«City On Fire» de Garth Risk Hallberg | Bible urbaine

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«City On Fire» de Garth Risk Hallberg

«City On Fire» de Garth Risk Hallberg

Récit d’un marathon littéraire inachevé

Publié le 25 avril 2016 par Éric Dumais

Crédit photo : PLON

Rares sont les fois où l’on a dû cesser abruptement une lecture en cours à cause que le seuil de l’ennui avait été atteint à satiété. Après avoir lu un peu plus de 600 pages du bestseller du désormais millionnaire Garth Risk Hallberg, une évidence flashait telle une enseigne Super Néon devant nos yeux: le marathon littéraire de 971 pages avait assez duré. La décision fut prise non sans une pointe de regret: la brique fut refermée dans un claquement et je fus soulagé d’un poids, tel un marathonien qui franchit la ligne d’arrivée.

Premier roman d’un jeune auteur originaire de la Louisiane vivant désormais à Brooklyn, City On Fire est un portrait naturaliste de la fourmillante New York de la fin des 70’s, entrevue par le regard sondeur d’un Garth Risk Hallberg alors âgé de 31 ans lorsqu’il a eu la flamme créatrice. Après six ans de travail et un point final plus tard, celui qu’on ne connaissait ni d’Ève ni d’Adam tenait entre les mains une idée qui allait faire le tour du monde et qui allait surtout rendre, par le biais d’une histoire réaliste, la vision d’une ville et de ses habitants, en 1970.

L’histoire de City On Fire prend pourtant ses aises de belle façon, avec cette ouverture dans le quotidien de Mercer Goodman et William Hamilton-Sweeney, un couple d’homosexuels de la 11e Avenue préparant leur réveillon new-yorkais, puis dans celui de Charlie Weisbarger, ce fanatique de la scène punk et de la glorieuse époque de Ziggy Stardust, et finalement dans celui des divorcés Regan Hamilton-Sweeney et Keith Lamplighter, pour ne nommer ceux-ci, car une dizaine d’autres personnages virevoltent au fil des chapitres.

On ne peut que s’avouer que l’auteur a certes bâti une fresque romanesque qui rappelle Les Rougon-Macquart, mais en un seul volume, sauf que cela ne pardonne pas l’insupportable caractère de ce roman.

Après près de deux-cents pages, enfin l’évènement phare se produit: un meurtre est commis dans Central Park et seul Goodman, visage désormais connu du lecteur, se trouve sur place. Une lueur d’espoir nous laisse à penser qu’enfin le roman choral nous entraîna dans sa spirale… mais la lenteur du récit continue de nous ennuyer ferme. Six-cent pages plus tard, nous avons décidé d’interrompre le coït bien avant sa finale, car malgré qu’il y ait de légers rebondissements çà et là, jamais nous n’avons pu profiter de l’aspect savoureux d’un page turner, car City On Fire n’en a pas même l’étoffe!

Vous l’aurez compris en lisant cette critique jusqu’ici: tous les éléments sont en place pour une histoire qui semble en tous points passionnante où un petit génie, qui a déjà vu son premier roman traduit dans 15 pays, avec une adaptation cinématographique à venir par Scott Rudin, producteur des frères Coen, de Wes Anderson et de David Fincher, tient certes l’idée du siècle. Sauf que l’échec de son entreprise demeure justement sa grande soif à vouloir représenter fidèlement un New York réaliste pendant près de mille pages. Parfois, trop c’est comme pas assez.

Combien de fois avons-nous reculé de chapitre pour se rappeler qui était qui? Combien de fois nous sommes-nous questionné sur l’utilité de tous ces amuse-gueules qui entrecoupent sans cesse le récit, comme ces lettres manuscrites ou dactylographiées, cette revue à caractère punk de Samantha Cicciaro inttiulée Land of 1,000 Dances, qui aurait pu être abrégée de moitié, et ces interludes qui ne font qu’étirer et épaissir la sauce? De nombreuses fois, vous l’aurez deviné!

Malgré cette finesse stylistique, ce souci quasi perfectionniste du détail, cette grande chorale de voix narratives, ce portrait craché d’un New York fourmillant et flamboyant, Garth Risk Hallberg nous perd dans les dédales d’un récit qui n’aboutit pas et qui devient une corvée littéraire dont on a juste hâte de se débarrasser pour retrouver enfin ce plaisir que peut être la lecture. Comme vous pouvez le constater, de nombreuses qualités reviennent à l’auteur, qui a certes du génie et probablement une carrière déjà toute tracée à l’horizon, mais son ambition aura eu raison de notre intérêt.

Hélas!, ce fut une entreprise échouée! Et vous, comment s’est passé votre marathon City On Fire?

L'événement en photos

Par PLON et Sipa Press

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