«Zoom sur un classique»: Dancer in the Dark de Lars von Trier | Bible urbaine

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«Zoom sur un classique»: Dancer in the Dark de Lars von Trier

«Zoom sur un classique»: Dancer in the Dark de Lars von Trier

Une comédie musicale qui détonne

Publié le 17 novembre 2020 par Olivier Du Ruisseau

Crédit photo : Tout droits réservés

Dancer in the Dark est déjà considéré comme un classique, même s’il n’est sorti que depuis vingt ans. À mi-chemin entre la tragédie et la comédie musicale, l’oeuvre de Lars von Trier est un véritable ovni cinématographique. S’il est loin de faire l’unanimité, comme c’est souvent le cas avec les films du réalisateur danois, il demeure un incontournable, notamment grâce à sa bande musicale impressionnante, signée par Björk, qui y joue aussi la protagoniste, et à son inventivité formelle remarquable. Zoom sur un classique controversé mais tout de même fascinant.

Après sa mise au monde fracassante au Festival de Cannes en 2000 – le film a remporté la Palme d’or et Björk le prix d’interprétation féminine –, la réputation de Dancer in the Dark a en effet été entachée. Son réalisateur s’est emmêlé dans plusieurs controverses, dont au moment du tournage du film.

On se souvient entre autres d’un évènement qui a mis von Trier sur la liste noire de Cannes pendant plusieurs années, où qu’il a dit en conférence de presse, en 2011, qu’il «comprenait Hitler», qu’il «est nazi», dans une blague des plus maladroites.

Sinon, plus récemment, Dancer in the Dark a refait surface dans la foulée du mouvement #MeToo. Déjà qu’on savait que Björk avait trouvé les conditions du tournage très difficiles, cette dernière ayant avoué que von Trier se serait acharné sur elle afin qu’elle «ressente» son rôle, la chanteuse islandaise a reconfirmé les difficultés qu’elle avait rencontrées lors du tournage en accusant le réalisateur de l’avoir agressée, le tout dans une publication Facebook datant de 2017.

in the spirit of #metoo i would like to lend women around the world a hand with a more detailed description of my…

Publié par Björk sur Mardi 17 octobre 2017

 

Malgré le fait que Dancer in the Dark demeure un long métrage incontournable dans l’histoire du cinéma, peut-être faut-il aussi se rappeler son contexte de production, pour éviter de crier au génie sans détour? Voilà pourquoi, avant de passer en revue les mérites de cette œuvre, on se devait de rappeler certains évènements qui ont entouré sa réalisation.

Une histoire terrible qui ne laisse personne indifférent 

Campé dans l’Amérique rurale des années 60, le film met en scène les efforts de Selma (Björk), qui travaille d’arrache-pied afin d’économiser suffisamment d’argent pour payer une opération à son fils. Comme elle, il risque de perdre la vue. Les deux combattent une grave maladie héréditaire.

Selma travaille de fait de longues et dures journées dans une usine métallurgique, et elle passe son temps libre à la chorale amateure de son quartier, où elle répète un rôle dans La mélodie du bonheur. Au fil de ses répétitions et de ses journées de travail, sa vue s’effrite… Un jour, alors qu’elle est presque complètement devenue aveugle, tout bascule.

Son voisin et propriétaire Bill profite de sa vulnérabilité pour lui voler tout l’argent qu’elle a économisé. On le voit à l’oeuvre, devant nos yeux (et sous le nez de Selma), qui ne remarque rien, à cause de sa maladie. La scène, très tendue, marque un tournant majeur dans le récit, qui sera rempli par la suite de moments dramatiques similaires, longs et pénibles, crus et tragiques.

