«Zoom sur un classique»: Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy | Bible urbaine

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«Zoom sur un classique»: Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy

«Zoom sur un classique»: Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy

Tout n'est pas plus beau en chantant

Publié le 5 février 2019 par Mathilde Renaud

Crédit photo : Image tirée du film «Les Parapluies de Cherbourg»

La chronique Zoom sur un classique est de retour en force en 2019 avec une autre œuvre phare du cinéma français. Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy fête sa 55e année de sortie cette année. Ayant raflé la Palme d’or au Festival de Cannes en 1964 pour cette réalisation colorée et mélodique, Jacques Demy devient néanmoins l’un des réalisateurs les plus avant-gardistes de la Nouvelle Vague. Cette production signe aussi la première contribution de Catherine Deneuve au sein de ses films. La carrière de la jeune actrice sera alors lancée et son nom se retrouvera alors sur toutes les lèvres.

Geneviève (Deneuve) et sa mère possèdent un magasin de parapluies. La jeune femme est follement amoureuse de Guy, un jeune adulte qui travaille dans un petit garage et qui possède très peu. En cachette, les deux tourtereaux font plusieurs sorties, dont danser et aller au théâtre. La mère de Geneviève apprend ces cachotteries et manifeste son mécontentement en disant à sa fille que Guy n’est pas assez bien pour elle.

Sur le point de se marier, Guy doit quitter le pays pour aller rejoindre l’armée française, qui est présentement en sol algérien. Pendant les deux années d’absence de son bien-aimé, Geneviève devra faire face à la pression de sa mère qui tentera de l’épouser à un autre.

Il est à noter que dès les premières secondes, le réalisme auquel le spectateur pouvait s’attendre disparaît complètement. Les décors et les costumes aux couleurs vives viennent donner une touche d’enchantement à l’œuvre. Cet effet est, bien sûr, renforcé avec l’histoire d’amour et, surtout, grâce aux paroles et aux dialogues qui sont chantonnés sans arrêt par les personnages.

Même si cela pourra agacer un certain public, plusieurs cinéphiles souligneront l’originalité, la performance et l’expérimentation de Jacques Demy, qui a été aidé par Michel Legrand, ce grand compositeur, pianiste émérite et arrangeur français décédé le 26 janvier dernier, pour l’écriture des paroles.

L’œuvre se transforme alors en conte de fée mais réussit, malgré tout, à aborder de front des sujets plus sérieux. La pression sociale force Geneviève à faire un choix autre que celui de suivre son cœur. La bourgeoisie est ainsi critiquée et caractérisée par le personnage de la mère de Geneviève, Madame Emery, qui tente de gravir l’échelle de la reconnaissance sociale. Par-dessus tout cela, la guerre d’Algérie fait rage et enlève Guy des mains de Geneviève.

Découpé en trois parties (le départ, l’absence et le retour), où figurent, dans chacune d’elle, les dates exactes du récit (soit de 1957 à 1963), le film témoigne d’une époque troublée par la guerre d’Algérie, qui s’étend de 1954 à 1962. Très peu d’œuvres françaises accordent une place à cet évènement pourtant marquant de l’histoire française.

Cléo de 5 à 7, réalisé par Agnès Varda, la conjointe de Demy, aborde aussi le sujet, mais de façon plus superficielle que Les Parapluies de Cherbourg. La référence à cette guerre est le seul indice qui nous permet d’ancrer le film dans le réel. Même si aucune image ne témoigne de ce qui se passe au-delà de la frontière française, le destin des deux jeunes amants est directement lié au conflit qui anime les deux pays.

Un cinéaste qui oscille entre la réalité et l’imaginaire…

Décédé à seulement 59 ans, Jacques Demy aura laissé derrière lui un univers unique, parsemé de couleurs, d’amour et d’enchantement. Certaines de ses œuvres se réfèrent d’ailleurs à des contes connus, comme Peau d’Âne, qui met aussi Catherine Deneuve au premier rôle.

Les couleurs saturées et l’aspect féérique qu’il donne à ses récits et aux images demeureront un joyau pour l’histoire du cinéma français, même s’il demeure beaucoup moins connu que les réalisateurs Truffaut ou Godard, qui ont tourné dans les mêmes années.

… et qui ne sera jamais oublié

Des hommages en son nom sont toujours présents. Nombreuses sont les mentions de son nom dans les plus récentes oeuvres d’Agnès Varda, qui explique que le vide laissé par son absence ne sera jamais comblé.

Certaines troupes de théâtre reprennent ses récits en les adaptant. Cela a notamment été le cas pour Les Parapluies de Cherbourg, qui a été reproduit au théâtre à Paris, New York, Los Angeles et Tokyo. 

En 2008, Varda a annoncé la véritable cause de son décès. En 1990, il avait été affirmé qu’il avait succombé des suites d’un cancer. Cependant, le sida serait plutôt la réelle cause de sa mort. Suite à cette affirmation, plusieurs groupes LGBT(Q+) ont porté un grand intérêt envers son oeuvre et réussissent même à s’en approprier et à les utiliser dans diverses campagnes.

Ayant signé plusieurs oeuvres qui transcendent toutes les générations, Demy et ses contes nous marqueront tous et toutes pour de nombreuses années encore.

«Les Parapluies de Cherbourg» en images

Par Images tirées du film «Les Parapluies de Cherbourg»

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