«The Wolf of Wall Street» de Martin Scorsese | Bible urbaine

Cinéma_Critiques de films

«The Wolf of Wall Street» de Martin Scorsese

«The Wolf of Wall Street» de Martin Scorsese

Les grands complices

Publié le 25 décembre 2013 par Jim Chartrand

Crédit photo : Paramount Pictures

En cette fin d'année, l'indomptable Martin Scorsese lâche une véritable bombe sur les écrans dont l'impact risque de marquer significativement l'imaginaire des cinéphiles. Il ne faut pas se méprendre, The Wolf of Wall Street est certainement l'un des films les plus divertissants et réfléchis de l'année.

Cinquième collaboration en carrière avec Leonardo DiCaprio, après son premier essai concluant dans le cinéma jeunesse avec l’émouvant et charmant Hugo, voilà que le maître Scorsese se fait à nouveau plaisir en livrant ce qui pourrait bien être sa première grande comédie officielle. Si l’essai n’est pas sans un nombre abassourdissant de moments aussi absurdes que savoureux, on ne peut cacher que cette adaptation de l’histoire incroyable mais vraie de Jordan Belfort, d’après sa propre autobiographie, ne manque pas de cacher entre les lignes une critique éclatée de l’ultime rêve américain.

Luxure quand tu nous tiens, entre des milliards de magouilles significatives, on reconnaît le style du cinéaste qui ne ne délaisse pas les chemins malfamés de l’illégalité. Toutefois, sans s’approcher de l’univers des maffieux, il trace un portrait convainquant et particulièrement complexe de l’ascension stupéfiante d’un jeune premier qui a littéralement bâti son chemin vers la gloire (et la déchéance).

C’est que le projet de Scorsese est des plus ambitieux. Raccourci du plan original de façon significative, The Wolf of Wall Street n’en demeure pas moins une fresque décoiffante de trois heures où tout défile à la vitesse de l’éclair, traversant les époques à un rythme fulgurant.

Bien au-delà des textes (pour la plupart brillamment improvisés par la judicieuse distribution), c’est l’assurance qui est ici déployée qui sauve le spectateur de l’ennui. Grâce à la réalisation gigantesque de Marty, jusqu’à la confiance des personnages qui débordent de l’écran, on est confortablement incorporé dans cet univers plus grand que nature où tout le monde est roi.

C’est d’autant plus flagrant dans cette manière d’humaniser les personnages et de s’intéresser à leur côté ordinaire, commun et parfois même en dessous de la moyenne pour faciliter l’assimilation, tout comme ce magnifique protagoniste qui a, avec acharnement et intelligence, bâti son empire à partir de rien, si ce n’est que des mots. Et ces mots pourraient difficilement être plus puissants par leur efficacité humoristique ou l’impact des longs discours de motivation que Belfort nous inflige.

De fait, Leonardo DiCaprio continue d’impressionner de plus belle en nuançant grandement les différentes facettes de son personnage, accentuant ici un détour humoristique et souvent physique qui ne manque pas de piquant. À ses côtés, si tout le monde est particulièrement éclatant, Matthew McConaughey et sa courte présence en premier, sans oublier un inattendu mais délectable Jean Dujardin, ainsi que la délirante Margot Robbie, c’est décidément Jonah Hill qui nous livre, à nouveau, la plus grande surprise.

Celui qui a grimpé rapidement les échelons depuis ses débuts douteux dans Accepted et Superbad n’en finit plus de surprendre avec des performances toutes plus brillantes les unes que les autres et parmi lesquelles on peut compter Moneyball (qui a été couronné d’une nomination justifiée aux Oscars), 21 Jump Street et This is the End. Avec un personnage d’une ambiguïté aussi hilarante que mystérieuse, il faut avouer que sa prestation aux nuances sidérantes lui vaudra probablement une reconnaissante encore plus grande que la veille par ses pairs et le public.

S’il faut bien accorder quelques défauts à l’ensemble, c’est plus au niveau de la technique. Si visuellement le film est impeccable (la direction photo est magnifique, les segments d’époque donnent l’impression de sortir tout droit d’un vieux Scorsese), on regrette que la forme n’ose pas autant que le fond en restant somme toute conventionnelle, outre quelques ralentis et autres raccourcis typiques destinés à ramener les élans burlesques du long-métrage sur la terre ferme, techniques aux antipodes de The Great Gatsby de Baz Lhurmann. À cela, il faudra peut-être attendre un Director’s cut bien mérité vu que la sortie du film a été repoussée et a dû compter sur un lancement un peu expéditif, donnant droit à un montage dans l’ensemble étourdissant où les changements de plans manquent souvent de raccords convaincants.

Malgré tout, c’est le film idéal pour l’ère House of Cards en attendant la seconde saison du remake encensé de la réputée télésérie, les nombreuses adresses au public et ce regard sans concession sur le désir et la quête du pouvoir en rejoindra plus d’un.

Avec sa finale qui évoque les meilleurs moments de The Social Network, The Wolf of Wall Street illustre parfaitement comment les coins sombres d’une Amérique idéalisée seront à jamais des sujets inépuisables. Son ton supra-comique (il y a certainement deux ou trois scènes mémorables qui marqueront le temps) ralentit rarement la satisfaction généralisée et la capacité divertissante que le film nous offre, l’aidant grandement à se hisser parmi les belles réussites cinématographiques de 2013 (et Dieu seul sait qu’il y en a eu beaucoup!)

N’hésitez donc pas, faites-vous plaisir et succombez aux excès de ce long-métrage qui entre trips de drogues et beaucoup de filles dénudées ne manquera pas de vous en mettre plein les yeux et de vous souffler littéralement.

Vous avez jusqu’au vendredi 27 décembre à midi pour participer à notre concours «The Wolf of Wall Street». On fait tirer 5 laissez-passer. C’est par ici: labibleurbaine.com/5-laissez-passer-a-gagner.

L'avis


de la rédaction

Vos commentaires

Revenir au début