Comment «Blade Runner 2049» redonne tout son sens à la science-fiction | Bible urbaine

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Comment «Blade Runner 2049» redonne tout son sens à la science-fiction

Comment «Blade Runner 2049» redonne tout son sens à la science-fiction

Hommage au génie Villeneuve (sans spoilers!)

Publié le 20 octobre 2017 par Alyssia Duval

Crédit photo : Warner Bros. Pictures

N’est-il pas présomptueux de vouloir produire la suite d’un film culte qui, non seulement vieux de 35 ans, est largement considéré comme le meilleur en son genre? Pour Denis Villeneuve, il s’agissait certainement d’un pari dangereux, voire chimérique, et pourtant…

D’une splendeur incommensurable, son Blade Runner 2049 surpasse même les attentes des plus fervents admirateurs(trices) de l’œuvre originale. Dans les mots de l’une d’entre eux, voici comment notre acclamé cinéaste québécois y est parvenu.

«It’s not an easy thing to meet your maker.»

D’après le roman du célèbre Philip K. Dick intitulé Do Androids Dream of Electric Sheep?, le film de 1982, réalisé par Ridley Scott, est sans contredit le plus grand chef-d’œuvre de ce dernier. Et ce n’est pas peu dire de l’homme derrière Alien, Thelma & Louise et Gladiator.

Quelque part entre film noir et science-fiction, Blade Runner nous transporte en 2019 – ce qui semblait beaucoup plus distant à l’époque! – au cœur d’un Los Angeles sombre, pluvieux, déchu. Dans cet avenir dystopien où des humains artificiels (les Réplicants) sont construits de toutes pièces pour servir d’esclaves au sein de colonies hors-planète, l’agent Rick Deckard (Harrison Ford) est chargé d’éliminer un groupe de dangereux fugitifs revenus sur Terre pour s’en prendre au PDG de la corporation les ayant créés.

Campé trente ans plus tard dans un Los Angeles encore plus oblitéré, Blade Runner 2049 suit plutôt le détective K (Ryan Gosling), lui aussi mandaté de traquer les Réplicants illégaux. Une découverte troublante et subversive le mènera éventuellement à croiser le chemin de Rick Deckard, mais nous n’en dirons pas plus…

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Denis Villeneuve en coulisses de «Blade Runner 2049»

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Denis Villeneuve, Ridley Scott, Harrison Ford et Ryan Gosling

«There’s a bit of every artist in their work.»

C’est au début 2015 que Ridley Scott, à titre de producteur exécutif, accordait publiquement sa bénédiction à Denis Villeneuve pour réaliser 2049. Muni d’un scénario signé Hampton Fancher (auteur du Blade Runner original), le cinéaste a ensuite recruté les illustres concepteur artistique Dennis Gassner (Skyfall) et directeur de la photographie Roger Deakins, son complice pour Prisoners et Sicario qui – vous avez ma parole – remportera enfin l’Oscar cette année. Aussi bien entouré qu’à l’accoutumée, c’est ainsi que Villeneuve, lui-même fan invétéré de l’univers Blade Runner, s’est investi corps et âme dans ce projet titanesque qui deviendra sans doute, à son tour, un classique de la science-fiction.  

C’est ma devise de vie: le succès requiert avant tout la pure passion; et il est incontestable que 2049 soit justement une œuvre de passion. Ses défauts de retours au box-office mondial s’expliquent d’ailleurs, en partie, par les mêmes raisons que son prédécesseur de 1982: il ne s’agit pas d’un fougueux spectacle intergalactique à la Star Wars.

Méticuleusement construit et patiemment rythmé, l’univers de Blade Runner – quoique non exempt de scènes d’action impressionnantes – est empreint d’une grande sagesse. La douce mélancolie de ses protagonistes se manifeste à chaque prise de vue, à travers une mise en scène intelligente et détaillée, une atmosphère éthérée, une bande sonore envoûtante… Et chacun de ces aspects n’est pas seulement reproduit dans 2049, mais élargi, enrichi et actualisé, comme seul un véritable passionné saurait le faire.

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Denis Villeneuve devant la Peugeot futuriste de Detective K

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Ryan Gosling, Harrison Ford et Denis Villeneuve en coulisses de «Blade Runner 2049»

«More human than humans.»

Il fut un temps où je ne comprenais pas l’intérêt de la science-fiction. Ces extra-terrestres, ces androïdes, ces vaisseaux spatiaux… Impossible de s’identifier à des concepts aussi lointains, non? Et puis un jour, j’ai découvert Star Trek, et j’ai réalisé qu’au contraire, la science-fiction est la littérature des possibles. Elle nous incite à imaginer un futur hypothétique – celui auquel nous aspirons (utopie) ou celui que nous redoutons (dystopie) – en s’appuyant sur notre histoire en tant que société pour réfléchir, de manière créative, aux conséquences de nos actions collectives. Par le fait même, elle est un excellent prétexte pour critiquer ces dernières…

«Science fiction is a great way to pretend you are writing about the future when, in reality, you are attacking the recent past and the present. You can criticize communists, racists, fascists or any other clear and present danger, and they can’t imagine you are writing about them.» – Ray Bradbury (Fahrenheit 451)

Ce à quoi s’intéresse la franchise Blade Runner est l’essor de la technologie, et comment sa dominance remet en cause l’essence même de l’espèce humaine. Qu’est-ce qui différencie les vrais humains des Réplicants? Si l’on s’en tient au film de 1982, il s’agit de notre sensibilité aux souvenirs ou, en d’autres termes, de l’expérience émotionnelle résultant de notre mémoire. Une nouvelle théorie est soulevée dans 2049, mais ne gâchons pas l’intrigue pour ceux qui ne sont pas encore passés au cinéma. En résumé, on s’attarde cette fois à ce que cela signifie d’être «en vie», qu’on soit fait de chair et d’os, de tissus synthétiques ou de pixels.

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Storyboards pour «Blade Runner 2049»

Ainsi, Blade Runner est une exploration de la notion d’humanité, un sujet de prédilection pour Denis Villeneuve. Dans Incendies, il se questionnait sur notre rapport au passé et à nos origines biologiques et culturelles. Dans Enemy, sur notre individualité et la fragmentation de la psyché masculine. Dans Arrival, sur notre capacité à communiquer à travers le langage. Bref, la mise en images et le ficelage narratif de telles thématiques existentielles n’est rien de moins qu’une seconde nature pour le cinéaste de Bécancour, et il ne fait plus aucun doute, désormais, qu’il était le maestro parfait à qui confier ce défi de taille.

Blade Runner 2049 n’est pas seulement une suite réussie, mais un hommage fidèle et sincère au chef-d’œuvre de Ridley Scott et, somme toute, un nouveau chef-d’œuvre à part entière.

Quelques conseils pour terminer…

  • Il est fortement suggéré de (re)voir le Blade Runner original de Ridley Scott avant de s’aventurer dans 2049, plus spécifiquement la version rééditée en 2007, Blade Runner: The Final Cut.
  • Pour vivre l’expérience totale, visionnez également les trois courts-métrages publiés en ligne avant la sortie du film: Black Out 2022, 2036: Nexus Dawn et 2048: Nowhere to Run.

L'événement en photos

Par Warner Bros. Pictures

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