7 suggestions de romans psychologiques où un malheur bouleverse le quotidien | Bible urbaine

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7 suggestions de romans psychologiques où un malheur bouleverse le quotidien

7 suggestions de romans psychologiques où un malheur bouleverse le quotidien

Assurez-vous de bien méditer avant d'aller au dodo

Publié le 11 juillet 2020 par Éric Dumais

Crédit photo : Tous droits réservés @ L'oeuvre «Le cri» d'Edvard Munch

Pour quelle raison tu lis des romans anxiogènes alors qu’on traverse en ce moment l’une des pires crises sanitaires mondiales après la grippe espagnole, me demandez-vous. Et honnêtement, je n’en ai aucune idée. J’ai toujours été à la recherche de sensations fortes, comme si c’était ma façon de m’oxygéner le cerveau. Et en même temps, je me doute que, si vous êtes en train de lire ces lignes, c’est que vous aussi, au fond, vous êtes à la recherche de la même adrénaline que moi. Voici 7 suggestions de romans qui m’ont fait de l’œil dans ma bibliothèque ces derniers mois.

«Crime et châtiment» de Fédor Dostoïevski • Actes Sud • 668 pages

Fédor Dostoïevski est l’un de mes auteurs fétiches aux côtés d’Haruki Murakami et de Stephen King. Et c’est un honneur – je pèse à peine mes mots! – d’avoir la chance, cent-cinquante ans et des poussières plus tard, d’offrir un regard critique sur une œuvre aussi emblématique et toujours aussi dérangeante que Crime et châtiment, traduite par André Markowicz, dans la magnifique collection Actes Noirs.

C’est que Dostoïevski, à travers cette histoire d’assassinat sur la personne d’une vieille prêteuse sur gages par un jeune étudiant de Saint-Pétersbourg, a su créer une ambiance anxiogène du début à la fin par l’usage d’une écriture nerveuse et toute en rebondissements qui rappelle l’univers frénétique du roman Le Moine («The Monk») de Matthew Gregory Lewis, publié en 1796. Et cette anxiété généralisée, autant dans le ton que dans le caractère des personnages, est ce qui différencie l’œuvre de Dostoïevski à celle de ses confrères Tolstoï ou Tourguéniv, notamment.

Cette œuvre psychologique, que j’oserais qualifier de roman policier avant l’heure, a, à mon avis, inspiré un auteur que j’admire, le Japonais Keigo Higashino, car ce dernier a toujours eu cette drôle d’habitude de révéler d’emblée l’identité de son coupable en auréolant son mobile d’une zone de flou, et ce, jusqu’à la révélation finale. Dans Crime et châtiment, il est dit dès le départ que l’étudiant Raskolnikov va commettre l’irréparable. Et cette fièvre qui lui embrouille la conscience et qui le rend inapte à socialiser avec autrui n’est qu’un présage de mauvais augure quant à la suite de l’histoire.

Après plus de six-cent-cinquante pages lues, je referme pour la seconde fois ce roman d’une grande densité, qui m’avait profondément marqué lors de mes années universitaires, avec le souffle comme coupé. Comme si mon diaphragme avait été bloqué par autant d’intensité maladive. Si j’ai toujours le souffle aussi court en le refermant, c’est que Dostoïevski a réussi à dépeindre la fragilité de l’âme humaine avec tellement d’agilité que c’en est renversant.

«Pandémie» de Robin Cook • Albin Michel • 520 pages

C’est la première fois de ma vie que j’ouvrais un roman de Robin Cook, qui a pourtant publié vingt-cinq romans aux Éditions Albin Michel avant celui-ci! L’écrivain américain, qui a soufflé sa 79e bougie cette année, est chirurgien et ophtalmologue de formation, et il s’avère qu’à l’instar de Patrick Bauwen, dont j’avais dévoré La nuit de l’ogre, et qui est lui aussi médecin de profession, il a lui aussi l’armement nécessaire pour ajouter une pincée de réalisme et de véracité à ses écrits.

Et c’est notamment grâce à ses connaissances du corps médical new-yorkais que l’auteur a réussi à faire de Pandémie un roman tout à fait crédible qui s’avère drôlement d’actualité en cette éclosion de coronavirus à travers le monde. Et c’est possiblement en raison du contexte actuel que j’ai d’autant plus accroché. Il va sans dire, l’ouverture laisse entrevoir de belles promesses, car on se rend vite compte que ce virus, jusqu’alors inconnu, est littéralement foudroyant: une victime peut décéder en quelques minutes à peine, le souffle littéralement coupé, alors qu’à peine quelques minutes avant elle se sentait en parfaite santé.

