Entrevue avec Theodore Ushev, virtuose du cinéma d’animation | Bible urbaine

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Entrevue avec Theodore Ushev, virtuose du cinéma d’animation

Entrevue avec Theodore Ushev, virtuose du cinéma d’animation

Les deux hémisphères du cerveau d'un créateur

Publié le 26 avril 2017 par Alyssia Duval

Crédit photo : Office national du film du Canada

En prévision de la classe de maître qu’il donnera ce vendredi à la Cinémathèque québécoise, le cinéaste d’animation Theodore Ushev nous a reçu, la semaine dernière, dans son petit atelier à l’Office national du film. Fraîchement remis de sa récente expérience aux Oscars, c’est avec toute la modestie du monde qu’il nous parle de son art, de son parcours et, bien sûr, de son dernier chef-d’œuvre.

Née avec un œil vert qui ne voit que dans le passé et un œil marron qui ne voit que l’avenir, la petite Vaysha pourrait aussi bien être aveugle…! Allégorie puissante et poétique sur notre incapacité à vivre dans le moment présent, le court métrage Vaysha l’aveugle est inspiré d’un conte philosophique de l’auteur bulgare Georgi Gospodinov.

«Quand j’ai lu cette nouvelle de mon ami et compatriote, je l’ai immédiatement vue comme un film. C’est un producteur français, Olivier Catherin, qui nous a permis d’initier le projet.» Suite à cette rencontre, Theodore Ushev a résidé pendant un mois à l’Abbaye de Fontevreau, en France, dont les décors pittoresques ont visiblement inspiré ceux du film. «Il y a beaucoup d’histoires à raconter par rapport à cette résidence, beaucoup de curiosités se sont produites pendant la fabrication du film… Ça, je pourrai en parler pendant ma classe de maître!»

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Après plus de 15 ans à faire du cinéma, c’est Vaysha l’aveugle qui aura valu à Theodore Ushev sa toute première nomination aux Oscars, où il figurait cette année parmi les finalistes de la catégorie Meilleur court métrage d’animation. «Je ne m’attendais jamais à ce qu’un de mes films soit nommé aux Oscars. Je pensais qu’ils étaient un peu trop sombres et trop complexes pour l’Académie, alors j’ai vécu un choc! L’expérience a été très positive – j’ai appris beaucoup de choses, rencontré des gens intéressants et, évidemment, plus de gens ont pu voir mon film – mais c’était aussi assez fatiguant.»

En effet, les Oscars ne sont pas qu’une affaire d’un soir. Pendant près d’un mois, le réalisateur et son équipe ont fait la tournée des médias au Canada, aux États-Unis et en Europe, participé à des projections du film suivies de séances de questions et donné jusqu’à six entrevues par jour en français, en anglais et en bulgare.

«Je pense qu’il n’existe plus une question qu’on ne m’a pas posée sur ce film! Je serais très impressionné que quelqu’un me pose une nouvelle question lors de la classe de maître… Et j’aimerais vraiment que ça arrive!»

(Le défi est lancé!)

La conférence du cinéaste sera aussi une occasion pour le public de découvrir ses techniques d’animation privilégiées. «Pour Vaysha l’aveugle, j’ai utilisé une technique hybride de linogravure et d’animation digitale, que j’expliquerai plus en détails.» La configuration de son atelier témoigne d’ailleurs de cette hybridité: d’une part, une grande table à dessin jonchée de pinceaux, d’instruments de gravure et autres matériaux d’artiste, et de l’autre, un ordinateur muni de plusieurs moniteurs et d’une grande tablette graphique. «Ce sont comme les deux parties de mon cerveau. La partie gauche ici, la partie droite là. Le passé et le futur, comme les yeux de Vaysha!»

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Soutenue par l’Office national du film du Canada depuis 2003, l’œuvre de Theodore Ushev se démarque par ses propos tragiques ou métaphoriques, ses ambiances orageuses et son côté avant-gardiste. «J’aime beaucoup, et de plus en plus, le cinéma fantastique. Je trouve que ça nous manque, en ce moment. On est très concentrés sur les films sociopolitiques – c’est normal – mais je pense que dans les époques plus dures, il y a toujours un mouvement qui nous fait sortir de la réalité, qui montre un univers plus étrange… C’est la science-fiction.»

Un autre Canadien s’étant démarqué lors de la dernière cérémonie des Oscars nous vient alors à l’esprit. Ayant récolté pas moins de huit nominations dont une dans la catégorie Meilleur réalisateur pour son superbe Arrival, Denis Villeneuve n’en était pas à sa première conquête hollywoodienne.  

«Je respecte beaucoup Denis Villeneuve. J’ai beaucoup aimé Arrival et j’attends avec impatience son prochain film, Blade Runner 2049, car je suis un grand fan de Blade Runner! J’ai hâte de voir ce qu’il a fait, et je suis sûr que ça va surpasser les attentes.» (Ce à quoi je ne peux m’empêcher d’acquiescer avec un enthousiasme enfantin.)

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Les beaux yeux vairons de Vaysha nous ont rappelé que rien ne vaut le moment présent, mais la question s’imposait tout de même: Alors, monsieur Ushev, que vient-il après le tapis rouge du Dolby Theatre? «Le futur sera lumineux… J’espère! Je travaille maintenant sur un projet de longue date qui s’intitule Physique de la tristesse, basé sur un roman du même écrivain, Georgi Gospodinov. J’attends aussi de trouver du financement pour un nouveau court métrage fantastique de style steampunk dystopien, un mélange d’animation et de prises de vue réelles.»

…Tout bien considéré, on n’a pas seulement hâte à Blade Runner!

La leçon de cinéma (gratuite) de Theodore Ushev aura lieu ce vendredi, 28 avril, à la Cinémathèque québécoise. Cliquez ici pour connaître les détails! Psst… Vous pouvez aussi visionner une dizaine de ses courts métrages sur ONF.ca!

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