Les Kings of Leon à la croisée des chemins avec leur septième album «WALLS» | Bible urbaine

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Les Kings of Leon à la croisée des chemins avec leur septième album «WALLS»

Les Kings of Leon à la croisée des chemins avec leur septième album «WALLS»

Les désaccords du succès

Publié le 27 novembre 2016 par Jim Chartrand

Crédit photo : RCA Records

L’histoire des Kings of Leon, groupe originaire de Nashville, est celle de tout bon film hollywoodien. Seulement, au septième album, voilà que WALLS nous arrive bien après la tombée du générique, alors que les aléas du succès se confrontent aux sombres réflexions qui en découlent. Entre l’encensement des millions de fans à travers le monde et l’acharnement négatif des critiques professionnels qui aiment y voir la capitulation ultime du rock envers la popularité, les trois frères Followill et leur cousin du même nom auront rarement été aussi discordants et fascinants.

Du fin fond du Tennessee jusqu’aux confins des larges possibilités du vedettariat international, il s’en sera passé des choses en une décennie pour un band de garage qui est devenu l’une des figures de proue du rock alternatif populaire. Et si Kings of Leon continuent de s’enticher de plusieurs de leurs tics habituels, comme celui d’avoir un titre d’album à cinq syllabes camouflant «We Are Like Love Songs» en un acronyme à double tranchant, ou encore d’essayer de caser de douloureuses ballades entre plusieurs hymnes accrocheurs d’arénas, voilà l’album qui montre enfin le mur métaphorique qui tombe. Celui d’un groupe qui accepte avec difficultés les conséquences et les responsabilités de la maturité.

«Been around the world, been around the world, I lost myself and found the girl», scandent-ils sur l’irrésistible «Around the World», qui s’avère beaucoup plus triste que son tempo l’indique. Comme quoi la mélancolie a toujours été au cœur de leurs rythmes – l’état torturé du leader incertain qu’est Caleb Followill y étant pour beaucoup – on aura rarement ressenti autant de sincérité de leur part.

Ainsi, le subtil changement de cap délaissant l’insouciance pour la sagesse permet de voir leurs thèmes fétiches se métamorphoser et tenter de transcender la vision surprenante du nouveau producteur Markus Dravs. Son expérience avec des groupes flirtant davantage avec l’indie pop-rock tels que Florence + The Machine, Arcade Fire et autres Mumford and Sons, aidant beaucoup à essayer de marier les sonorités pop d’aujourd’hui aux racines plus amateurs qui ont jadis bordé le groupe.

Il n’est donc pas étonnant d’y trouver un son moins léché, un débalancement surprenant entre la musique et la voix. Comme si parfois on essayait de noyer les messages – nombreux – dans l’enrobage électrique. Il faut quand même oser pour inclure en plein centre une pièce comme «Over», testament de six minutes d’un pendu au bord du gouffre, leur pièce la plus fluviale depuis la brillante «Knocked Up» d’il y a neuf ans, où la jolie voix de Caleb, toujours aussi chaude, rauque, brisée et nécessaire à l’identité du groupe, nous avoue: «Oh, Don’t say it’s over, don’t say it’s over anymore».

La douleur continue ses combats dualistes avec la pièce suivante «Muchacho», usant d’une mignonne musicalité hawaïenne pour rendre hommage avec beauté à un proche décédé («He’d let you rise, then take the fall, he was my favorite friend of all»), offrant un miroir nécessaire quoiqu’un brin moins efficace à la touchante «Mi Amigo» de Come Around Sundown, leur meilleur album à ce jour. Et c’est peut-être ce qui manque à WALLS: un concept.

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Moins expérimental que sa pochette ou que ses campagnes promotionnelles, divaguant un peu trop à gauche et à droite au détriment de sa propre fluidité, cet opus est plus aléatoire, plus défaitiste et plus distant que l’efficacité de ses singles, comme s’il était déchiré entre la dureté de ses paroles dénuées des plaisirs excentriques de l’alcool et de la chair, qui ont auparavant toujours dicté leur chemin. En somme, ce nouveau disque se cherche comme le groupe, semble-t-il.

Leur indéniable romantisme a cessé son affection aux limites misogynes pour s’en prendre aux véritables émotions. Et, même du côté des paroles, on a approfondi l’approche comme les jeux de mots que l’on s’offre sur l’excellente pièce d’ouverture «Waste a Moment». Leur travail étant plus soigné qu’on leur accorde, il faut se concentrer pour y voir des subtilités comme celles-ci: «She’s a little burner gonna throw you to the flame. Little ticking time bomb gonna blow us all away. Take the time to waste a moment. Never ask to be forgiven».

Sauf qu’un des sommets de l’album, si ce n’est du quatuor, c’est sur la délirante «Eyes on You» qu’on le trouve. Aux abords ordinaires, la quintessence du groupe y est. Que ce soit la sonorité de leurs débuts, les airs accrocheurs et les paroles envahissantes qu’on veut chanter en grand nombre et à tue-tête, les remises en question intérieures, les envolées de guitares et les paroles qui vont au-delà de sa propre romance, de ses propres rimes, c’est assurément l’une des plus belles offrandes qu’ils ont su nous livrer.

«You’re my misfit and i’m your freak.

Dance all night ‘til our knees go weak.

We can shut this place down.

No one else is around.

I try hard to understand.

The crush of the world in the palm of your hand.

You know we sit just right.

Let’s run away from the light.

If you don’t like it, then try it.

You don’t like it, then try it.»

 Et si d’autres détours incontestablement plus génériques, quoique assez agréables, tels que «Reverend» ou même «Wild», au pire, ce sera pour mieux en apprécier les bijoux comme en fera foi la sublime et déchirante pièce de clôture «Walls». Celle-là même où Caleb se livrera en solo, corps et âme, subtilement accompagné de cordes et de piano, dans la pièce la plus authentique et la ballade la plus bouleversante de l’existence du groupe, à mille lieues de la géniale et désormais détrônée «Pyro». «When the walls come down. You tore out my heart. You threw it away. The western girl wih eastern eyes took a wrong turn and found surprise awaits. Now there’s nothing in the way. In the way.»

 

C’est donc là, en guise d’ultime conclusion, après un avis pour le moins mitigé face à un album aussi divergent, qu’on trouvera toute la justification pour l’existence d’un groupe, visiblement impuissant face à un monstre de leur création qu’ils ne parviennent plus à contrôler, qui devra choisir avec minutie son prochain mouvement sur l’échiquier de la musique, mais aussi de la célébrité.

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