«Blitz» de David Trueba | Bible urbaine

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«Blitz» de David Trueba

«Blitz» de David Trueba

L’égarement facile

Publié le 26 mars 2016 par Marc-André Amyot

Crédit photo : Flammarion

Un jeune architecte paysagiste espagnol participe à un énième concours d’architecture urbaine à Munich, en Allemagne, accompagné de sa femme. Le succès professionnel qui se fait toujours attendre et une vie amoureuse sur le déclin, sans passion et fragile, teintent le portrait de ce quotidien banal sur le point de prendre une ultime débarque. Survient ce texto inopportun, «Je ne lui ai encore rien dit. C’est si difficile. Jt’m». C’est elle qui l’envoie et, visiblement, il n’était pas le destinataire prévu.

Empruntant la forme d’un récit construit sur l’introspection, le quatrième roman de l’auteur espagnol David Trueba s’articule autour de la déchéance amoureuse de Beto Sanz. La perte de repères est au cœur d’un récit quelconque, qui s’évertue à décrire l’errance d’un homme qui a tout perdu, qui n’a jamais réussi au point où il l’entendait.

L’auteur a-t-il cherché à représenter le deuil amoureux masculin? Quelle que soit la réponse à cette question, il tombe rapidement dans les grands clichés: négation, fuite, incompréhension, frustration, vengeance, rebound sexuel, paix intérieure. Comme si la détresse amoureuse d’un homme se résumait à une simple équation mathématique, à l’accumulation d’actions négatives visant à purger sa tête de son ex. Un portrait qui manque cruellement de tristesse, de sentiments profonds, de vraie détresse. Car jamais on ne sent le personnage émotionnellement mis en danger, sur le point de craquer.

Il y a bien quelques moments où l’on se dit que l’auteur a bien cerné quelques traits de l’époque, à commencer par les destins humains associés au numérique, ou encore à cette passion récemment avouée des jeunes hommes pour les femmes plus âgées. Pour le reste, on n’y croit pas. L’écriture ne parvient jamais à nous faire chavirer dans l’émotion. On demeure à distance de ce personnage principal qui a pourtant tout perdu. On l’observe, mais on ne s’y intéresse pas vraiment.

Oui, le lecteur l’accompagne dans sa honte et son déshonneur, comme ce passage où, ayant fait un fou de lui-même, Beto Sanz doit se confondre en excuses envers un compétiteur de toujours et se résoudre à travailler pour lui. Ou encore, ce malaise palpable, seule vraie émotion que l’auteur nous fait vivre, alors que son personnage se réveille aux côtés d’une femme qui pourrait être sa mère. Mais pour le reste, aucun moment à nous faire sortir un crayon pour souligner l’intelligence des mots choisis.

Résultat final? Un livre qui ronronne, qui se parcoure rapidement, sans grand rebondissement. Un livre facile qui ne laisse ni chaud ni froid. Il y avait pourtant tant à dire sur le sujet.

«Blitz» de David Trueba, Éditions Flammarion, 34,95 $.

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