L’affaire, c’est que les autopsies pratiquées sur les personnes infectées sont si longues à nous dévoiler un pan de la vérité sur ce mystérieux virus qu’on a l’impression d’y perdre une part, une grosse part de notre intérêt, en cours de route…

Robin Cook offre néanmoins une fiction réaliste, crédible et bien documentée qui aurait pu dépasser l’entendement s’il n’avait pas autant mis de gants blancs pour éviter qu’on entre dans un scénario catastrophe à la mode hollywoodienne. Ici, il explore davantage les conséquences économiques et politiques que pourrait susciter l’éclosion d’une épidémie ayant comme berceau la ville de New York, mais cette décision était à double tranchant, car un lecteur friand de sensations fortes comme moi (et vous, je suis sûr!) aurait justement aimé entrevoir le pire pour mieux appréhender le futur et les conséquences de nos actes.

Critique-Abimes-Jonathan-Reynolds-Alire

«Abîmes» de Jonathan Reynolds • Alire • 241 pages

Je me souviens de ce jour où on a cogné à ma porte alors que je n’attendais personne et qu’en ouvrant la porte, je suis tombé sur Jonathan Reynolds, un sac à dos plein de livres à ses pieds, et une promesse de gâter le fan de littérature fantastique que j’ai toujours été depuis ma première incursion dans la tête de King avec Ça. À cette époque, il se présentait pour le compte de la maison d’édition Les Six Brumes, qu’il a cofondée avec son partenaire et ami Guillaume Houle.

Récemment, Reynolds a fait paraître son plus récent roman aux Éditions Alire. Et j’avoue que j’étais assez curieux de découvrir quelle histoire se tramait derrière cette couverture glauque à souhait. «Bienvenue dans les abîmes, d’où on ne revient jamais vraiment… Mais ça devrait bien aller si tu brandis fièrement les cornes du malin, peut-être que tu t’en sortiras indemne!», m’a dédicacé l’auteur. Ça donne le ton en tout cas.

J’ai vite compris la référence en découvrant une épigraphe de Dimmu Borgir, un groupe de black métal symphonique norvégien, la première d’une longue série de références pour métalleux avertis, ce que Jonathan Reynolds semble être depuis la nuit des temps. Si vous n’êtes pas à l’aise avec la musique heavy métal, vous allez peut-être trouver le temps long. Car il s’est fait plaisir à namedropper les principaux représentants de cette scène musicale d’où naissent les ténèbres…

…Mais avec ses quelque deux-cent-cinquante pages, il se consume aussi vite qu’un concert de L’abyme, ce trio de métal originaire du Saguenay qui va faire chavirer les existences de Frédéric, son ex-copine Violette et Simon, l’auteur du site www.fuckyoumaman.com (et possiblement l’être le plus rancunier qui soit envers sa génitrice). Pourquoi Frédéric sera-t-il aussi «dans sa bulle» après avoir vu les membres en show? Pourquoi le passé de Violette veut-il autant la rattraper? Et dans quel merdier Simon s’est embarqué en devenant l’homme à tout faire du groupe?

Reynolds a su imaginer un récit obscur qui n’a certainement pas la prétention de foutre la trouille royale à quiconque s’y aventure. Par contre, il a bien rythmé l’alternance des voix narratives de ses personnages afin d’envelopper d’un halo de mystère cette histoire qui semble gober un à un ses protagonistes, tous à la merci d’une force étrangement inquiétante. À quelques reprises, l’humour pince-sans-rire aide à bien faire passer la pilule, car la joie de vivre n’est pas trop au rendez-vous ici (mais je vous avais bien dit que l’auteur était fan d’heavy métal et de darkness, right?

«L’erreur» de Susi Fox • Fleuve noir • 359 pages

Susi Fox a elle aussi étudié la médecine, pour sa part à l’université de Melbourne, en Australie, et c’est grâce à cela qu’elle réussit à nous plonger comme si on y était dans les premiers instants du séjour d’une nouvelle maman qui vient de donner naissance par césarienne à son enfant.

