Entrevue avec Lawrence Côté-Collins, réalisatrice du film «Écartée» | Bible urbaine

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Entrevue avec Lawrence Côté-Collins, réalisatrice du film «Écartée»

Entrevue avec Lawrence Côté-Collins, réalisatrice du film «Écartée»

Le vrai, le faux et la fusion entre une femme et son œuvre

Publié le 27 septembre 2016 par Alyssia Duval

Crédit photo : Melissa Maya Falkenberg

Réalisatrice chevronnée derrière plusieurs séries documentaires et de télé-réalité ainsi qu’une quarantaine de courts-métrages ayant tourné dans une pléiade de festivals à travers le monde, c’est avec une réputation d’enfer et plus de 12 ans d’expérience derrière les lunettes que Lawrence Côté-Collins signe son premier long-métrage. À quelques jours de son entrée officielle en salles québécoises, elle nous parle de sa quête artistique et nous raconte la gestation de ce projet des plus exceptionnels, anecdotes croustillantes en prime.

Présenté en première mondiale dans le cadre du Fantastique week-end du cinéma québécois il y a deux mois, Écartée est un faux documentaire – ou plutôt, dans les mots de son auteure, «une comédie dramatique avec une facture documentaire» – dans lequel une jeune cinéaste débutante, Anick, s’intègre au quotidien d’un ex-détenu afin de tourner un documentaire intimiste sur la réinsertion sociale. Dans cette petite maison isolée d’Abitibi-Témiscamingue, elle apprendra aussi à connaître Jessie, la compagne de ce dernier, une jeune femme pleine de vie sur qui les caméras focaliseront de plus en plus à mesure que s’éveille leur attirance mutuelle.

«L’idée est montée en moi alors que j’étais sur la 117 Nord en revenant d’Abitibi. Je regardais les maisons et je me disais: «Oh my God, qui peut habiter si loin de tout, mais si proche de la route?» De là, je me suis mise à écrire des personnages qui allaient habiter un lieu comme celui-là», explique la réalisatrice. Quelques années plus tard, ces personnages ont finalement pris forme sous les traits de Marjolaine Beauchamp, Ronald Cyr et Whitney Lafleur, trois interprètes sans aucune expérience au cinéma et qui, pourtant, y offrent tous une performance non seulement juste mais prodigieusement sincère.

«La première personne que j’ai trouvée, c’est Whitney Lafleur, une artiste qui fait de la performance de scène. C’est une amie en Abitibi qui la connaissait et elle collait vraiment au personnage. En plus, la vie a fait en sorte qu’elle n’habitait plus en Abitibi… C’était ma voisine, à Montréal! J’ai rencontré Whitney, et elle a tripé sur le film et sur le personnage. Je suis allée la voir sur scène pour voir comment elle performe, et ça a vraiment été un coup de cœur artistique. Ensuite, on s’est dit qu’il fallait qu’elle et moi on trouve ensemble notre Anick, qu’on ait encore un coup de foudre.» Ce coup de foudre surviendra peu après entre les murs d’un théâtre, lieu de prédilection de Marjolaine Beauchamp, qui fait alors carrière comme slameuse, poète, dramaturge et interprète.

«Elles sont devenues amies super rapidement, et Marjolaine aussi est tombée en amour avec le projet. On s’est tombées dans les bras – je suis bien émotive, dans la vie! – j’ai commencé à pleurer et je lui ai dit «C’est toi, Anick!» Elle était tout énervée, et c’est comme ça que l’aventure a commencé pour les filles.»

Alors que ses actrices étaient toutes deux issues du milieu des arts de la scène, son protagoniste masculin, quant à lui, se devait d’être un véritable authentique. «Je cherchais à travailler avec un vrai ex-détenu. Je suis allée dans des cercles de discussion à la prison de Bordeaux pour voir quel était le langage entre les murs, le profil des gars, pourquoi ils sont en prison… J’ai aussi rencontré plusieurs ex-détenus. Il fallait quelqu’un avec du charisme, un gars qui passe à la caméra.» Et, curieusement, ce que Lawrence Côté-Collins cherchait sans relâche se trouvait juste au bout de son nez. «Ronald, c’est un ami à mon père, son voisin de palier! Moi, ça fait des années que je le connais, mais au départ je me disais que non, c’était trop proche, trop facile. Finalement, c’était lui que ça me prenait. J’ai un petit côté new age, j’aime quand la vie envoie ce qu’il faut sur ma route, au bon moment!»

Qualifier ce film d’original serait un grave euphémisme. Lucide, audacieux et d’autant plus pertinent en cette ère où rien n’est plus normal que de documenter son quotidien à travers la lentille d’un iPhone, Écartée oscille constamment d’un côté à l’autre de la fine frontière entre réalité et fiction, un concept que sa réalisatrice maîtrise à la perfection. «J’aime mélanger le vrai et le faux; que la ligne soit complètement confuse entre les deux. Je trouvais ça important de montrer que dans toute notre solitude, on est toujours en train de photographier notre nourriture, de se photographier nous-mêmes dans le miroir, de filmer nos pieds. Avant, on avait un journal intime avec un petit cadenas cheap, et aujourd’hui on est toujours en train de se filmer. Je trouvais que c’était très d’actualité.»

«J’ai fait du porte-à-porte pendant trois ou quatre jours en Abitibi pour trouver la maison. J’ai rencontré beaucoup de gens spéciaux, et tout le monde pensait qu’on tournait un film de cul à cause du titre!»

Audacieux, certes, ce titre n’aurait pas pu mieux incarner l’œuvre. «Mes titres viennent toujours au tout début, et ils restent. À l’époque, je travaillais sur une émission de télé. Ma directrice photo et moi, on était en heure de dîner et elle prenait ses courriels sur son iPhone, couchée dans l’herbe. Sa caméra était entre ses deux jambes, juste déposée là, comme si elle filmait. Je l’ai prise en photo, en blague, mais quand j’ai revu cette photo-là quelques jours après, je l’ai imprimée. Elle a un iPhone dans les mains, une caméra entre les jambes, la posture un peu vulgaire… C’est comme si la photo était le synopsis de mon film.»

Suivant la tradition du cinéma direct tout en se distinguant par la puissance de son propos, la qualité de son intrigue et le magnétisme de son trio d’acteurs, Écartée est un superbe exposé contemporain sur les thèmes de l’isolement, du voyeurisme et des dépendances.

«On peut s’écarter au sens propre, mais on peut aussi être écarté de nous-mêmes, s’écarter de nos rêves, de notre chemin, de notre propre vie. Pour moi, le titre voulait tout dire. Et je l’ai mis au féminin, car les filles sont mes personnages principaux. Au fond, l’ex-détenu est un prétexte.»

«Écartée» prend l’affiche dès vendredi au Cinéma Beaubien (Montréal), au Méga-Plex Guzzo Pont-Viau (Laval) et au Cinéma Le Clap (Québec). Il sera aussi présenté le 1er octobre à la Station Vu (Montréal) et le 13 octobre au Paraloeil (Rimouski). Visitez le site officiel au www.ecartee-lefilm.com.

L'événement en photos

Par Coop Vidéo et Les Films du 3 mars

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