«L'Écolière de Tokyo» de Jean-Philippe Lehoux au Théâtre Denise-Pelletier | Bible urbaine

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«L’Écolière de Tokyo» de Jean-Philippe Lehoux au Théâtre Denise-Pelletier

«L’Écolière de Tokyo» de Jean-Philippe Lehoux au Théâtre Denise-Pelletier

Angoisse et espoir à Shinjuku

Publié le 9 septembre 2016 par Pierre-Alexandre Buisson

Crédit photo : Laurence Dauphinais

Il y a un moment très poignant dans l’Écolière de Tokyo où le ton passe sans crier gare de la comédie au drame, un pivot saisissant pendant lequel le spectateur retient son souffle, l’exemple idéal d’une dramaturgie finement pilotée qui a un impact immédiat et tangible.

Cette pièce, écrite par Jean-Philippe Lehoux (pour laquelle il a remporté le prix Gratien-Gélinas en 2013), nous propose un récit chronologique mais loin d’être linéaire, à la structure éclatée.

Sous la forme d’une série de leçons de japonais, dont le narrateur omniprésent (l’hilarant Michel Olivier Girard) veille sur le déroulement de l’histoire, on y découvre Samuel Cohen (Jean-Philippe Perras), un jeune «citoyen du monde» égocentrique et insoucieux, qui traîne à Tokyo depuis quelques mois, justifiant des petits larcins avec une rhétorique douteuse, dormant dans un karaoké, et «jouant» avec les Japonais et les touristes en faisant fi de l’impact émotif qu’il cause.

Tout cela change drastiquement quand Claude (Daniel Gadouas), un sexagénaire analphabète, surgit dans l’izakaya où il passe ses journées, les épaules affaissées par un fardeau mystérieux, ne parlant pas un traître mot de japonais. Samuel commencera tout d’abord par se moquer de lui, de son anglais «pitoyable», de ses vêtements… mais finira par constater l’angoisse qui l’habite, et une série d’événements changeront à jamais sa perspective sur la vie.

Ce coming of age très touchant est desservi par une scénographie inventive et efficace, tous les lieux étant superposés et visibles en tout temps, et ce, sans que cela ne déroute le spectateur. L’espace principal est l’izakaya où Miro Lacasse personnifie monsieur Tanaka, un Japonais bourru et sympathique, tenancier de cet établissement de Shinjuku qui sert de la nourriture pas possible et de la bière fraîche.

On ne voit pas le temps passer devant cette aventure au rythme irréprochable, cette «tragédie comique» pleine d’humanité, qui nous rappelle un peu le film Lost in Translation, avec une fibre identitaire québécoise bien présente. On ressent un agréable choc culturel quand des symboles populaires japonais sont disposés alors qu’a lieu une discussion sur la précocité de la sécurité d’emploi au Québec, ou quand Samuel vole sans vergogne les vêtements d’un homme d’affaires sans domicile, endormi dans la rue.

On ne saura jamais, en fin de compte, lorsque les lumières de la salle s’allument, si la conclusion de cette pièce est heureuse ou triste. On aura vu passer quelques destins, des personnages forts auxquels il est facile de s’identifier, et des enjeux qui nous prennent aux tripes. La mise en scène de Charles Dauphinais sert très bien l’émotivité de l’écriture et nous offre un divertissement qui fait réfléchir et qui nous hantera souvent dans les jours qui suivent.

L'événement en photos

Par Laurence Dauphinais

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