Le seul hic, c’est qu’à son réveil, Sasha est certaine qu’il se trame quelque chose dans cet hôpital. D’abord, à son réveil, il y a du sang séché sur les draps, son mari brille par son absence, les infirmières et aide-soignantes semblent lui cacher quelque chose, et, plus que tout, elle est sûre que le bébé prématuré qu’on lui présente n’est pas le sien! «Il n’a rien à voir avec le bébé de mes rêves, celui des recoins les plus enfouis de mon esprit», songe-t-elle en le voyant. Vous devinez la suite? Lorsqu’elle confiera ses craintes à voix haute, autant aux docteurs Solomon ou Niles qu’à son mari Mark, Sasha sera prise en pitié, comme si elle était folle ou traumatisée, et on l’ignorera. Elle devra donc investiguer par elle-même pour découvrir ce qui est arrivé à son vrai bébé, car elle reste persuadée qu’au fond d’elle-même elle a raison. Que son instinct maternel ne lui ment pas! Mais qu’est-ce qui prouve que c’est Sasha qui a raison? Et si elle se trompait, au fond?

Si vous avez apprécié des romans tels que Mère parfaite ou La maison d’à côté, soyez assuré que L’erreur vous procurera lui aussi une bonne dose de frissons, parce qu’on s’accroche comme Sasha à cette parcelle de vérité qu’on a tout autant envie de croire. Même si je me suis demandé à quelques reprises comment l’auteure allait réussir son pari de nous tenir en haleine au bout de trois-cent-cinquante pages, je dois avouer que, même si ce n’est pas de la grande littérature, c’est assurément un divertissement efficace qui donne froid dans le dos et qui vous permettra de vous évader de votre quotidien.

«Ristretto» de Bertrand Puard • Fleuve noir • 374 pages

J’ai toujours eu l’œil sensible au travail graphique de bon goût, et cette affection pour le beau m’a souvent rendu de loyaux services dans la vie. Lorsque j’ai épluché le catalogue de Fleuve noir, mon regard s’est fixé sur la couverture du roman Ristretto de l’auteur et scénariste français Bertrand Puard, que j’ai trouvé magnifique, et couplé à mon affection pour le café, on avait un match!

J’ai plongé pieds et mains liés dans cette histoire de plantations de caféiers, de vendetta et de crimes en série, avec pour ambition de voyager du Brésil à la France, puis de Dalat, au Viêtnam, jusqu’au massif de l’Esterel, le long de la Méditerranée, là où Clara Brunante, déontologue de métier, s’est retirée avec son fils Théo pour tenter d’oublier ce chapitre où elle a tenté de mettre fin à sa vie à l’aide d’une balle dans la tête. Tout pour oublier la société Premium, ce groupe influent dans la finance internationale où elle travaillait avant qu’elle décide d’en finir.

Sauf que son séjour dans la chic villa de son amie Nina Koch va vite prendre une tournure cauchemardesque lorsque le cadavre de Casper Mud, un employé de sa boîte, le patron du bureau des matières premières, le grand spécialiste du café, sera retrouvé mort assassiné près de la résidence. Le bémol, c’est que ce cadavre n’est que le premier d’une longue série à venir, et les têtes d’autres employés de la Premium tomberont les unes après les autres, avec toujours ce même dénominateur commun: une cerise d’un café arabica avec une esperluette rouge sang posée près des macchabées. Quel message tente-t-on d’envoyer aux autorités, et qui en veut à ce point aux hauts placés de la Premium?

Je l’avoue, j’ai dévoré avec délectation cette histoire pleine de rebondissements où rien ne va plus. C’est qu’il se trame tellement de magouilles, de trahisons et de secrets d’État à travers cette faune de têtes fortes que c’est un pur bonheur de découvrir le motif derrière tous ces meurtres. Une histoire qui peut presque paraître tirée par les cheveux, tellement les rebondissements sont en nombre, peut-être qu’à la longue ça vous fatiguera les nerfs, mais j’admets que je suis resté en selle jusqu’à la toute fin.

L’autrice britannique Ruth Ware, avec La mort de Mrs. Westaway, nous sert ici le parfait goûter pour l’heure du thé, une intrigue qui reprend les codes d’une sobriété à l’anglaise à l’instar de La fille du train de Paula Hawkins. J’avoue que, même si l’histoire est tout aussi prévisible que la motivation malvenue de la protagoniste, je me suis bien laissé attirer par son petit jeu malsain. Car justement, on prend plaisir à la voir accepter une proposition qui pourrait tout autant la soulager financièrement que la mettre dans un sérieux pétrin.

Ici, le voyeurisme n’est pas du tout le fil d’or de ce roman; c’est plutôt l’esprit de manipulation d’Harriet, dite Hal, qui est l’arme secrète de cette anti-héroïne – pas si irréprochable que ça, au final! – qui va voir là, avec l’arrivée d’une lettre notariée lui annonçant qu’elle est l’héritière de la défunte Mrs. Westaway (sa supposée grand-mère… mais l’a-telle déjà connue?), sa parfaite occasion de se laver de ses nombreuses dettes et de faire taire ces créanciers, qui s’en viennent réellement menaçants. Elle est dans l’eau chaude, comme on dit.

