«Zoom sur un classique»: Rashōmon d'Akira Kurosawa | Bible urbaine

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«Zoom sur un classique»: Rashōmon d’Akira Kurosawa

«Zoom sur un classique»: Rashōmon d’Akira Kurosawa

Une oeuvre qui façonne le cinéma d'aujourd'hui

Publié le 25 février 2020 par Mathilde Renaud

Crédit photo : Image tirée de l'oeuvre «Rashomon» d'Akira Kurosawa

En 1950, le cinéma était très loin de ce qu’il est à notre époque moderne. C’est grâce à des cinéastes comme Welles, Rosselini, Hitchcock et éventuellement Bergman et Tarkovksi (entre autres!) que le septième art se modernise et acquiert des caractéristiques esthétiques et narratologiques qui lui sont propres. Mais surtout, ces réalisateurs permettent au cinéma d’établir de nouvelles bases et de nouveaux styles pour les futures générations. En Asie, c’est Akira Kurosawa qui impose ses nouvelles limites, et son premier grand succès s’intitule Rashōmon. Zoom sur un classique qui célèbre cette année ses 70 années d’existence.

Rashōmon: un récit dans le récit

Assis sous un auvent afin de se mettre à l’abri de la pluie, le bûcheron raconte sa plus récente découverte à un prêtre et à un roturier, qui attendent eux aussi le passage du nuage avant de continuer leur route. L’homme confesse avoir trouvé le cadavre d’un samurai dans une forêt et récite le déroulement du procès.

Lors du procès en question, la femme de la victime, ainsi qu’un bandit (présumé suspect), sont appelés à la barre pour raconter leurs versions des faits. Un médium réussit à entendre la version du défunt, qu’il transmet à la cour. Cependant, tous les témoignages sont très différents et il devient alors difficile d’élucider le mystère du meurtre…

Encore aujourd’hui, le scénario de Rashōmon est adulé, étudié et louangé. À la base, il s’agit d’un homme (le bûcheron) qui raconte l’histoire du meurtre à deux autres hommes. Mais au sein de son récit, le spectateur est témoin de quatre versions des faits complètement aux antipodes, ce qui sème un profond mystère qui demeure toujours irrésolu.

Et au final, selon la conclusion du bûcheron, nous nous rendons compte de ce qui motivait réellement les témoins, et c’est précisément à ce moment précis que l’oeuvre de Kurosawa prend une direction plus philosophique. L’interprétation qu’en fait chaque personnage est complètement unique, mais un seul sentiment guide leurs témoignages: la honte.

Un montage qui donne un nouveau souffle au septième art

Les techniques de montage particulières ont été les premiers éléments remarqués dans les productions d’Akira Kurosawa. Le montage possède à la fois des bienfaits esthétiques, mais aussi narratifs, qui alimentent ainsi le récit. L’une de ses techniques principales, qui a aussi été utilisée par Alfred Hitchcock, se nomme la coupe dans l’axe. C’est une sorte de montage en jump cut qui permet de s’approcher de l’action.

Par exemple, si la caméra se dirige vers une action (ou une réaction) particulière, l’image est coupée et le plan suivant présente cette même action, mais en étant beaucoup plus près des personnages. Cette utilisation particulière du jump cut permet de rythmer l’action, mais aussi de mettre l’accent sur l’action ou sur les protagonistes.

Au niveau des transitions entre les scènes, Kurosawa utilise souvent une technique qui repousse (le terme original est wipe en anglais) une image pour une autre. La transition s’effectue donc avec la disparition du plan initial vers la gauche par l’apparition du nouveau plan. Pour quelques fractions de seconde, il y a donc les deux moitiés des plans au sein de la même image. Cet effet visuel très particulier vient donc lier les deux scènes ensemble et dynamise aussi la transition entre les plans.

Akira Kurosawa: un cinéaste et un homme hors pair

Au cinéma, le style unique de Kurosawa est créé à partir d’un rythme particulier dû au montage, mais également (et surtout) par la composition soignée de ses plans. Que ce soit par l’excentricité de ses acteurs, qui réagissent de manière excessive et presque caricaturale, ou par la présence de la pluie, du feu ou de la fumée en arrière-plan, les plans signés par Kurosawa ne sont jamais fixes.

C’est comme si le cinéaste faisait danser tous les éléments qui se retrouvent devant lui dans l’unique but de ne jamais perdre l’œil du spectateur. Dans ses œuvres, même la lumière, qui est fixe elle aussi, réussit à bouger (et dans Rashōmon, il s’agit des plans où la caméra est tournée vers le ciel en avançant en travelling, faisant ainsi frétiller la lumière entre les feuilles des arbres).

Quelques années avant lui, Kenji Mizoguchi réussissait avec brio à créer une poésie visuelle et scénaristique dans un cadre plus lent où tout se jouait dans les détails. Mais dans le cas d’Akira Kurosawa, même si le rythme semble plus lent, les éléments qui se trouvent dans le plan bougent continuellement. Et c’est de cette façon qu’il crée sa poésie si unique.

Peu de cinéphiles s’opposent à l’apport grandiose que le cinéaste japonais a donné au septième art. Certes, ses productions ne plaisent pas à tous, mais ses innovations ne sont certes pas négligeables. Kurosawa a su influencer de nombreux grands réalisateurs, comme Steven Spielberg, Robert Altman, Sydney Lumet, Andreï Tarkovski et même Stanley Kubrick. En 1990, il a reçu un Oscar honorifique pour l’ensemble de sa carrière.

Dans les écoles de cinéma (théoriques et pratiques), le nom de Kurosawa reste un incontournable. Parce qu’à travers tous ses films, il a su faire connaître à l’Occident ce qu’était le Japon, mais aussi, et tout simplement, parce qu’il est un génie.

D’ailleurs, restez à l’affût, puisque je vous présenterai très prochainement une chronique «Zoom sur un classique» à propos de Ran, la plus grande œuvre du cinéaste!

Pour consulter nos précédentes chroniques «Zoom sur un classique» et ainsi avoir votre dose bihebdomadaire de septième art, suivez le www.labibleurbaine.com/Zoom-sur-un-classique.

«Rashomon» en images

Par Images tirées de l'oeuvre «Rashomon» d'Akira Kurosawa

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