«Le Timide à la cour» de Tirso de Molina au Théâtre Denise-Pelletier | Bible urbaine

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«Le Timide à la cour» de Tirso de Molina au Théâtre Denise-Pelletier

«Le Timide à la cour» de Tirso de Molina au Théâtre Denise-Pelletier

Chorégraphie royale

Publié le 4 octobre 2016 par Pierre-Alexandre Buisson

Crédit photo : Gunther Gamper

Adapter un classique présente souvent plusieurs défis, notamment en ce qui a trait au rythme. Il s’est passé énormément de choses entre la rédaction du Timide à la cour en 1611 et son adaptation par Alexandre Fecteau en 2016. La «capacité de focus» du spectateur moyen s’est drastiquement amenuisée et les petites urgences de la vie quotidienne sont souvent difficiles à ignorer. Nous marchions donc vers l’incertitude en entrant dans l’imposante enceinte du Théâtre Denise-Pelletier, cette semaine, pour assister à cette représentation.

L’impressionnante distribution laissait présager de grandes choses; avec entre autres Roger la Rue en Duc d’Aveiro, Sophie Cadieux et Kim Despatis dans le rôle de ses deux filles, et Renaud Lacelle-Bourdon jouant Mireno, le timide du titre. Et le public prenant tranquillement place dans la salle aura le loisir de les observer, car le rideau est déjà levé et tous les acteurs sont sur scène, discutant comme dans un bistro, se promenant d’une table à l’autre sur une scène où trône une immense pyramide de bois.

Le synopsis alambiqué serait un peu difficile à résumer, et il faut voir la pièce pour tout saisir, tout comme le laissait présager l’amusante vidéo promotionnelle. C’est une histoire d’amour avec beaucoup de malentendus, racontée dans une bonne humeur généralisée: les deux filles du Duc sont promises à des Comtes, dont elles ne sont pas amoureuses. Elles trouveront toutes les deux des hommes sur qui jeter leur dévolu, alors que le temps presse et que leur mariage «forcé» approche.

Si une chose n’a pas changé en 405 ans, cependant, ce sont les jeux de séduction et le comportement parfois contradictoire des amoureux maladroits. L’essentiel de l’intrigue est ici dirigé vers le coup de foudre mutuel entre Magdalena (Sophie Cadieux) et notre timide. Cadieux joue ici très physiquement, toujours aux frontières du cabotinage, le corps raidi par le flirt, et Lacelle-Bourdon semble par moments littéralement pétrifié par sa timidité, leurs mouvements formant une chorégraphie parfois douce, parfois foudroyante, mais toujours gracieuse.

La mise en scène d’Alexandre Fecteau remet habilement en question le texte parfois vieillot de Tirso de Molina, qui, disons-le franchement, est par moments scandaleusement sexiste. Des interventions très intelligentes des actrices, qui s’adressent directement aux spectateurs, soulignent à gros traits l’absurde d’un certain discours, ajoutant une touche féministe et loin d’être lourde à l’ensemble. On a aussi beaucoup apprécié le fait que les nombreux comédiens ne quittent jamais vraiment la scène, et les transitions sont effectuées par l’intermédiaire de simples fondus au noir et le déplacement, dans diverses directions, d’un ensemble de lamelles verticales qui changent subtilement la perception du public.

Cette pièce pleine d’esprit interprétée de façon très énergique marque avec classe le 15e anniversaire du Théâtre de la banquette arrière, une troupe qui propose des spectacles toujours ludiques et engagés.

L'événement en photos

Par Gunther Gamper

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