Peu après, dans un revirement de situation incroyable, Selma se retrouve prise au piège, et pour se sortir d’une impasse, elle doit tuer son voisin. C’est que Bill souhaitait se suicider, mais comme il était incapable de passer à l’acte, il a tout manigancé pour que ce soit elle qui le tue, malgré elle, alors qu’elle était simplement venue récupérer son argent. Cette histoire terrible poussera l’ouvrière jusqu’à la peine de mort, puisqu’elle sera incapable de prouver son innocence…

L’histoire de Selma ne peut laisser personne indifférent, d’abord parce qu’elle est infiniment tragique (il y a tellement obstacles qui s’accumulent sur son chemin que cela frôle l’absurde), mais aussi parce qu’elle est mise en scène dans un style complètement décalé.

Transgresser (toutes) les lois

Le réalisateur danois aime provoquer et pousser les limites de son art. C’est plus clair que jamais dans ce film que plusieurs considèrent comme son magnum opus. Ce dernier allie ici une approche introspective et innovatrice à la comédie musicale, avec ce penchant pour le macabre qu’on lui connait bien, le tout agrémenté d’une série de prouesses techniques pour le moins remarquables.

D’abord, la comédie musicale devient à la fois un dispositif narratif et une thématique à travers cette oeuvre. Selma affirme en effet avoir immigré aux États-Unis, depuis la République Tchèque, ayant été inspirée par les comédies musicales, qu’elle considère comme la quintessence de la culture américaine.

Plus encore, von Trier a décidé de faire de son film une comédie musicale en soi, incitant à une réflexion sur les possibilités du genre, trop souvent associé à des histoires à l’eau de rose. Ici, au milieu des péripéties de plus en plus atroces que traverse Selma, les passages musicaux agissent en moments doux et poétiques, contrastant avec la sobriété stylistique et l’ambiance lourde du film.

Ces moments musicaux témoignent aussi de toute l’intelligence de Björk en tant que compositrice et interprète. En voici un exemple clé, dans cette scène qui suit le meurtre de Bill par Selma:

Dancer in the Dark brille aussi grâce à son inventivité sur le plan technique. Certains passages musicaux sont filmés avec des dizaines de caméras et comprennent plusieurs coupes au montage, souvent rythmées selon les pas de danse des personnages ou bien le tempo de la musique. Aussi, l’approche à la direction photo est assez originale en soi, Dancer in the Dark étant majoritairement filmé à la caméra à l’épaule, dans une esthétique qui rappelle des home movies tournés en VHS.

Le film est en fait le premier de von Trier à ne pas suivre toutes les règles du mouvement Dogme95, dont il a été l’instigateur, même s’il en rappelle le style.

Mis sur pied avec Thomas Vinterberg, le Dogme95 consistait en une stricte méthode de réalisation qui interdisait, par exemple, l’idée de tourner en studio ou de se servir d’effets spéciaux, et favorisait une certaine sobriété formelle, tout en mettant l’accent sur les idées et les performances des acteurs, plutôt que sur des artifices esthétiques qui mettraient de l’avant la beauté des images.

Mieux réfléchir aux possibilités du cinéma

Dancer in the Dark demeure difficile d’approche. Rempli de scènes extrêmement douloureuses et filmé d’une manière qui reflète justement cette lourdeur, mettant sans cesse l’accent sur des teintes grisâtres et des costumes et décors ternes, tout a été réfléchi pour que le spectateur ressente le désarroi de Selma.

Si on peut trouver que la douleur y est exacerbée et que Dancer in the Dark prend une tournure presque comique, tellement la protagoniste rencontre un nombre de difficultés inimaginables, il est impossible de ne pas apprécier la mise en scène et la direction d’acteurs.

Ce classique de la filmographie de von Trier aura aussi permis une réflexion quant aux multiples possibilités offertes par les comédies musicales et également sur la manière de rendre la douleur à l’écran. Si aujourd’hui son héritage et sa réputation sont sujets à de multiples débats, il faut quand même le voir pour en retenir le meilleur, et pour au moins apprécier l’histoire d’amitié entre le personnage de Björk et celui de Catherine Deneuve!

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«Dancer in the Dark» de Lars von Trier en images

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