«Fin de soirée (Late Night)» avec Emma Thompson et Mindy Kaling | Bible urbaine

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«Fin de soirée (Late Night)» avec Emma Thompson et Mindy Kaling

«Fin de soirée (Late Night)» avec Emma Thompson et Mindy Kaling

Les talk-shows de fin de soirée, est-ce une affaire d'hommes?

Publié le 13 juin 2019 par Edith Malo

Crédit photo : Les Films Séville

Les talk-shows diffusés en fin de soirée font partie de l'ADN des Américains depuis plus de 60 ans. À leur barre, essentiellement, des hommes humoristes (David Letterman, Jay Leno, Conan O'Brien, Jimmy Fallon, Stephen Colbert, Jimmy Kimmel), et ce, peu importe le réseau de télévision (ABC, CBS, NBC). Même au Québec, la recette demeure la même depuis des années: Jean-Pierre Coallier a animé Ad Lib à TVA pendant 10 ans, alors qu'Éric Salvail, Stéphane Rousseau et Jean-Philipe Wauthier se sont partagés les autres réseaux. Quoiqu'on annonce le grand retour de Julie Snyder à la barre de l'émission de fin de soirée à V... Peut-être que le film Late Night (Fin de soirée) n'est pas si loin de la réalité, après tout.

Dans le film Fin de soirée, Katherine Newberry, interprétée par Emma Thompson, s’accroche tant bien que mal à son rôle d’animatrice, même si son diffuseur lui a annoncé que c’est sa dernière année. Newberry est la première femme à animer une émission de fin de soirée diffusée sur un réseau de télévision prestigieux. Récipiendaire de quarante-trois prix Emmy, elle se croit invincible et irréprochable, mais les cotes d’écoute ne mentent pas: sa popularité s’effrite. Et rien ne va plus lorsqu’elle est accusée de haïr les femmes. Pour remédier à son image, elle demande à son assistant de recruter une femme scénariste, de couleur de surcroît, pour se donner bonne presse en matière de diversité culturelle.

Fraîchement débarquée de sa banlieue de Pennsylvanie, Molly Patel, que rien ne destinait à cette carrière, puisqu’elle était contrôleuse qualité dans une usine de produits chimiques, réalise son plus grand rêve. Molly tentera de démontrer que, peu importe son embauche précipitée, qui relève plus d’un coup de chance, elle a les compétences pour le poste. Seule femme parmi une équipe de scénaristes masculins, elle tentera de faire sa place pour raviver les cotes d’écoute du talk-show et éviter que Katherine soit remplacée par un humoriste. Bien sûr, ses idées seront remises en question, notamment celle de présenter l’animatrice sous une lumière plus personnelle, plus authentique, balayant du revers la carte de la condescendance.

Molly et Mindy, même personne?

Mindy Kaling incarne Molly, un personnage fortement inspiré de son expérience personnelle. Connue pour ses rôles dans les séries The Office et The Mindy Project (série qu’elle a elle-même créée), elle fut la première femme de couleur à écrire pour la comédie de situation The Office. Late Night est son premier film. Si elle en assure la production avec trois autres partenaires, dont le producteur des deux comédies mentionnées ci-haut, Howard Klein, ainsi que Ben Browning et Jillian Apfelbaum, elle signe seule le scénario. De plus, elle s’est entourée de Nisha Ganatra, pour la réalisation, une cinéaste d’origine indienne, car Mindy Kaling promeut la diversité dans ses projets et l’inclusion.

À première vue, ce film, malgré un budget réduit (ça ne paraît vraiment pas!), semble s’approprier les codes de la comédie américaine typique. D’abord, le film a été tourné en entier à New York, dans les arrondissements de Manhattan et du Queens. L’histoire met en scène deux antagonistes, une nouvelle employée passionnée mais inexpérimentée fait son entrée dans une grosse boîte (réseau de télé prestigieux). Ses collègues masculins contestent sa crédibilité et se moquent de ses idées. Entre eux, ils admettent, à demi gênés, qu’elle a obtenu le poste parce qu’elle représente une minorité.

Quant à la patronne vorace, elle affiche, quant à elle, un ego disproportionné en présence de ses employées envers lesquels elle ne démontre aucune considération. Elle les surnomme d’ailleurs par des chiffres, et les congédie sans la moindre empathie. Elle est hautaine, insensible, voire presque inhumaine, mais sous cette carapace se cache un coeur tendre.

À l’inverse des comédies classiques américaines, l’aspect romance est très peu exploité. Le film se concentre essentiellement sur l’histoire de ces deux femmes dont la culture et la génération diffèrent totalement. C’est l’apprentissage de la confiance entre femmes dans un monde dominé par la compétition, un milieu dominé par les hommes. Katherine elle-même se fait prendre au jeu, vouant une confiance aveugle envers une équipe de scripteurs masculins. Son style vestimentaire est calqué sur celui des hommes, de même que son apparence physique. Elle porte des complets classiques et coiffe ses cheveux courts léchés vers l’arrière. (On pourrait y voir une sorte d’Ellen De Generes, quoique Ellen n’adopte pas ce style pour les mêmes raisons que Katherine).

Emma Thompson, sur qui repose le projet, car Kaling a créé ce personnage pour elle, et uniquement pour elle, incarne avec panache une certaine parodie des animateurs de talk-show. Une femme qui s’est perdue elle-même dans une formule préfabriquée. Sa vraie nature plus féminine apparaît seulement dans l’intimité de son quotidien auprès de son mari, interprété par John Lithgow. Vêtue sobrement et sans fard, on sent poindre chez elle une certaine vulnérabilité.

La dynamique entre les deux actrices est hilarante et ne verse aucunement dans la sentimentalité outrancière. Emma Thompson offre un jeu nuancé naviguant entre la façade de l’être exécrable et égoïste, et l’être sensible capable de se remettre en question.

De plus, c’est vraiment rafraîchissant de voir à l’écran une actrice d’origine indienne qui peut se permettre, grâce à son personnage, de dire au personnage d’Emma Thompson qu’elle est un peu trop vieille et trop blanche. Il y a un côté fonceur dans le rôle de Molly, un côté incisif et audacieux pouvant être perçu comme de l’insolence parfois. Kaling resplendit à l’écran. Elle est séduisante, drôle, et incarne avec candeur un personnage qui pourrait tous nous ressembler, parce qu’au final, le film ne capitalise pas sur ses origines, mais sur son talent d’auteure, sur sa vision du show, sur ce rêve colossal qu’elle réalise.

L’humour qui fait réfléchir

Au final, Fin de soirée n’appartient pas à ce type de comédie où l’on rit grossièrement. Divertissante assurément, mais sans qu’on y laisse notre cerveau sur la banquette arrière de la voiture. C’est une comédie touchante qui nous amène à voir autrement la place de la femme, tant en humour que dans le monde du showbizz.  Kaling est concernée par cette place de la femme, et ça se ressent.

Comme Kaling le fait remarquer en entrevue, aux États-Unis, la dernière femme à avoir animé le Late Show est Joan Rivers en 1986, et son talk-show fut rapidement retiré des ondes par Fox Network. Celle qui avait fait ses débuts en tant qu’humoriste à l’émission The Tonight Show, animée par Johnny Carson, avait semble-t-il créé des remous auprès de ce dernier, puisque les deux émissions étaient diffusées à la même heure, sur deux réseaux différents…

Est-ce un hasard si, encore aujourd’hui, cette grille horaire est exclusivement réservée aux hommes?

Le film «Fin de soirée» en images

Par Les Films Séville

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