Au départ un huis-clos un brin anxiogène, La mort de Mrs. Westaway adopte, à la mi-parcours, un tournant plus psychologique, à ce moment précis où Harriet, dont le métier est de tirer les cartes de tarot à Brighton, rencontre les membres de «sa» famille et l’énigmatique et fort irritante Mrs. Warren – une persécutrice, celle-là! – qui semblent tous avoir de sérieux squelettes dans le placard. Déchirée entre les lourds préparatifs de la succession et cette idée nouvelle de faire la lumière sur le passé de sa mère (dont elle semble ignorer bien des choses), Hal va procéder à sa petite enquête en essayant de ne pas attirer le regard des curieux…

Tout compte fait, j’ai bien aimé ce roman à l’ambiance tendue et aux secrets bien gardés. Car lorsque Hal accepte d’aller de l’avant et de réclamer cet héritage, on s’attend à ce qu’il lui arrive un grand malheur. C’est prévisible. Mais au final, c’est bien plus que cela, car sous le vernis, il y a des éléments plus compromettants encore qui auraient peut-être dû rester cachés.

«L’épidémie» de Asa Ericsdotter • Actes Sud • 426 pages

J’ai commencé ce dossier en vous parlant de Pandémie, qui était correct en soi et assez près du scénario qu’on vit actuellement, quoique…, et maintenant, je le conclue en vous suggérant fortement de lire L’épidémie, qui lui s’en éloigne complètement! C’est que la Suédoise Asa Ericsdotter, pourtant bien connue dans son pays, mais moins de ce côté-ci de l’océan, nous livre un thriller exaltant autour d’une épidémie… d’obésité!

L’actuel président de la Suède, Johan Svärd, n’a qu’une seule chose en tête: éradiquer l’obésité pour que son pays soit le plus sain de toute l’Europe. «L’épidémie d’obésité est une bombe prête à exploser. La Suède a besoin de passer par un changement radical pour pouvoir gérer une catastrophe de cette ampleur», tels sont ses mots. Et cette vision du monde lui a été inculquée par le pasteur baptiste radical Robert O’Brien, «son prédicateur», qu’il a rencontré à New York lors d’une messe offerte à l’église de la santé. «L’obésité est l’épidémie de l’homme!» Voilà une vision du monde qui a rencontré celle qu’allait se forger plus tard l’homme en voie de devenir le futur premier ministre de la Suède.

À l’instar de George Orwell et de son célèbre 1984, où l’auteur britannique s’est plu à imaginer une Grande-Bretagne prise d’assaut sous un régime totalitaire inspiré à la fois du stalinisme et du nazisme, Asa Ericsdotter a imaginé, avec L’épidémie, une histoire plus actuelle où «ces gros porcs», comme son protagoniste les appelle, sont ces bêtes qu’on doit éliminer, à la façon d’Hitler avec les juifs, s’il veut espérer un jour retrouver une société active et dynamique qui coûte moins cher à l’État. Même si l’auteure touche une corde sensible – car évidemment que l’obésité, autant chez les enfants que les adultes, avec toutes les maladies qui en découlent – représente des dépenses exorbitantes.

Ici, son président a des allures d’un Donal Trump qui n’en fait qu’à sa tête, avec ce désir de diriger son pays comme lui il l’entend, et ses personnages, en qui l’on s’attache instantanément, que ce soit Landon, Gloria, Helena ou Molly, sont les pauvres bêtes de foire qui subiront les contrecoups d’un régime totalitaire qui ne fait aucune exception à la règle…

Imaginez un monde où les camps d’entraînement de type Fight-or-Die sont obligatoires pour les gros. Imaginez un monde où vous êtes menacé de perdre votre emploi et votre logement si vous obtenez un IMGM de 50 et plus. Ce serait catastrophique. Et avec raison. C’est pourquoi ce livre m’a grandement chamboulé. Même si la finale est dure à digérer, vous constaterez à quel point l’auteur a fait montre d’une vision lucide – et heureusement exagérée – d’une société totalitaire avec un malade aux commandes du pays.

Si, après coup, vous avez encore besoin de carburant pour booster votre dopamine, je vous suggère le film Contagion (2011) de Steven Soderbergh, avec entre autres Marion Cotillard, Matt Damon et Jude Law. Un écho à la crise sanitaire mondiale que l’on traverse en ce moment. Âmes sensibles s’abstenir, car ici la fiction côtoie dangereusement la réalité!

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