«Blanc dehors» de Martine Delvaux | Bible urbaine

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«Blanc dehors» de Martine Delvaux

«Blanc dehors» de Martine Delvaux

La force du vide

Publié le 21 novembre 2015 par Sara Thibault

Crédit photo : Éditions Héliotrope

Paru aux Éditions Héliotrope, Blanc dehors questionne, par le biais de l’autofiction, le rapport de l’auteure à ses origines alors que son père est parti avant sa naissance, laissant à sa mère le soin de s’occuper seule de son enfant. Hantée par cette absence, la narratrice cherche à reconstruire son récit de vie à partir des rares fragments qu’elle retrouve à son sujet.

C’est donc à un récit sur l’absence de récit auquel l’auteure convie ses lecteurs, un livre sur tous les blancs qui ont marqué sa vie, de l’absence de son père aux non-dits de son enfance, jusqu’au vide de la page blanche qu’elle peine à remplir.

Blanc dehors offre aussi une réflexion très personnelle sur l’écriture. Car ce père absent est source de manque, mais également déclencheur de l’écriture: «Il est parti pour que j’écrive». L’auteure met en récit le fait qu’elle écrit ce roman qui germe depuis longtemps dans sa tête, mais qu’elle n’avait encore jamais eu l’audace d’exorciser. Le livre prend donc la forme à la fois d’un roman, d’un cahier d’écriture et d’un journal intime. Devant ce témoignage, le lecteur se retrouve confronté à ses propres questionnements identitaires.

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Ce récit très intime aurait pu sembler banal s’il n’avait pas été soutenu par l’écriture intelligente et forte de Martine Delvaux, qui prend appui sur son histoire pour la faire résonner avec celle des femmes du Québec. Celle qui est «née quelque part entre Duplessis et Morgentaler» dépeint la fin des années 1960 comme un moment de transition entre la domination de la religion et la libération sexuelle. Rappelons que le féminisme est au cœur des préoccupations de l’auteure, qui a notamment écrit deux essais à ce sujet, Filles en série et Femmes psychiatrisées, femmes rebelles.

Pour faire face au lourd héritage de la fuite qu’elle doit porter, la narratrice de Blanc dehors n’a d’autre choix que de remplir les vides de son existence en questionnant, en inventant, en fantasmant… Si bien que la fiction et le réel s’entremêlent dans une quête à laquelle le lecteur ne peut plus échapper.

Blanc dehors, en nomination pour le Prix des libraires au Salon du livre de Montréal, est le troisième roman de l’auteure après Rose amer et Les cascadeurs de l’amour n’ont pas droit au doublage, tous publiés aux Éditions Héliotrope.

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