«Iseult&Evaelle», un beau conte sur l'amour et la mort à l'ère du numérique | Bible urbaine

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«Iseult&Evaelle», un beau conte sur l’amour et la mort à l’ère du numérique

«Iseult&Evaelle», un beau conte sur l’amour et la mort à l’ère du numérique

À voir dans une maison de la culture près de chez vous!

Publié le 4 novembre 2016 par Éric Dumais

Crédit photo : Émilie Dutil-Bruneau

Jeudi soir, une charmante surprise attendait les spectateurs de la Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal à l’occasion de la première représentation d’Iseult&Evaelle, un conte jeunesse et moderne portant sur l’amour et la mort à l’ère du numérique. D’après une production de Ce n’était pas du vin, le spectacle, au sein duquel participent quinze jeunes comédiens, danseurs et choristes, s’inscrit directement au cœur de la mission d’Accès culture, qui vise à rendre la culture d’ici accessible pour tous.

«Je te promets que je vais être toujours là, avec toi»

L’histoire de Pénélope Bourque, dans une mise en scène de Véronique Bossé, offre quelques similarités au conte indémodable Tristan et Iseut, vraisemblablement écrit au XIIe siècle. Pour Evaelle, jouée avec intensité par Camille Léonard, l’histoire d’amour qui la lie à Iseult est presque en tout point similaire à l’originale, à cette exception près que «Tristan et Iseut, c’est nous deux, mais sans épée». Et c’est exactement à cette trame narrative que les spectateurs ont eu droit: la flamme à la fois forte et vacillante de deux jeunes adolescentes qui se rencontrent devant les miroirs de la salle de bain de leur école et qui vont tomber en amour l’une de l’autre jusqu’à ce que la mort lève son voile maléfique sur leur bonheur éphémère.

«J’ai vécu le personnage d’Iseult à travers le corps en premier lieu», nous a confié Élise Boileau, rejointe au bout du fil plus tôt cette semaine. Celle qui interprète Iseult, cette blonde toute bouclée, donne la réplique à Evaelle, en plus de faire passer ses émotions fortes à des moments clés par la danse contemporaine. «Au départ, je n’étais que le personnage fantasmé; j’y livrais une danse lyrique et éthérée pour y incarner le fantasme. Mais des changements au sein de l’équipe de production ont fait que j’ai décroché le rôle d’Iseult, avec une participation plus concrète, une danse davantage inscrite dans une émotion, dans l’histoire du personnage.»

Le spectacle, d’une durée d’une heure, laisse à voir une distribution de quinze jeunes interprètes qui, tour à tour, participent à l’histoire où l’on retrouve chant, théâtre et danse. Outre les deux comédiennes, on retrouvait sur scène treize filles à la fleur de l’âge, le visage blanc et les lèvres sombres, toutes de noir vêtues et arborant des motifs aux contours de têtes de squelettes. Le chœur, se tenant majoritairement debout derrière une toile semi-transparente, chacune avec un cellulaire éclairé à la main, incarnait le média social Facebook et clamait à haute voix les statuts publiés sur le mur Facebook d’Evaelle au fur et à mesure que leur histoire prenait son envol.

Dans un décor minimaliste et triangulaire au centre duquel on retrouvait un carré de sable (plus exactement un triangle de terre brune), les deux interprètes y ont incarné avec brio leur personnage, pieds nus dans cet environnement à proximité du public, où elles vivaient toujours dans l’intensité leur histoire d’amour à travers diverses scènes. Tel un mantra, la chorale féminine clamait, à des étapes précises du spectacle, un «10 choses que je rêve de faire avant de mourir!», marquant ainsi les derniers chapitres de la courte existence d’Evaelle, qui s’évanouira dans la mort suite au rejet d’Iseult.

«C’est de toi que je veux me saouler»

Car Evaelle n’est pas toujours une bonne influence pour Iseult, qui a un tempérament beaucoup plus tempéré. Celle-ci est la femme rationnelle, calme et maternelle, alors qu’Evaelle vit avec ce frisson de l’aventure et est plus impulsive, expressive, émotive, intense. «T’es folle!», lui lance Iseult à un certain moment. «T’aimes ça, cette folie-là?», ne peut s’empêcher de lui demander sa douce, au bord du désespoir. Les dialogues, parfois percutants, parfois puérils (mais d’un humour bon enfant), aident le spectateur à entrer furtivement dans l’histoire, et force est de constater, d’ailleurs, que les 60 minutes de spectacle passent très vite.

Au-delà de cette belle histoire d’amour entre deux jeunes adolescentes, il est beau de voir l’implication de jeunes à travers un programme de médiation culturelle mis en œuvre par le réseau Accès culture. Rencontrées à la toute fin de la représentation, Hortense Flamand, Ange Lameni et Alexandrine Laporte, des jeunes de 14 à 16 ans, étaient bien fébriles d’y jouer et surtout d’avoir pris part au processus créatif du chœur: «Je trouve ça très réel ce qui arrive dans la pièce, et ce qui arrive sur Facebook aussi. C’est quelque chose qui peut arriver tous les jours», a lancé Ange, visiblement sensible à la thématique du spectacle, ainsi qu’à sa chute.

Ces jeunes, provenant du milieu du théâtre, de la télévision et du chant, n’en sont pas à leurs premières armes, ayant déjà accumulé quelques années d’expérience dans leur discipline respective. Même si toutes n’ont pas toujours chanté professionnellement, elles ont plutôt bien interprété des succès modernes de David Bowie, Rihanna, Half Moon Run, Sia, Nirvana, Richard Desjardins ou encore Les Colocs. Il y a fort à parier qu’Iseult&Evaelle, leur ouvrira sans doute d’autres portes dans un futur proche! Si vous souhaitez vous laisser bercer par de jeunes talents, c’est un rendez-vous!

«Iseult&Evaelle – Un beau conte d’amour et de mort» sera présenté dans une maison de la culture près de chez vous jusqu’au 25 novembre. Consultez le site du réseau Accès culture pour connaître l’horaire des représentations et pour acheter vos billets: www.accesculture.com/Iseult&Evaelle.

L'événement en photos

Par Guillaume Briand et Angel Carpio (photo de l'affiche) et Émilie Dutil-Bruneau

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