«Zoom sur un classique»: Hiroshima mon amour d'Alain Resnais | Bible urbaine

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«Zoom sur un classique»: Hiroshima mon amour d’Alain Resnais

«Zoom sur un classique»: Hiroshima mon amour d’Alain Resnais

«J'ai tout vu à Hiroshima. Tout.»

Publié le 2 juillet 2019 par Mathilde Renaud

Crédit photo : Images tirées de l'oeuvre «Hiroshima, mon amour» d'Alain Resnais

Le 6 août 1945, Little Boy se faisait larguer sur Hiroshima au Japon. Le nom de cette bombe est quelque peu ironique, considérant qu’elle a créé la mort et la souffrance d’au moins 95 000 personnes innocentes… Quatorze années plus tard, le réalisateur français Alain Resnais signait son deuxième long-métrage. Aidé par Marguerite Duras, il s’attardera à la mémoire, mais aussi aux conséquences de cette horreur explosive. À travers certaines prises expérimentales, il montrera que l’amour se doit d’être plus fort que la haine. Zoom sur un classique qui permettra de se souvenir et surtout de ne pas oublier.

De l’amour… dans la catastrophe

Elle (Emmanuelle Riva) est une actrice française. Lui (Eiji Okada) est architecte. Ils se rencontrent lorsqu’elle visite le Japon afin d’y tourner un film sur le bombardement atomique de 1945 à Hiroshima. L’homme a perdu sa famille sous les explosions et les radiations, tandis qu’elle, elle s’est amourachée d’un soldat allemand pendant la guerre. Les nouveaux amants se confieront l’un à l’autre pendant plus d’une trentaine d’heures, et le spectateur deviendra un témoin privilégié de leur récit respectif.

Ces deux histoires du passé seront la base de la seconde partie de l’œuvre. La première séquence de ce long-métrage présente plutôt, sous la forme d’un documentaire, la bombe d’Hiroshima et les impacts qu’elle a eus sur la ville et ses habitants. Véritable catastrophe humaine, cette attaque aurait fait entre 95 000 et 160 000 morts innocentes. Resnais, qui se passionne beaucoup pour l’Histoire, s’est intéressé à ce sujet touchant et percutant. Certaines images peuvent d’ailleurs être très saisissantes.

Alain Resnais et la mémoire

C’est bien dans cet esprit de mémoire que s’inscrivent l’univers et l’objectif de l’œuvre. Ces évènements – nous pouvons aussi inclure l’attaque de Nagasaki, qui a eu lieu trois jours après Hiroshima – cruciaux pour l’Histoire, se sont avérés particulièrement atroces, et Resnais s’est donné le devoir de remémorer ces instants charnières.

Il s’intéresse au phénomène de mémoire, à la fois collective et individuelle, d’une part, à travers ses deux protagonistes principaux, et d’autre part avec le traitement particulier qu’il entretient avec l’image et le montage. Quelques années plus tôt, le cinéaste français s’était déjà donné comme mandat de documenter une ignoble page de notre Histoire: les camps de concentration au coeur de son œuvre Nuit et Brouillard (1956).

Le traitement d’Hiroshima mon amour est beaucoup plus expérimental que celui de Nuit et Brouillard, et le cinéaste a préféré confronter deux personnages de manière fictive plutôt que de réaliser, à nouveau, une œuvre fidèle aux codes du genre documentaire.

Les images de l’œuvre redonnent vie à la mémoire même de ces personnages. Au tout début, lorsqu’elle parle d’Hiroshima, un hôpital y est mentionné, et des images dudit hôpital apparaissent devant nos yeux, laissant ainsi le spectateur s’imaginer et même pénétrer dans sa mémoire.

Les scènes de tendresse entre les deux amants, quant à elles, se fondent parfois parmi les débris de la ville d’Hiroshima. Il devient alors difficile de les dissocier, et Resnais propose ainsi une comparaison entre les évènements qui ont marqué leurs vies.

La poésie dans l’horreur

C’est Marguerite Duras qui a écrit le scénario d’Hiroshima mon amour. Celle qui signera, quelques années plus tard, l’autofiction L’Amant a d’abord et avant tout souhaité écrire un récit sur l’amour. Les deux personnages, qui représentent leur ville respective, ont besoin de se faire entendre par l’autre afin d’évacuer leur traumatisme respectif.

Les mots qui sortent de la bouche des protagonistes sont poétiques, et les phrases sont parsemées de figures de style qui ajoutent ainsi une profondeur stylistique et mystérieuse à la fois. Certaines de ces paroles prononcées par deux interprètes extraordinaires permettent d’emmener les spectateurs dans leur monde respectif. Nous sommes contraints de les entendre, sans toujours les comprendre. C’est la beauté des mots et le rythme des phrases qui nous donnent envie de rester auprès d’eux et d’écouter ce qu’ils ont à (nous) dire.

La plume scénaristique (et littéraire) de Duras est reconnaissable parmi tant d’autres, tandis que l’image et le montage de Resnais le sont tout autant. On sent bien le mélange entre ces deux styles, et c’est d’ailleurs ce qui permet au spectateur de se laisser aller librement dans cet imaginaire pour le moins audacieux.

La mémoire et l’amour sont les thématiques centrales de cette histoire. Et nous ressentons par moments qu’ils ont préféré saluer cet amour et ce pardon entre deux nations et deux époques plutôt que d’attiser la haine.

Pour consulter nos précédentes chroniques «Zoom sur un classique» et ainsi avoir votre dose bihebdomadaire de septième art, suivez le www.labibleurbaine.com/Zoom-sur-un-classique.

«Hiroshima, mon amour» en images

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