«Deux jours, une nuit» des frères Dardenne présenté à Cinemania | Bible urbaine

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«Deux jours, une nuit» des frères Dardenne présenté à Cinemania

«Deux jours, une nuit» des frères Dardenne présenté à Cinemania

L'épuisante agonie du désespoir

Publié le 16 novembre 2014 par Jim Chartrand

Crédit photo : Métropole Films

Reparti bredouille des catégories les plus prestigieuses lors du plus récent festival de Cannes, Deux jours, une nuit, le plus récent film des frères Dardenne, n'en demeure pas moins une oeuvre bouleversante et nécessaire, laquelle met de l'avant un débat corsé sur une réalité que l'on préfère souvent taire plutôt que d'exposer.

Fidèles à leurs habitudes, Jean-Pierre et Luc Dardenne (Le fils, L’enfant, Le gamin au vélo, Le silence de Lorna) proposent à nouveau un cinéma social et intelligent qui parvient à transcender leur questionnement de départ pour mieux renforcer la réflexion. Dénaturant davantage Marion Cotillard que Jacques Audiard l’avait fait en la privant de ses deux jambes dans De rouille et d’os (film que les Dardenne ont d’ailleurs coproduit, d’où la genèse de leur fascination pour l’oscarisée de la meilleure actrice grâce à La vie en rose), les cinéastes habitués au minimaliste livrent ici ce qui se rapproche le plus de leur premier suspense.

Évoquant le rythme naturaliste d’Une séparation de Asghar Farhadi, en suivant un quotidien plutôt banal qui dégénère au fur et à mesure qu’il avance et que les circonstances se complexifient, le long-métrage des Dardenne raconte l’histoire de Sandra. Cette mère de deux enfants apprend, lorsqu’elle se remet à peine de sa dépression, qu’il lui est impossible de retourner travailler, puisqu’on a décidé d’abolir son poste et d’utiliser son salaire pour offrir une prime de 1000 euros pour tous les autres employés. À l’aide d’une amie qui travaille avec elle, elle parvient à repousser le moment d’un nouveau vote reconsidérant sa position. Il ne lui reste alors qu’un week-end pour visiter un à un ses collègues pour les convaincre de renoncer à leur prime pour lui éviter le chômage.

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Marion Cotillard dans «Deux jours, une nuit» des frères Dardenne

Récession, avancées technologiques et crises économiques obligent, le sujet est actuel et particulièrement crève-coeur. En remuant les thèmes de la pitié et de la compassion, en conservant heureusement une part de lueur de l’espoir, aidé d’un procédé narratif qui évoque sans mal le célèbre 12 Angry Men de Sidney Lumet, les Dardenne peaufinent un scénario qui reflète durement notre époque. Mieux, on s’intéresse davantage aux zones grises plutôt qu’à ce qui est noir ou blanc.

Ainsi, s’il est facile de prendre parti pour la protagoniste, incarnée par une déchirante Marion Cotillard, investie corps, âme et esprit dans ce rôle complexe, fragile et nuancé, il n’en demeure pas plus aisé de détester un à un ses comparses, qui lui réserve un accueil inévitablement mitigé. Souvent immigrants ou membre d’une même famille à faire vivre, on se met dans la peau de tous ces pions et on se met à se questionner sur ce qu’on ferait dans l’une ou l’autre des positions proposées, l’enjeu d’un boni de 1000 euros s’avérant particulièrement vicieux.

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Fabrizio Rongione et Marion Cotillard dans «Deux jours, une nuit» des frères Dardenne

Néanmoins, le film dresse un portrait convaincant sur la force de conviction et la nécessité des autres pour subvenir à sa propre survie. Le fidèle complice des cinéastes, Fabrizio Rongione, est ici admirable de soutien en mari présent et attentif. De plus, bien qu’éprouvant, notamment à cause de cette mise en scène claustrophobique qui étouffe à de nombreuses reprises, on en ressort grandit, content de la conclusion certes ouverte, mais bien accomplie que les cinéastes apportent à leur sujet. Il y aussi ces choix musicaux judicieux, dont «La nuit n’en finit plus» de Petula Clark et «Gloria» de Van Morrison, qui viennent enrichir subtilement l’univers qui nous est présenté.

Deux jours, une nuit est donc un film captivant qui, tout en ne manquant pas d’égratigner au passage les âmes malsaines de notre société, n’oublie jamais de laisser une grande place pour la bonté de tous les autres qu’on ne salue pas assez souvent. Voilà donc un long-métrage brillant qui nous reste longtemps en tête après l’écoute. Essentiel.

Une seconde projection de «Deux jours, une nuit» est prévue au programme du festival Cinemania le dimanche 16 novembre à 17h. De son côté, Métropole Films prévoit la sortie du film dans les salles du Québec le 6 janvier 2015.

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