«Chenous» de Véronique Grenier aux Éditions de Ta Mère | Bible urbaine

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«Chenous» de Véronique Grenier aux Éditions de Ta Mère

«Chenous» de Véronique Grenier aux Éditions de Ta Mère

Survivre au naufrage

Publié le 19 septembre 2017 par Sara Thibault

Crédit photo : Les Éditions de Ta Mère

En 2016, Véronique Grenier avait bouleversé ses lecteurs avec son récit Hiroshimoi, qui explorait le quotidien amoureux sous la forme de fragments poétiques. Cette fois, avec son recueil de poésie Chenous, elle aborde avec une grande pudeur comment la dépression peut être adoucie par la présence des enfants. En plus de mener une brillante carrière d’auteure, Véronique Grenier enseigne la philosophie au Cégep de Sherbrooke et elle est chroniqueuse pour la Gazette des femmes et pour le magazine URBANIA.

On retrouve dans Chenous la simplicité qui faisait la force du livre précédent de Véronique Grenier. En pratiquant une poésie du quotidien, elle démonte la fausse association faite entre poésie et hermétisme. Elle démontre que la concision et l’évocation peuvent aussi susciter des grandes émotions:

«Mes enfants sont loin vacances quand c’pas le moment pour / je pourrais avoir l’esprit libre et des papillons sous les talons / faire ma petite affaire / l’esprit lousse le temps slaque / sauf que je brèche d’eux»

Dans Chenous, les lecteurs sont invités à apprécier la beauté dans l’ordinaire, malgré la vaisselle, les cheveux et la poussière qui s’accumulent. Véronique Grenier ouvre les portes de chez elle, à la fois prison et refuge, là où les «murs béquilles» l’enferment dans sa maladie qui l’épuise. Une pulsion de mort traverse en latence le recueil, ainsi que l’angoisse profondément humaine de ne pas être à la hauteur de «cette chose startée dans [son] ventre» qui l’envahit. C’est avec une certaine nonchalance que l’auteure mélange la banalité du quotidien et la grandeur du mal de vivre qui l’affecte:

«Le café coule / je l’écoute / et pète du papier bulle / pow pow t’es mort».

Véronique Grenier fait fi de l’artifice et laisse transparaître ses failles et sa vulnérabilité. Elle montre que, parfois, «un festin de plastique/à manger pour faux, mais en vrai» est plus réconfortant qu’une thérapie longue et éprouvante. Elle illustre que la présence des enfants peut procurer une force insoupçonnée qui oblige à sortir de sa torpeur et à continuer d’avancer:

«Ma p’tite / saura jamais / qu’à l’autre bout du fil / un samedi soir / ses pleurs m’ont ramenée / du loin / où je pensais aller»

Alors que la société exige des femmes qu’elles soient extrêmement polyvalentes, autant à la maison, qu’au travail, Chenous s’impose comme un baume qui rappelle qu’il est parfois normal qu’un «souper [se finisse] en toasts» et que «les poubelles débordent».

 

«Chenous» de Véronique Grenier, Éditions de Ta Mère, 57 pages, 15 $.

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