«Dans la peau de...» Carlos Ferrand, réalisateur de Jongué, carnet nomade | Bible urbaine

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«Dans la peau de…» Carlos Ferrand, réalisateur de Jongué, carnet nomade

«Dans la peau de…» Carlos Ferrand, réalisateur de Jongué, carnet nomade

Un long métrage documentaire qui retrace la vie fascinante de Serge Emmanuel Jongué

Publié le 23 juillet 2020 par Éric Dumais

Crédit photo : Tous droits réservés

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Cette semaine, nous avons interviewé Carlos Ferrand, réalisateur du long métrage documentaire Jongué, carnet nomade», qui retrace la vie fascinante du photographe Serge Emmanuel Jongué.

Carlos, vous êtes né à Lima, au Pérou, et vous êtes aujourd’hui établi à Montréal depuis près de quarante ans. On vous prête, depuis les trente dernières années, bon nombre de chapeaux, celui de réalisateur, scénariste et directeur photo. Racontez-nous brièvement votre histoire d’amour avec le cinéma et ce qui vous a motivé à vous y consacrer corps et âme.

«Je n’ai pas une belle histoire à partager pour raconter comment le cinéma m’a attrapé dans ses filets! C’est comme si, en marchant distraitement, j’étais un jour entré en reculant dans une chambre, une chambre à vues, sans le souvenir d’être passé par une porte. Par contre, une fois dedans, je n’ai plus jamais voulu en sortir. Voilà ce qui m’attire: Susan Sontag pense, et avec raison, qu’un journaliste devrait s’intéresser à tout, du sport à la philo. Le cinéma offre aussi, à mon sens, un immense éventail de possibilités.»

C’est le 24 juillet prochain que vous dévoilerez au public montréalais votre plus récent documentaire, Jongué, carnet nomade, présenté en salle au Cinéma Moderne et au Cinéma du Musée, devant un nombre restreint de spectateurs, distanciation sociale oblige! Histoire de bien motiver notre public de cinéphiles, dites-nous ce qui les interpellera principalement à travers ce long métrage documentaire?

«Avec Jongué, on voyage. Il arrive à nous tenir en équilibre constant entre l’un et l’autre. On vibre entre l’image et l’écriture, entre l’Europe et le Québec, entre les Noirs et les Blancs, entre le documentaire et la fiction. Et comme dans tout voyage sans «tout-inclus», à chaque moment du parcours. on ne peut deviner quelle sera la prochaine étape.»

 

Parlez-nous brièvement de votre motivation à plonger tête première dans la vie de Serge Emmanuel Jongué, ce photographe-écrivain ayant émigré au Québec «pour fuir les silences d’une histoire intime et collective peuplée d’ombres et de blessure», et ce, dans le but d’explorer ses origines multiples.

«Regardez les titres de ses séries: Boarding Pass, Undressed Passion, Totem, Suite cubaine, Métis, Parfum d’immigrant, Marseille, Nomade, Petite fête, etc. C’est tout un programme! Une belle invitation à parcourir le voyage de «l’arrivant», comme disait Édouard Glissant, au lieu de dire immigrant. Et même si la vie faisait souffrir Serge Jongué, son oeuvre reste pleine de couleur, pleine de passion.»

Tout au long de ce documentaire, qui fera voyager les cinéphiles entre le Canada, la France, la Guyane française et la Martinique, ce sont les textes, les images et les talismans de Jongué qui défilent à l’écran pour mieux raconter une histoire, son histoire, de sa naissance à Aix-en-Provence jusqu’à sa mort prématurée à Montréal. Enfilez maintenant votre chapeau de réalisateur et directeur photo et expliquez-nous votre vision du langage narratif, la façon dont vous souhaitiez raconter sa vie, et aussi comment avez réussi à amasser tout le matériel nécessaire à sa conception?

«Serge Jongué n’était pas un puriste. C’était l’un des premiers à utiliser Photoshop pour transformer ses images; il mettait les mains à la pâte. Il s’intéressait au langage de la bande dessinée, un genre considéré comme mineur, surtout en Amérique du Nord, qui combine l’image et l’écriture. Par ailleurs, je viens d’une culture baroque, métissée; tout ce qui est hybride m’attire. J’aime le mot bâtard. La simplicité, l’austérité, le dépouillement, le minimalisme ne m’attirent pas. Sans doute à cause de la grande exigence de ce qui est véritablement simple, mais aussi par goût naturel pour l’impureté.»

«L’oeuvre de Jongué est une invitation à coudre la courtepointe avec toutes sortes de matériaux; ce que nous avons fait avec plaisir. En commençant par la composition de la bande sonore, réalisée par Catherine Van Der Donckt en complicité avec le compositeur Claude Rivest et en passant par le travail d’enluminure du monteur Guillaume Millet.»

«Il est important de mentionner que le film était produit au sein des Films de l’Autre, un centre de cinéastes indépendants, avec le financement de la SODEC et le programme Nouveau Chapitre du CAC et la collaboration de l’ACIC. Le producteur délégué était Loïc Bruderlein, un jeune dans la vingtaine qui a fait un boulot formidable. Ce que j’essaie de dire, c’est que le film est fait en marge de la grosse industrie à la Hollywood qui, heureusement, n’a pas beaucoup d’emprise dans ces parages. Tout cela peut s’exprimer avec un seul beau mot: liberté!»

Et comment espérez-vous que ce film sera reçu par le public?

«Mon espoir, c’est que le côté ludique du montage, les animations, les images de voyage et les paroles de Jongué, magnifiquement dites par Joël Des Rosiers, serviront de fenêtre vers l’oeuvre du photographe-écrivain. Lui et ses ancêtres venaient d’ailleurs, mais c’est ici, au Québec, qu’il a trouvé la terre d’accueil qui lui a permis de se développer et de donner forme à son propre langage pour pouvoir proclamer haut et fort: J’affiche mes propres couleurs!»

«Il y a un mot que j’aime beaucoup: artisanat. Il est au coeur de la réalisation de ce film. Carnet nomade est fait à la mitaine. Les photos de Jongué, un mélange d’écriture, de photos et peintures Photoshop, la bande sonore à 98% composée par Catherine et Claude, la courte pointe de l’image cousue à main avec le stylet et la tablette électronique, tout est fait à la mitaine. C’est le plaisir de l’artisan que j’espère qui sera partagé avec ceux qui viendront voir le film.»

«Jongué, carnet nomade» prend l’affiche au Cinéma Moderne et au Cinéma du Parc (en version française et anglaise), et au Cinéma du Musée (en version française) le 24 juillet 2020. Une ciné-rencontre aura lieu après la représentation au Cinéma du Musée. Par la suite, le film sera disponible en ligne dès le 31 juillet. Pour plus d’information, consultez le www.f3m.ca/jongue-carnet-en-ligne.

Pour découvrir nos précédentes chroniques «Dans la peau de…», visitez le www.labibleurbaine.com/nos-series/dans-la-peau-de.

*Cet article a été produit en collaboration avec Les Films du 3 Mars.

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