«Nelly» d'Anne Émond mettant en vedette Mylène MacKay | Bible urbaine

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«Nelly» d’Anne Émond mettant en vedette Mylène MacKay

«Nelly» d’Anne Émond mettant en vedette Mylène MacKay

De l'autre côté du miroir

Publié le 18 janvier 2017 par Sara Thibault

Crédit photo : Les Films Séville

Après Nuit #1 (2011) et Les êtres chers (2015), la réalisatrice Anne Émond s’attaque à la vie et l’œuvre de Nelly Arcan dans son plus récent film Nelly, mettant en vedette la comédienne Mylène MacKay.

Afin de rendre compte de la complexité et de la richesse du «personnage» de Nelly Arcan, la réalisatrice a choisi de fractionner la femme en quatre facettes – la putain, la star, l’écrivaine et l’amoureuse. C’était d’ailleurs la stratégie qu’avait aussi employée Marie Brassard lorsqu’elle avait mis en scène La fureur de ce que je pense en 2013, un collage de textes d’Arcan.

La comédienne Mylène MacKay, mieux connue au théâtre notamment grâce à son travail au sein du collectif Bye Bye Princesse, incarne une Nelly Arcan nuancée. Elle fait bien ressortir le contraste entre le cynisme et l’extrême lucidité de l’auteure, et sa grande fragilité. Cette tension est particulièrement bien rendue dans les passages impliquant le succès de ses livres. Anne Émond contextualise fort bien l’importance de son livre, Putain, dans la vie personnelle et professionnelle d’Arcan. Le succès de cette première œuvre l’a fait connaître aussi bien au Québec qu’en France, non seulement pour la qualité de son écriture, mais aussi pour l’impudeur et la nonchalance avec laquelle elle raconte ses expériences sexuelles.

Toutefois, si l’écriture devait d’abord être pour l’auteure une échappatoire à ses angoisses et le seul terrain sur lequel elle se sentait en contrôle, il s’est avéré une source de stress immense et destructeur. La Nelly d’Anne Émond admet d’ailleurs s’être perdue à force d’avoir voulu vivre des expériences pour nourrir ses livres. Nous aurions d’ailleurs aimé que le film exploite davantage cette facette de Nelly Arcan qui s’attarde beaucoup au travail d’escorte de l’auteur et à son pouvoir de séduction.

Anne Émond porte toujours une grande attention au visuel de ses films, et cette qualité lui sert particulièrement bien pour le film Nelly. Elle a notamment fait un grand travail sur les reflets et les miroirs, faisant échos à l’obsession d’Arcan pour le paraître. Le film fait bien ressortir toute l’énergie que la femme mettait dans la construction de son image publique (chirurgie esthétique, maquillage, etc.) et dans l’apprivoisement du regard de l’autre.

Les seules maladresses du film résident dans les scènes figurant la jeunesse de Nelly Arcan, comme si la réalisatrice avait voulu induire que son mal-être et sa fin tragique avaient été prédestinés dès son enfance par une sexualité précoce, des parents effacés, une faible estime d’elle-même. Le passage où une voyante tire la jeune fille aux cartes et semble bouleversée par ce qu’elle y voit manque définitivement de nuances.

Aux côtés de Sylvia Plath et Virginia Woolf, Nelly Arcan s’inscrit dans la filiation des grandes suicidées de la littérature qui suscite une grande fascination de la part du grand public. Sept ans après sa mort, le mythe de cette femme nous hante encore et la sortie du film de Émond contribuera à sa longévité.

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Par Les Films Séville

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