La pièce «Le roi se meurt» au théâtre du Vieux Saint-Vincent de Laval: vive le roi! | Bible urbaine

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La pièce «Le roi se meurt» au théâtre du Vieux Saint-Vincent de Laval: vive le roi!

La pièce «Le roi se meurt» au théâtre du Vieux Saint-Vincent de Laval: vive le roi!

Publié le 4 juin 2012 par Josée Paquet

Les 31 mai, 1er et 2 juin derniers se sont tenues les représentations de la pièce Le roi se meurt, d’Eugène Ionesco, au théâtre du Vieux Saint-Vincent, à Laval. Une petite salle intime pouvant accueillir autour de 80 personnes et un décor sobre ajoutaient une touche de réalisme à la pièce, dont l’action se déroule uniquement dans la salle du trône: deux chaises, un trône et quelques éléments de décor, sans plus.

Aller voir une pièce de théâtre, c’est toujours un instant magique: constater tout le travail derrière le jeu des comédiens, toute la mémorisation des dialogues… mais bon, il s’agit de leur métier, ils se doivent d’exceller. Cependant, lorsqu’on assiste à une pièce de théâtre amateur, où les protagonistes en sont parfois à leurs premières armes sur une scène, et de retrouver cette même flamme, ce même amour du jeu que chez les professionnels, c’est tout simplement divin.

«Les personnages d’Ionesco sont principalement des rôles de composition», mentionne Claude Paiement, metteur en scène et directeur de la troupe de théâtre amateur, qui affirme apprécier l’œuvre de l’écrivain d’origine roumaine; d’ailleurs, l’an dernier, il dirigeait sa troupe dans La cantatrice chauve, du même auteur. Rappelons que pour chaque billet vendu, 2 $ était versé à la fondation Le Pont, venant en aide aux enfants démunis dans plusieurs pays d’Afrique et ailleurs dans le monde; Monsieur Paiement mentionne ainsi être venu en aide à différentes œuvres caritatives par le passé, et il répète l’expérience chaque année.

La pièce débute lorsque le garde (Michel Forget) annonce l’arrivée de la Cour; les deux reines, Marie et Marguerite, interprétées respectivement par Isabelle Tremblay et Danielle Ros, se retrouvent dans la salle du trône, en compagnie de Juliette (Marie-Thérèse Proulx), la servante, femme de ménage, jardinière et infirmière. Marie, jeune épouse frivole, se refuse à accepter que la fin du roi est proche; Marguerite, la première femme du roi, tente sans succès de lui faire entendre raison. Le roi, Bérenger (joué ici par Serge Théroux), entre alors en scène et apprend la triste réalité, froidement, de la bouche de Marguerite, dont les propos sont corroborés par le Médecin (Sébastien Templier): il va mourir. Pas dans 5 ans, pas dans 6 mois, mais maintenant, à la fin du spectacle (comme Marguerite nous le rappellera à intervalles réguliers en annonçant combien de minutes il reste à vivre au roi).

Bérenger nie l’idée de sa propre mort, encouragé par sa jeune épouse, mais bien vite, il réalise que la nature ne lui obéit plus, ses ministres ont disparu, son peuple disparaît, les murs du palais se lézardent… le roi se révolte, car il s’aperçoit qu’il n’a plus de pouvoir sur ses sujets, sur le cours des choses (les feuilles des arbres ne poussent plus quand il l’ordonne) et le Médecin constate les différentes étapes de sa disparition imminente, que le Garde annonce au fur et à mesure qu’elles apparaissent. Autant au début de la pièce, on sent les personnages encore sous «l’emprise» du roi, plus la pièce avance, plus ils se détachent de son autorité, ne répondant plus à ses ordres; signe de l’étiolement de son royaume. Qui apprendra au roi Bérenger à mourir? Y parviendra-t-il? Bérenger doit se détacher de son univers, petit à petit, faire le deuil, de ce qu’il a accompli, puis des plaisirs de la vie et enfin, de ce qui est le plus important à ses yeux: l’amour, et les êtres qui l’entourent.

On retrouve ici l’univers absurde d’Ionesco; toutefois, rien à voir avec La cantatrice chauve. Cette pièce porte à réfléchir sur notre propre existence, sur les étapes inévitables qu’une personne doit franchir lorsqu’elle arrive à la fin de sa vie. Les personnages sont fort crédibles, le jeu des comédiens est irréprochable et l’intimité de la salle rendait les spectateurs en parfaite symbiose avec la petite troupe. Dès les premiers instants de la pièce, on oublie que celle-ci est jouée par des comédiens amateurs tant ils débordent de talent et offrent une performance dont ils n’ont certainement pas à rougir.

Et quels sont les projets du metteur en scène dans le futur? «J’aimerais bien monter une pièce de Molière, Les précieuses ridicules, entièrement en alexandrins; toutefois, cette année, la troupe n’était pas assez nombreuse pour mener à terme ce projet. Monter une pièce de ce genre est plus difficile avec des amateurs, mais il s’agit d’un beau défi à relever».

Pour ceux qui aimeraient suivre les ateliers de théâtre de Claude Paiement, visitez le site www.atelier-theatre.com.

Appréciation: ****

Crédit photo: Josée Paquet

Écrit par: Josée Paquet

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