«Zoom sur un classique»: In the Mood for Love de Wong Kar-wai | Bible urbaine

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«Zoom sur un classique»: In the Mood for Love de Wong Kar-wai

«Zoom sur un classique»: In the Mood for Love de Wong Kar-wai

Un poème visuel et sensible

Publié le 12 mai 2020 par Mathilde Renaud

Crédit photo : Image tirée de l'oeuvre «In the Mood for Love» de Wong Kar-wai

À travers les jours froids et grisâtres du mois de mai actuel, il peut être difficile de trouver le sourire. Aujourd’hui, nous vous proposons de visionner une œuvre aux couleurs chaudes et sensibles, In the Mood for Love. Vingt années se sont écoulées depuis la sortie de cette œuvre pour le moins unique. Wong Kar-wai l’avait présentée lors de la 53e édition du Festival de Cannes (où Tony Leung avait remporté le prix pour la meilleure interprétation masculine). Reconnu à travers le monde entier pour son esthétique remarquable et sa vision singulière de la vie, le réalisateur hongkongais signe, une fois de plus, une production qui figurera parmi les favorites de nombreux cinéphiles. Zoom sur un classique qui traite de l’amour avec tendresse et simplicité.

Monsieur Chow et Madame Chan sont nouvellement voisins. Ayant emménagé la même journée dans leurs appartements, Madame Chan et Monsieur Chow ont pu se rencontrer. Au fil des mois, leurs conjoints respectifs sont de moins en moins présents, et rapidement, les deux protagonistes se rendent compte qu’ils entretiennent une relation amoureuse en cachette. Unis par ces évènements, Monsieur Chow et Madame Chan forgent une amitié qui finira – peut-être – par devenir autre chose…

Des personnages sous le couvert de l’anonymat

Dans le synopsis évoqué ci-haut, l’absence de prénom peut être remarquée. C’est pourtant ce que désire Kar-wai, qui avoue lui-même avoir nommé ses personnages seulement après le tournage. En effet, le cinéaste a créé ses personnages d’une manière très singulière, et dans ce cas-ci, les acteurs ne connaissaient rien de leurs identités respectives, mis à part les grandes lignes de l’histoire…

Cela a pu causer des problèmes aux acteurs, qui se sont retrouvés à maintes reprises dans l’incompréhension la plus totale quant aux réactions et sentiments qu’ils devaient adopter, mais Kar-wai tenait à mêler leurs propres personnalités et à les confronter à l’improvisation la plus pure, la plus naturelle. L’effet qui en est ressorti est très doux de la part de Maggie Cheung (Madame Chan) et Tony Leung (Monsieur Chow).

Tous les deux semblent vivre leur histoire au jour le jour, en prenant les choses comme elles viennent. Cela rend le tout beaucoup plus personnel, mais aussi beaucoup plus réaliste.

Du côté des conjoints des personnages, le spectateur ne voit jamais leurs visages, et leurs noms ne sont jamais prononcés. Cela permet, entre autres, de mettre l’accent sur Maggie Cheung et Tony Leung, qui sont au coeur même du récit. Pour Wong Kar-wai, il était inutile de mettre du drame et des détails ailleurs.

Trois courts métrages qui mènent à un long métrage

L’idée de départ du cinéaste chinois était de réaliser trois courts métrages sur la nourriture et sa modernité. Il s’agissait, entre autres, d’analyser l’arrivée des autocuiseurs à riz et du fast-food en Chine, de même que les impacts que ces nouveautés pouvaient avoir sur les familles.

Même si, au final, le scénario a été modifié et surtout allongé, les prémices de départ sont pourtant bien présentes. L’autocuiseur permet aux femmes de mettre de l’énergie ailleurs que dans la cuisine, et nous voyons ainsi que les relations humaines être priorisées (et l’achat de l’autocuiseur facilite d’ailleurs la vite de la propriétaire de l’appartement de Madame Chan). Autre exemple: après une longue journée de travail, les deux protagonistes se rendent fréquemment à des stands où des nouilles déjà cuites y sont vendues.

Bien que ce rapport nouveau à la nourriture ne soit pas l’élément clé du récit, le spectateur peut bien comprendre l’importance de ces changements dans les relations familiales et sociales de l’époque. Ces chambardements importants sont présentés discrètement, mais ajoutent une profondeur au film, qui témoigne alors d’une époque peu connue en Chine pour la culture occidentale.

Une musique qui berce les personnages

Dès la première écoute de l’œuvre, l’élément marquant est sans aucun doute la musique. Revenant de nombreuses fois au sein de différentes scènes, la pièce «Yumeji’s Theme», composée par Shigeru Umebayashi, est hypnotisante. Accompagnée par les décors, les mouvements, et surtout par les costumes, dont les magnifiques robes portées par Maggie Cheung, la chanson semble porter tous les non-dits entre les deux personnages.

Présente dès les premières rencontres dans les ruelles et lors de leurs premiers rapprochements, la musique épouse par ailleurs leurs sentiments à tous les deux. À chaque fois qu’elle se fait entendre, elle marque une évolution chez les deux amants, qu’elle soit commune ou individuelle. Bref, ils évoluent à travers la musique.

Et ces aspects sont amplifiés lorsqu’il y a présence de ralentissement au niveau de la vitesse de l’image (slow motion). La musique, elle, garde son rythme, pendant que le spectateur est témoin du commencement de leurs aventures.

Wong Kar-wai: un poète de l’image

Dans un précédent article sur Chungking Express, j’ai présenté rapidement l’homme derrière ce film. J’ajouterai simplement que Kar-wai propose, dans pratiquement toutes ses oeuvres, une vision à la fois simple et complexe de l’amour. Simple, puisqu’à première vue, le récit ne déborde pas d’intrigues et de drames; et complexe, puisque le réalisme et l’authenticité des personnages bousculent les idées préconçues que nous pouvons avoir face à une telle histoire.

Wong Kar-wai transforme en bon magicien notre manière de voir les choses. Grâce à toutes ses techniques et ses utilisations du langage cinématographique, il réussit à parler aux cinéphiles d’une manière qui lui est propre.

Et heureusement, une nouvelle œuvre signée par le réalisateur est en voie de naître…

Pour consulter nos précédentes chroniques «Zoom sur un classique» et ainsi avoir votre dose bihebdomadaire de septième art, suivez le www.labibleurbaine.com/Zoom-sur-un-classique.

«In the Mood for Love» de Wong Kar-wai en images

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