

La nouvelle «Sa main à couper» de Jean-Michel Fortier met en scène une femme, Jennifer, qui est troublée par la manie de sa bonne à fouiller dans les papiers jetés dans la corbeille. «Qu’est-ce qu’elle me veut? Qu’est-ce qu’elle cherche à savoir?» sont les questions qu’elle se pose. Brillamment structuré, le court récit impose une progression affolante de l’histoire et de la folie. L’attrait de la nouvelle réside dans sa capacité à évoquer des images instantanément, telles des scènes cinématographiques.

On reconnaît l’écriture au scalpel et déchirant l’âme de l’auteure Olivia Tapiero dans «Parasite», nouvelle s’amorçant avec un itinérant qui ne souhaite qu’être écouté et qui se poursuit avec la culpabilité d’un individu qui s’enlise sur son chemin et nous entraîne dans sa spirale mentale dévorante. D’une grande maîtrise. Du côté de «Ce que l’on voit dans les yeux du monstre» de Pierre-Luc Landry, on retient les références culturelles et sociales liées aux moments de la vie des personnages, toujours intéressantes à retrouver dans la création. En revanche, la souffrance de l’être qui se jette dans une sexualité crue et bestiale pour exister rappelle trop cette tendance lue depuis quelque temps.

En ce qui concerne la dernière nouvelle, «Pas là» de Jean-François Chassay, la langue du personnage agace et l’on se perd un peu dans cette folie du rêve…

La chute des nouvelles ne présente généralement pas de punch final; elle clôt plutôt l’histoire et l’univers de l’auteur. Le punch est en fait tout au long du court récit, et c’est la folie qui l’incarne.

Tout bien considéré, la folie est un thème fascinant à exploiter, surtout en littérature. La description de l’état mental et physique des personnages est souvent ce qui caractérise les grandes œuvres. Évidemment, dans le cas de la nouvelle, le tout doit être ramené au plus clair et au plus imagé rapidement. De plus, il faut avouer que le collectif d’auteurs ouvre de nombreuses avenues: la diversité et l’unicité du style, la texture des mots de chacun, la façon d’aborder le fil narratif, la construction du récit, etc. Ce type d’ouvrage a aussi l’avantage de mettre en lumière des plumes que des lecteurs ne connaissent peut-être pas ou peu et qui nous donnent envie de plonger dans l’œuvre de tel ou tel écrivain par la suite.

L’idée de réunir plusieurs auteurs dans une création littéraire comme le recueil fait souvent sourciller. On se demande si les voix se mêleront bien et si le thème sera bien respecté par chaque écrivain. Dans le cas d’Il n’y a que les fous, on peut affirmer que la commande est réussie, que la singularité dans l’ensemble est au rendez-vous, bien que l’intérêt ne s’affiche pas autant pour toutes les nouvelles.

Il n’y a que les fous, nouvelles rassemblées et présentées par Cassie Bérard, L’instant Même, 2015, 156 pages, 19,95 $.

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