«Arrival», le dernier chef-d’œuvre de Denis Villeneuve | Bible urbaine

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«Arrival», le dernier chef-d’œuvre de Denis Villeneuve

«Arrival», le dernier chef-d’œuvre de Denis Villeneuve

La pensée sans le langage n’est qu’une nébuleuse

Publié le 12 novembre 2016 par Alyssia Duval

Crédit photo : Paramount Pictures

Comment définir l’humanité? Ce questionnement lui-même constitue une part de la réponse. Nous – les humains – sommes des créatures pensantes, curieuses, spirituelles, sensibles, conscientes, et dotées d’une étonnante faculté permettant à nos esprits de s’interconnecter. Vecteur de cette perpétuelle quête de sens qui caractérise notre espèce, le langage constitue tantôt une barrière, tantôt un pont, et toujours la première arme à être dégainée lors d’un conflit.

Dans Arrival, le conflit est à la fois international et interplanétaire. Amy Adams y incarne Dr. Louise Banks, une spécialiste en linguistique dont le génie sera revendiqué par les forces militaires américaines le jour où douze vaisseaux spatiaux se poseront simultanément à différents endroits à travers le monde. Aux côtés d’un expert en sciences mathématiques (Jeremy Renner), d’un haut-gradé militaire (Forest Whitaker) et de son unité d’élite, elle sera chargée d’établir un premier contact avec ces mystérieux étrangers dont il faudra déchiffrer les modes d’expression. Qui sont-ils? Et pourquoi sont-ils venus sur Terre?

D’après une courte nouvelle de Ted Chiang intitulée Story of Your Life, cette histoire d’invasion extra-terrestre ne s’attarde pourtant pas sur la potentielle menace que représentent ces sombres monolithes flottants, mais plutôt sur notre (in)capacité à communiquer, en tant qu’individus comme en tant que collectivité, et sur notre besoin intrinsèque de comprendre les fondements de notre identité humaine. Ainsi, Arrival est une rencontre, et pas seulement du troisième type. Il s’agit d’un long dialogue entre ses personnages et leurs visiteurs, puis entre le film lui-même et son spectateur, qu’il oblige à réfléchir patiemment, la poitrine serrée, jusqu’à un acte final vibrant d’émotion et d’intellect, quoique défectueux dans sa logique interne (éternelle faiblesse de la science-fiction).

Cela dit, bien qu’on l’ait souvent (et non sans raison) comparé à certains des plus brillants réalisateurs actuels dont David Fincher, Terrence Malick et Christopher Nolan, l’art de Denis Villeneuve jouit toujours de son souffle unique et nuancé qui, décidément, s’harmonise aussi bien avec les complexités de la science-fiction qu’avec les tragédies familiales d’Incendies et de Prisoners, les dédales existentiels d’Enemy ou les grands enjeux politiques de Sicario. Ce malheureux manque de raffinement au scénario est probablement ce qui aura coûté à notre cinéaste québécois la note parfaite qu’il frôle de si près à chaque nouvelle production.

Amy Adams, quant à elle, livre sa meilleure performance à ce jour. Cinq nominations plus tard, 2016 sera peut-être l’année fatidique pour la divine rouquine auprès de l’Académie, considérant qu’elle brille autant – sinon plus – dans le plus récent opus de Tom Ford (Nocturnal Animals, en salles le 25 novembre) que dans celui-ci.

Arrival est une ode au langage, traite ce dernier comme une forme d’art à part entière, et ce, dans chacun des aspects de sa sémantique cinématographique. De ses splendides tableaux aériens à son atmosphère lumineuse et onirique, en passant par cette brume inquiétante enveloppant les fameuses créatures et le profond sentiment d’émerveillement que nous transmettent ses personnages, il est un énième témoignage du savoir-faire de Villeneuve, épaulé cette fois par la vision de Bradford Young à la photographie et la virtuosité de son complice musical habituel, le compositeur islandais Jóhann Jóhannsson.

Ensemble, ce qu’ils proposent est une œuvre qui inspire et qui respire, à interpréter selon l’impression du moment et dont chaque nouveau visionnement ajoutera certainement une couche de plus à sa profondeur affective.

«Through the act of reading my words, the patterns that form your thoughts become an imitation of the patterns that once formed mine. And in that way I live again, through you.» – Ted Chiang

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Par Paramount Pictures

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