Le documentaire «De Palma» de Noah Baumbach et Jake Paltrow | Bible urbaine

Cinéma_Critiques de films

Le documentaire «De Palma» de Noah Baumbach et Jake Paltrow

Le documentaire «De Palma» de Noah Baumbach et Jake Paltrow

Le réalisateur au nom rouge sang

Publié le 16 juillet 2016 par Rachel Bergeron-Cyr

Crédit photo : Cinéma du Parc

De Carrie à Dressed to Kill, en passant par Body Double, Blow Out ou encore Scarface, The Untouchables et Carlito’s Way, (pour ne nommer que ceux-là), on a tous déjà vu un film de Brian de Palma. Le documentaire de Noah Baumbach et de Jake Paltrow, très logiquement et sobrement nommé De Palma, met de l’avant tout le talent et l’intelligence de cet ancien enfant terrible d’Hollywood. Ce dernier est seul sur une chaise, devant la caméra et se raconte à travers ses films. Portrait franc, honnête, pas racoleur pour deux sous, De Palma nous saisit par son regard aiguisé et sans prétention sur, et par ce maître du film noir des années 70 et 80, héritier de Hitchcock, technicien de l’image imparable, au génie créateur unique et influent.

De son enfance passée en salle d’opération, son père étant chirurgien, De Palma affirme y avoir vu beaucoup de sang… ceci expliquerait-il cela? Peut-être. Chose certaine, du sang dans ses films, il y en a, et pas qu’un peu. Ce qui en a choqué plus d’un à l’époque, notamment le MPAA, le penchant américain de la Régie du cinéma, ici au Québec. À tel point que lors du classement de Scarface, le MPAA lui ont fait enlevé des extraits, qu’ils jugeaient trop violents, mais le film demeurait toujours classé X-rated, l’équivalent du 18+ québécois. Irrité par ces manœuvres inutiles, De Palma a décidé de réinsérer les scènes enlevées, puisque d’une version à l’autre, le classement demeurait le même.

On peut aisément imaginer la réaction du MPAA, déjà peu encline à s’adapter aux changements de mœurs, et qui, d’un point de vue québécois, est reconnue pour ses classements rigides. Au demeurant, cela reste surtout une anecdote savoureuse. D’ailleurs, des anecdotes comme celles-là, il en pleut dans ce documentaire. De l’ego des acteurs, à la clique formée par Scorsese, Spielberg, Coppola, Lucas et de De Palma lui-même, à ses différents collaborateurs, tout y passe. Quelques longueurs s’insèrent toutefois dans ce documentaire de presque deux heures, surtout en fin de parcours. Cela dit, le Brian De Palma qu’on voit à l’écran, enjoué et hilare, nous fait vite oublier ces légers temps morts.

L’agréable impression de regarder un master class qui aurait été instaurée rien que pour nous. Le fait que nous ne voyions seulement que Brian De Palma et jamais les deux réalisateurs – on ne les entend même pas une seule fois – crée une proximité avec lui. Le sentiment d’être invité dans son salon. Choix judicieux de la part de Baumbach et Paltrow, qui, de cette façon, expriment tout le respect et l’admiration qu’ils ont pour le personnage. Si on sent leur présence, ce sont dans les extraits de films présentés, les images d’archives choisies. Sans surprise aucune, ce sont deux fous de cinéma.

Extrêmes, sanglants, ambitieux, inventifs; les films de Brian De Palma exploitent le thème du double notamment, qui est une véritable obsession chez lui. On n’a qu’à penser à Sisters, Body Double, Femme Fatale et Dressed to Kill. Au-delà des techniques cinématographiques d’Hitchcock, dont il s’est entiché avec brio, on voit de suite la référence à ce thème cher au défunt cinéaste.

Puiser à même un cinéaste tel qu’Hitchcock, il faut avoir du culot. Bien sûr, De Palma n’est pas le seul, surtout pas le premier et encore moins le dernier à l’avoir fait. Mais il y a quelque chose de différent avec De Palma, c’est audacieux, car retravaillé. C’est assumé, il n’y a pas de faux-semblants. Il le fait parce qu’il veut le faire et que ça l’a influencé. Ce n’est pas prétentieux  parce qu’il en comprend parfaitement les codes du cinéma et qu’il ajoute une touche qui lui est propre. Il suffit de l’entendre parler de split-screen pour saisir l’ampleur de sa vision et de sa connaissance du cinéma

Boudés par les critiques américaines, ces films sont loin de faire l’unanimité et ont longtemps dérangé. Son regard et son désir de ne pas déroger de celui-ci en ont fait rager plus d’un. Au point où, sans doute usé de cette vie passée à se battre (avec raison), pour ne pas faire de concessions, De Palma s’est retiré du monde hollywoodien qui, selon son expérience, peut facilement vous faire dévier de votre trajectoire initiale. D’ailleurs, depuis quelques années, il ne tourne qu’uniquement en Europe.

Pourtant, son œuvre a traversé les années et contient bon nombre de films qui ont su transcender l’étiquette kitsch qu’on leur a accolés et pour aujourd’hui être considérés cultes par de nombreux cinéphiles. Certains d’entre eux, notamment Scarface, ont carrément intégré la culture populaire du XXe siècle.

Un documentaire à voir absolument pour les fans de De Palma, mais aussi pour les fans de cinéma tout court, tant les histoires racontées ne sont pas banales. La magie du cinéma y est exprimée avec une joie quasi enfantine, sans censure. On sort de la projection les yeux grands ouverts et le sourire aux lèvres. Une grande réussite.

Bonus: Portez attention et vous trouverez peut-être une certaine ressemblance physique entre Hitchcock et De Palma; le double, encore une fois!

L'événement en photos

Par Cinéma du Parc

  • Le documentaire «De Palma» de Noah Baumbach et Jake Paltrow
  • Le documentaire «De Palma» de Noah Baumbach et Jake Paltrow
  • Le documentaire «De Palma» de Noah Baumbach et Jake Paltrow

L'avis


de la rédaction

Nos recommandations :

Vos commentaires

Revenir au début