«Le bazar des mauvais rêves» de Stephen King | Bible urbaine

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«Le bazar des mauvais rêves» de Stephen King

«Le bazar des mauvais rêves» de Stephen King

Une poignée de petits trésors parmi le bric-à-brac d’histoires

Publié le 16 février 2017 par Éric Dumais

Crédit photo : Albin Michel

Comme dans tout bon bazar, où les étagères et bacs croulent sous le poids d’objets de tout acabit aux odeurs d’une autre époque, on y trouve tantôt des trésors d’une estimable valeur, tantôt des bric-à-brac qui peinent à traverser les âges. Avec Le bazar des mauvais rêves, le chouchou des passionnés de la littérature d’effroi dévoile un éventail de vingt nouvelles qui n’offre au final qu’une poignée de petits trésors.

«Il m’arrive de penser qu’en réalité, un recueil de nouvelles est une sorte de journal de bord des rêves, une façon de capturer des images du subconscient avant qu’elles ne s’évaporent».

Il y avait un moment déjà que Stephen King avait offert à son Fidèle Lecteur, comme il se plaît à le surnommer, un recueil d’histoires au format court ou moyen, Nuit noire, étoiles mortes ayant été sa plus récente parution tout juste avant le certes décevant Tout est fatal. Contrairement à certaines croyances entendues çà et là, Le bazar des mauvais rêves n’est pas une suite de l’effrayant souvenir qu’a laissé Bazaar dans notre imaginaire, mais bien un assemblage de près de 600 pages de nouvelles dont la plupart attendaient cette occasion toute spéciale d’enfin voir le jour.

Écrire une nouvelle, qu’on se le dise, c’est un art en soi. «Les nouvelles exigent une sorte d’habileté acrobatique qui requiert une intense et éreintante pratique», confesse l’auteur en préambule. Et, contrairement à un roman de longue haleine, le suspense ici se déroule à l’instar d’un accordéon, au rythme de la musique de la narration et du suspense, et se doit d’offrir une finale qui laissera le lecteur pantois, ou du moins en phase réflexive. À cet exercice, Stephen King est un as, car il est passé maître dans l’installation d’un décor et d’une ambiance. Mais les points de chute ne sont pas toujours aussi mordants qu’on le souhaiterait, même s’il nous assure qu’ici «les meilleures ont des dents».

Cela dit, aucun fil conducteur ne lie entre elles les vingt nouvelles qui se retrouvent assemblées au cœur de cette plus récente parution d’Albin Michel. Parmi celles qui laissent une trace, qui surprennent et nous entraînent corps et âme, tout en nous laissant à la fois pensif et abasourdi par le coup de touche de son créateur, on retrouve «Sale gosse», probablement la nouvelle la plus violente et effrayante, au sein de laquelle un jeune diable aux cheveux roux répand le mal autour de lui avec sa casquette à hélice. Autrement, «Nécro» est l’autre belle surprise du recueil, l’auteur jouant avec les commandes du portail entre le réel et le fantastique avec une grande habileté. Dans cette histoire, un apprenti journaliste écrit des encarts nécrologiques à portée sarcastique et méchante pour un quotidien new-yorkais d’un style à clics à la Buzzfeed, et déclenche bien malgré lui l’arrêt de mort de la personne visée. Un pur chef-d’œuvre!

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Autrement, on passe néanmoins un bon moment de lecture avec ces deux péquenauds de «Premium Harmony», s’obstinant sans arrêt dans leur voiture jusqu’à ce que la grande faucheuse intervienne. Ou encore cette nouvelle mystérieuse et toute en subtilités qu’est «Dune» et cette île hantée sur laquelle on retrouve des noms de personnes tuées gravés dans le sable. «Ur», une nouvelle à l’époque commanditée par Kindle, s’avère plutôt originale, le protagoniste découvrant sur sa liseuse une fonction pour lire des histoires inédites d’Hemingway ou Shakespeare, mais la finale tombe à plat, de même qu’avec plusieurs autres, dont «Feux d’artifice imbibés», qui était pourtant amusante, malgré une sortie un peu prévisible et beige.

Épargnons-nous une mention d’«Église d’ossements» et «Tommy», deux nouvelles écrites en prose au cours desquelles la lecture s’est avérée un pur mal de tête d’insatisfactions. Stephen King ne peut certainement pas être un expert dans tout, et comme il l’affirme lui même, «[…] d’un point de vue créatif, je suis toujours un amateur, je continue d’apprendre mon métier», affirme-t-il, et bien sûr il a raison; au niveau de la poésie, il a les doigts pleins de pouces, et ce n’est définitivement pas sa tasse de thé.

On passe ici et là de bons moments à la lecture du Bazar des mauvais rêves, mais ne vous attendez pas à dévorer ce livre d’un trait; certaines nouvelles demandent un temps de pause, prenez-le et continuez votre lecture à un autre moment; de toute manière, le livre n’ira pas bien loin, à moins que vous ayez l’imagination fertile!

«Le bazar des mauvais rêves» de Stephen King, Albin Michel, 600 pages, 34,95 $.

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