«Gabrielle» de Louise Archambault | Bible urbaine

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«Gabrielle» de Louise Archambault

«Gabrielle» de Louise Archambault

Tout sauf ordinaire

Publié le 20 septembre 2013 par Ariane Thibault-Vanasse

Crédit photo : Les Films Séville

Aérien. Voilà qui définit le mieux le second long-métrage de Louise Archambault, Gabrielle. Des plans légers, parfois sans musique. Un silence ecclésiastique, pur, vrai. Le film plane sur les ailes de Gabrielle Marion-Rivard qui chante sa joie, sa peine, son goût pour la vie. Et l’on part avec elle sur Québec Air, Transworld, Nord-East, Eastern, Western puis Pan-American…

Après avoir remporté le prix du public au festival de Locarno, le film Gabrielle n’a presque plus besoin de présentation. Les spectateurs ont été subjugués devant l’histoire d’amour embryonnaire entre deux adultes handicapés intellectuellement, Gabrielle (Gabrielle Marion-Rivard) et Martin (Alexandre Landry). Gabrielle est une femme de 22 ans atteinte du syndrome de Williams qui lui confère le don d’une oreille parfaite et d’une joie de vivre contagieuse. C’est au sein d’une chorale qu’elle et Martin tombent amoureux l’un de l’autre. En raison de leur différence, leur entourage ne les laissera pas vivre leur amour comme tout le monde… L’actrice Gabrielle Marion-Rivard est elle-même aux prises avec ce syndrome. Elle brille à l’écran par un naturel déconcertant, une candeur naïve qui apporte beaucoup au ton du film. D’ailleurs, Louise Archambault (Familia, 2005) a concédé que le jeu de la jeune actrice soit imparfait. Cette décision confère à cet opus un agréable côté brut et un défi de taille pour l’équipe de production. Le film a été tourné avec plusieurs membres originaux de l’École Les Muses, ce qui accentue le désir de la réalisatrice de faire un film avec ces gens atteints d’une déficience intellectuelle, et non pas sur eux.

Bien que la performance de Gabrielle Marion-Rivard soit mémorable, il faut souligner le travail de jeu époustouflant d’Alexandre Landry, qui se glisse dans la peau d’un handicapé d’une manière qui n’est pas sans rappeler la performance de Sean Penn dans l’inoubliable I am Sam. L’acteur, que l’on a pu voir dans nombre de pièces de théâtre, dont Tom à la ferme, mise en scène par Claude Poissant au Théâtre d’Aujourd’hui (2011), se fond dans cette chorale de gens ordinaires. Il incarne ce personnage qui est violemment déchiré entre son amour pour Gabrielle et sa volonté de ne pas déplaire à sa mère qui voit leur relation d’un mauvais œil avec une retenue qui n’assombrit pas les autres acteurs, les vraies vedettes du film selon Archambault. Il a su créer un bulle très intime avec sa compagne de jeu et la chimie opère merveilleusement bien. Sa composition lui a valu le prix d’interprétation au Festival du film francophone d’Angoulême. Un honneur qui pourrait mériter une récidive lors du prochain gala des Jutras.

Guidé par la musique de Robert Charlebois, qui fait une apparition haute en surprise pour les membres de la chorale, le film fait écho du désir d’affranchissement des déficients intellectuels par le truchement de la quête d’autonomie poursuivie par Gabrielle. Louise Archambault offre une œuvre cinématographique sans jugement. Sa caméra se pose sur le quotidien de ces gens ordinaires malgré tout d’une manière insaisissable et empreinte d’une belle spontanéité. Cela dit, à force d’être trop en surface, Gabrielle manque un peu de substance. Le film se termine, mais ne se conclut pas. Bien que le message fût l’amour, il n’empêche qu’il est un peu facile de s’en contenter sans creuser dans les aléas des personnages. Le film ne porte aucune critique et aurait gagné à gratter davantage dans la vie des protagonistes et de les montrer parfois sous un autre jour. Un jour moins joli, moins immaculé.

Quant au ton, ce sont des dialogues savoureux qui apportent beaucoup d’humour à l’œuvre. Un ludisme qui allège les scènes d’intensité dramatique souvent déchirantes et qui participe au message d’Archambault. Dénuée de malice, Gabrielle est incapable de mentir. Cette absence de filtre qui génère les répliques les plus rigolotes souligne la pureté du film. Ainsi que la naïveté de ces adultes un brin à part qui, pour certains, resteront toujours des enfants. Gabrielle est une œuvre lumineuse qui saura charmer chaque être b’en ordinaire.

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