«Exarcheia, le chant des oiseaux»: pour une plongée nocturne dans la cité grecque d’Athènes | Bible urbaine

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«Exarcheia, le chant des oiseaux»: pour une plongée nocturne dans la cité grecque d’Athènes

«Exarcheia, le chant des oiseaux»: pour une plongée nocturne dans la cité grecque d’Athènes

Rencontre avec la réalisatrice Nadine Gomez

Publié le 12 avril 2019 par Mathilde Recly

Crédit photo : Tous droits réservés, Les Films du 3 Mars

Dès le 19 avril, le long-métrage documentaire Exarcheia, le chant des oiseaux sera projeté dans les salles du Québec. Décrit comme un «essai poétique et polyphonique», celui-ci plonge les spectateurs dans l’énergie bouillonnante d’Exarcheia, un quartier d’Athènes en profonde transformation et dont les habitants se serrent les coudes pour faire vivre l’espoir à bout de bras (et de voix). Afin de vous éclairer sur son travail, ses aspirations et ses intentions artistiques, j’ai échangé avec la réalisatrice du film, Nadine Gomez.

Déconstruire pour mieux rebâtir

La réalisatrice l’affirme, le quartier d’Exarcheia dans la mythique ville d’Athènes est «un lieu unique avec une étiquette politique forte et marquée». Contrairement à de nombreuses métropoles modernes aseptisées et agencées en fonction de critères purement mercantiles, l’aspect authentique du lieu, son architecture, son histoire et ses habitants lui ont donné envie d’explorer l’espace ainsi que son potentiel scénographique. «Que ce soit les murs couverts de tracts et de graffitis, les confrontations enflammées avec la police, les nombreuses assemblées et initiatives citoyennes et intergénérationnelles que l’on peut y voir au détour d’une rue, ou les squats autogérés venant en aide aux migrants, les résidents d’Exarcheia s’approprient leur quartier de multiples façons, qu’ils soient anarchistes ou non», explique-t-elle.

Oui, mais voilà: en traversant cet endroit qui trouve un équilibre précaire dans le chaos, c’est son propre travail artistique et ses idées préconçues que Nadine Gomez a ébranlés. La réalisation d’Exarcheia, le chant des oiseaux a été pour elle «un long et périlleux voyage de réflexions, de doutes», même si la fin a été finalement heureuse, puisqu’elle a réussi à terminer son projet avec satisfaction. «Parfois, je terminais une journée de tournage, je buvais un verre avec mes amis et je pleurais en me demandant ce que je faisais sur place. Comme tout projet, on arrive avec des a priori et on doit apprendre à les reconstruire, pour trouver le bon chemin de présentation de son projet cinématographique.»

S’entremêler pour mieux s’harmoniser

Quand on l’interroge sur le choix des termes «poétique» et «polyphonique» pour décrire son documentaire, notre interlocutrice se fait un plaisir de nous répondre. La part poétique se justifie, car Nadine a délibérément voulu mettre en scène une réalité et non exposer objectivement des faits. C’est sa propre interprétation artistique que l’on retrouve donc dans les interstices architecturaux ou dans la trame urbaine d’Exarcheia.

L’aspect polyphonique, quant à lui, se retrouve au travers des voix qui se mêlent et qui s’harmonisent pour exprimer un état d’esprit – et des lieux – de ses personnages. «C’est, selon moi, l’un des traits les plus marquants du quartier: des voix qui, dans un jeu de résonance et d’écho, se répondent et s’altèrent mutuellement. J’ai donc fini par prendre le pari d’embrasser la dimension narrative du lieu dans ce qu’elle a de performatif, d’existentiel, d’imparfait et de banal.»

Chaleur humaine et accueil prometteur

L’équipe technique et artistique d’Exarcheia, le chant des oiseaux s’est constituée sur fond de rencontres, d’amitiés et d’affinités artistiques. La réalisatrice a notamment pu travailler avec Denis Klebleev, son directeur photo, qui est aussi son ami (elle l’a rencontré lors du festival documentaire Hot Docs à Toronto). Dans notre ère où l’autre bout du monde est accessible en un claquement de doigts – ou presque –, lui qui vit à Moscou a rejoint Nadine à Athènes pour le tournage. Son preneur de son, Iasonas Theofanou, est un technicien grec qu’elle a connu sur place à travers le projet d’un autre ami qui tournait avec lui. Sa monteuse, Myriam Magassouba, elle la côtoyait depuis un moment déjà dans le milieu du cinéma québécois. Comme Nadine le dit elle-même, «ce sont des rêves de collaboration [qu’elle] a pu concrétiser» avec son documentaire.

Même si le long-métrage ne sortira officiellement que dans quelques jours au Québec, l’accueil de l’industrie cinématographique est déjà très chaleureux. Et on se doute que les distinctions obtenues témoignent de la qualité du travail de Nadine: Exarcheia, le chant des oiseaux a été sélectionné aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) (2018), à la Compétition nationale longs métrages – Canada (2018), au Festival du documentaire de Thessalonique – Grèce (2019), au Festival cinéma du monde de Sherbrooke – Canada (2019) et au Festival du film grec de Montréal – Canada (2019).

Alors, pour une plongée nocturne dans la cité grecque d’Athènes, pour la découverte de son ambiance et de ses enjeux actuels portés à l’écran par la vision artistique de la réalisatrice Nadine Gomez, nous vous invitons fortement à vous rendre au cinéma ce 19 avril!

Le documentaire de Nadine Gomez sera disponible cet été sur la plateforme de vidéo sur demande www.f3m.ca. Bon visionnement!

*Cet article a été produit en collaboration avec Les Films du 3 Mars.

«Exarcheia, le chant des oiseaux» en images

Par Tous droits réservés, Les Films du 3 Mars

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