«Dans la peau de...» la réalisatrice Sandrine Brodeur-Desrosiers | Bible urbaine

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«Dans la peau de…» la réalisatrice Sandrine Brodeur-Desrosiers

«Dans la peau de…» la réalisatrice Sandrine Brodeur-Desrosiers

Créer pour ouvrir un dialogue avec les gens

Publié le 13 novembre 2015 par Sara Thibault

Crédit photo : Gracieuseté de Sandrine Brodeur-Desrosiers

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Cette semaine, nous avons interviewé la réalisatrice Sandrine Brodeur-Desrosiers, qui nous partage son amour pour le septième art et nous parle de son premier long métrage en cours d'écriture.

1- Tu as réalisé un court-métrage en hommage à la réalisatrice Anne-Claire Poirier. Comment te positionnes-tu en tant que femme dans le paysage cinématographique québécois?

«C’est une grande question… Tellement grande! Micheline Lanctôt vient de sortir un livre qui touche à ce sujet (Lettre à une jeune cinéaste). Je trouve que c’est un sujet très difficile qui comporte plusieurs nuances.»

«Quand j’ai travaillé sur le portrait hommage d’Anne-Claire Poirier, j’ai découvert qu’à cette époque, le cinéma s’apprenait en travaillant et en créant. Le style de cinéma qu’elle offrait était donc totalement libre. Elle dressait des portraits honnêtes et très imagés voguant entre le symbolisme et le documentaire. Elle parlait de la maternité, de la relation avec sa fille, de ses angoisses… Son style  et ses sujets m’ont vraiment rejointe et beaucoup inspirée. À une époque où nous sommes souvent confrontés à des recettes scénaristiques, Anne-Claire Poirier m’a redonné l’espoir de trouver une liberté dans la forme que prendront mes films. Elle m’a aussi rappelé de ne pas avoir peur de parler des sujets qui me touchent en temps que femme de ma génération.»

«Je crois que les médias affectent inévitablement notre regard sur le monde. Bien que dès le début du cinéma, quelques femmes en ont fait leur métier, c’est majoritairement le regard d’hommes auquel nous avons été exposés. Ma mère m’avait parlé des inégalités salariales encore présentes entre les hommes et les femmes, mais je me refusais à y croire… jusqu’à l’été où j’aie cogné à toutes les boites de pub de Montréal. J’avais déjà deux publicités à mon actif et plusieurs courts-métrages qui avaient fait des festivals. J’étais confiante.»

«Trois de ces boites m’ont dit: « C’est vrai qu’on n’a pas de filles dans notre boîte, faudrait bien regarder ton CV ». J’avoue que je suis restée l’air bête. Est-ce qu’ils m’engageraient parce qu’ils aiment mes œuvres ou parce que je suis une fille? Est-ce que si j’avais été un gars, ils auraient pris le temps de regarder mon portfolio avant de me rencontrer?»

2- Reste-t-il dans tes films des traces de ta formation musicale?

«Certainement! J’ai composé la musique de plusieurs de mes films. J’ai même aidé à créer la trame musicale de films d’ami(e)s pour leurs courts-métrages ou documentaires. Je travaille maintenant avec d’autres compositeurs. Je n’ai pas étudié en composition alors, quand je juge que quelqu’un d’autre serait mieux placé que moi pour aller chercher la musique dont j’ai besoin ou quand on manque de temps en postproduction, je fais affaire avec eux. Je travaille souvent avec Étienne Miousse et Peter Venne. Lorsque j’écris, je compose souvent en même temps. Pour Larguer les amarres, je crois avoir écrit 6 chansons qui traitent du départ. Parfois ça se retrouve dans le film, d’autres fois non…»

«Sinon, j’ai dirigé l’orchestre de chambre et la chorale d’une troupe parascolaire de comédie musicale à Brébeuf durant 5 ans. Cette expérience m’a permis de décrocher le rôle d’une directrice de chorale dans le film La Passion d’Augustine (Léa Pool). J’aimerais beaucoup avoir d’autres rôles de ce genre, surtout si ça implique de la musique. Le jeu me permet de retomber dans quelque chose de plus physique et concret, mais aussi de faire de la recherche « humaine ». L’écriture et la réalisation me permettent de partager mes observations et de créer un dialogue avec les gens. Puis la musique, ça me permet de me défouler. Je trouve que c’est un bon équilibre.»

3- Tu viens de terminer ton film Larguer les amarres, qui traite de la fin des traditions dans le village de L’Isle-Verte. Quelle est la place du documentaire dans ta démarche et est-ce que tu as toujours comme projet de faire une trilogie autour du thème du départ?

«J’ai commencé à faire des films au secondaire. Comme projet personnel au programme international, j’avais fait un documentaire de 40 minutes sur la perte des rêves à l’adolescence. Il a été projeté au forum social qui avait lieu à Montréal et il a aussi été utilisé comme moyen d’intervention dans quelques écoles. J’étais très fière. Après, je me suis rapidement dirigée en fiction. C’était un choix plus ou moins conscient.»

«Larguer les amarres est à la base un long métrage choral que nous avons divisé en trilogie — trois courts-métrages — pour aider au financement. L’idée s’est concrétisée lorsque je suis revenue d’Angleterre et de Russie, où j’ai fait ma maîtrise. On pourrait dire que mes voyages m’ont alors servi de « terrain de recherche ». Il s’agit de trois histoires qui traitent chacune du départ et se situent à l’Île Verte, en Irlande et en Russie. Avec les productrices de Colonelle Films, nous avons décidé de commencer avec la partie sur l’Île Verte puisque c’était au Québec. On espère maintenant avoir du financement pour les deux autres parties…»

«Pour la première partie de Larguer les amarres, je suis partie d’une observation simple. Mon père a un chalet sur l’Île Verte. Quand j’étais jeune, il y avait quelques familles qui y habitaient, une enfant de mon âge et deux plus vieux. Ils étaient au plus une trentaine à vivre sur l’Île à longueur d’année. Quand je suis revenue après la maitrise, les insulaires que je connaissais avaient été remplacés par des villégiateurs retraités en quête de tranquillité. Une seule famille essayait encore d’élever leurs enfants sur l’île. J’ai donc fait quelques rencontres et entrevues à ce sujet pour savoir où se situaient les gens face à cet exode. Bien que le film parte d’un désir de faire un hommage à l’Île Verte que j’ai connue, Larguer les amarres est aussi devenu la rencontre de trois témoignages que j’ai récoltés.»

L'événement en photos

Par Sandrine Brodeur-Desrosiers

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