Entrevue avec Saël Lacroix, réalisateur du documentaire «Sur les traces d’Arthur» | Bible urbaine

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Entrevue avec Saël Lacroix, réalisateur du documentaire «Sur les traces d’Arthur»

Entrevue avec Saël Lacroix, réalisateur du documentaire «Sur les traces d’Arthur»

André Montpetit, ou la renaissance d’un artiste oublié

Publié le 26 octobre 2016 par Alyssia Duval

Crédit photo : Lou Scamble

Considéré comme le maître de la bande dessinée québécoise, André Montpetit (alias Arthur) a marqué l’imaginaire pendant près d’une décennie avant de disparaître abruptement en coupant les ponts avec ses pairs, jusqu’aux plus proches, à la fin des années 70. Qui était-il? Où est-il passé? Après de longues années de recherche, Saël Lacroix est parvenu à déterrer le coffre au trésor et partage avec nous, dans son documentaire, d’étonnantes découvertes s’étant avérées encore plus grandes que ses propres espérances.

Nous sommes en 1968. Bien longtemps avant le fameux printemps érable, notre belle province fut enfiévrée par ce que l’on appelait plutôt le printemps de la bande dessinée québécoise, époque où elle devenait le neuvième art en s’imposant comme une véritable forme d’expression pouvant servir de porte-voix à des artistes dévoués, volubiles, engagés socialement.

«Mon idée de départ était de faire un documentaire autour de Fusion des arts, un groupe d’artistes dont André Montpetit faisait partie. Je me suis intéressé à ses acteurs clé, et quand j’ai commencé à creuser le personnage d’André, je me suis dit qu’il y avait un film à faire juste sur lui. À partir de ce moment, je ne suis jamais revenu en arrière.»

Retraçant son parcours artistique à travers de magnifiques séquences d’animation et une impressionnante sélection d’œuvres inédites, Sur les traces d’Arthur est fondé sur les témoignages de plusieurs amis du bédéiste qui, comme le cinéaste, cherchaient toujours à percer son mystère. Nardo Castillo, Serge Chapleau, Robert Daudelin, Louis Forest, André Gladu, Claude Haeffely, Marc-Antoine Nadeau, Dorothy Todd Hénaut et Richard Lacroix y portent tous un discours aimant et ouvertement soucieux, traduisant non seulement l’impact de Montpetit sur le paysage culturel d’une génération, mais aussi sur chacun des individus qu’il a côtoyés.

«Les problématiques de l’époque, on les retrouve encore aujourd’hui; ça ne peut pas être plus actuel! Ce genre d’artiste, avec cette lucidité, cette sensibilité, ce sont des gens qui vont droit au but, qui sentent les choses dans leur centre. Que ce soit dit en 1968 ou en 2016.»

«Dans le travail d’André, il y a quelque chose d’universel, d’intemporel. Quand je suis entré en contact avec ses œuvres – que ce soient des affiches, sérigraphies, BDs… – elles m’ont parlé tout de suite, au niveau du propos comme de l’esthétique. Au niveau du style aussi, il était très contemporain. Si on compare ce qu’André faisait par rapport à ce qui se faisait dans la bande dessinée dans ces années-là, il a vraiment défoncé des portes… Et il n’était pas le seul.»

Fils du peintre graveur Richard Lacroix, le cinéaste ne cache pas sa fascination toute personnelle pour le sujet de son film, un attachement qu’il communique d’ailleurs au spectateur dès son entrée en matière. «C’est par mon père que j’ai appris l’existence d’André. C’est une histoire qui m’a été transmise quand j’étais tout jeune et qui m’a habité jusqu’à ce que je décide d’en faire un film. Ça relève un peu de l’obsession, cette histoire mystérieuse que je porte.»

«J’avais envie de résoudre l’énigme, même si je ne savais pas comment ça allait se terminer. Au départ, je me faisais des cas de figure, des scénarios possibles: Soit André est vivant, soit il est décédé. S’il est vivant, soit il accepte de me rencontrer, ou non. S’il accepte de me rencontrer, soit il accepte qu’on fasse un film sur lui, soit il n’accepte pas. Évidemment, on ne peut pas tout planifier! Mais j’avais un idéal. Et l’idéal, c’est à peu près ce qui s’est passé. Il est vivant, je suis arrivé à le retrouver, il a accepté de me rencontrer… Et je l’ai rencontré un mois avant qu’il décède, ce qui ajoute à l’effet incroyable de la chose puisque ça, je ne pouvais pas le deviner. J’ai eu toute une chance d’arriver à minuit moins une.»

Il se crée donc, dans le documentaire, deux récits parallèles: d’une part, les entrevues des proches de Montpetit qui évoquent son œuvre et son passé, puis, de l’autre, les échanges entre l’homme en question et Saël Lacroix, splendidement illustrés par des animations signées Rodolphe Saint-Gelais. «Les deux trames se répondent. C’est étonnant de voir qu’un individu reste si intègre et fidèle à lui-même que, 40 ans après sa disparition, il est encore celui que ses amis décrivent.»

«Ça a été une expérience de vie super forte. Au-delà de l’impact qu’elle a eu sur mon travail, je peux dire que cette rencontre a eu un impact sur ma vie. D’accompagner quelqu’un dans ses derniers jours, d’assister à ses confidences alors que lui-même n’en faisait plus à personne depuis des années… Je ne l’oublierai jamais.»

«En même temps, je ne pouvais jamais aller contre son gré, et si j’avais trop insisté, il m’aurait fermé la porte comme il a fermé la porte à tous ceux qui ont été proches de lui. C’est vraiment bouleversant, car il y a toujours une partie de la tête qui pense comme le cinéaste, et une partie de la tête qui pense comme l’être humain qui vit quelque chose qui va au-delà du film. On parle quand même de la fin de vie d’un homme, et il y a une espèce de confiance là-dedans qu’on ne veut pas trahir. Qu’il ne se soit pas opposé à ce qu’on fasse ce film, c’était majeur pour moi.» Assurément, ce documentaire ne sera pas majeur que pour son créateur. Sur les traces d’Arthur rend à la fois hommage à l’homme, à l’artiste et au grand mouvement sociopolitique auquel il a appartenu, tout en levant finalement le voile sur une œuvre profondément enfouie qui, pourtant, représente un chapitre essentiel de notre culture nationale.

«C’est comme ça, le documentaire: on part avec une idée, une obsession, et les choses se passent autrement. Il faut trouver d’autres idées pour pallier à ça, et finalement elles se trouvent à être meilleures que celle de départ.»

«Sur les traces d’Arthur» est à l’affiche à la Cinémathèque québécoise jusqu’au 3 novembre et sera présenté dans le cadre du Salon du livre de Rimouski le 2 novembre au Cinéma Paraloeil. Pour plus d’information, visitez le site officiel du film.

L'événement en photos

Par Les Films de Gary & Les Films du 3 mars

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