«The Man in Black» au Capitole de Québec: être Johnny Cash – Bible urbaine

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«The Man in Black» au Capitole de Québec: être Johnny Cash

«The Man in Black» au Capitole de Québec: être Johnny Cash

Publié le 6 juillet 2012 par Julie Racine

À quoi s’attendre d’un hommage à un artiste dont l’empreinte musicale est telle que son œuvre traverse cinq décennies? Dont la vie personnelle a touché au point d’acquérir le statut de mythe? Jusqu’à quel point est-il possible de créer l’illusion, de donner au public l’impression d’assister à un spectacle du véritable Johnny Cash? Comment l’amour, le sens du spectacle, mais aussi la douleur et l’autodestruction qui caractérisent le personnage peuvent-ils transcender les limites de l’espace scénique?… Par la musique!

Sur scène, point de reconstitution de sa vie, point de chronologie, point de rétrospective biographique: il s’agit ni plus ni moins d’un spectacle de Johnny Cash car, avant tout, la musique y est à l’honneur. Néanmoins, Shawn Barker ne se limite pas à une prestation musicale figée. Plein d’humour, il réagit aux commentaires de la salle et fait preuve d’une belle interaction avec ses musiciens, qui ne sont pas en reste. Les duos avec June Carter sont interprétés avec les choristes, très talentueuses, qu’il sait mettre de l’avant. Il s’agit d’un spectacle vivant.

Bien que l’illusion vise à recréer un spectacle de Johnny Cash «en temps réel», ses chansons sont perçues aujourd’hui comme une œuvre formant un tout, et sa vie comme une biographie. Une perspective d’ensemble, une image que Shawn Barker a recréée à partir de biographies, de films, d’extraits d’archives, et que le public recrée à son tour, avec les mêmes matériaux, et que le charme, la sensibilité et l’humilité du personnage transcendent. Difficile de ne pas céder au charisme (de Barker ou de Cash?) qui parvient à transmettre quelque chose du plaisir qu’avait Johnny Cash à chanter.

Devant le public se trouve donc un Johnny Cash plein de sagesse, portant sur sa propre vie un regard détaché, qui revient donner un ultime spectacle, mais avec l’apparence de sa jeunesse, qui a fait de lui une icône, toute de noir vêtue. Cash ne saccage pas la scène, donc, et n’est sous l’effet d’aucune substance (!) S’il y a deux côtés de Johnny Cash, celui de l’amour et de la musique, et un autre, plus sombre, Barker reste du côté festif et lumineux: il s’agit vraiment d’un hommage à la musique.

Il y a, bien sûr, les technicités: décors et éclairages sobres comme le personnage, ses habits noirs traditionnels, une mise en scène impeccable. Dans la salle plutôt tranquille, à l’image de l’ambiance feutrée du Capitole, ont résonné avec énergie les plus grands succès de Cash: «Hey Porter», «Walk the Line», Ring of Fire, «Jackson» et «Hurt», bien entendu, une reprise de Trent Reznor interprétée avec intensité par un Shawn Barker qui, précise-t-il, cesse d’être Johnny Cash pour devenir Shawn Barker interprétant Johnny Cash.

Le succès de ce spectacle-hommage, créé en 2005 par Shawn Barker et présenté aux États-Unis, au Canada et jusqu’en Australie, ne se dément pas. Et pour cause. Shawn Barker est un personnificateur hors pair qui reproduit les mimiques, les tonalités basses, l’humour de Johnny Cash, et interprète avec justesse les chansons de son répertoire.

Si rares sont ceux qui peuvent se vanter d’avoir vu le véritable Johnny Cash sur scène, à la question «qu’attend le public d’un tel spectacle?», nous pouvons désormais répondre: revivre la légende, voire y participer, et surtout, entrer dans l’illusion qui permet de dire «j’y étais». Et l’illusion est réussie. Le «vrai» Johnny demeure, quant à lui, un mystère. Place à la musique!

«The Man in Black», à l’affiche au Capitole de Québec  jusqu’au 8 septembre. Si vous ne l’avez pas encore vu, il est toujours temps!

Appréciation: ****

Crédit photo: Daniel Mallard

Écrit par: Julie Racine

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