«Crimes à la bibliothèque», orchestrés par Richard Migneault | Bible urbaine

Littérature_Polars et romans policiers

«Crimes à la bibliothèque», orchestrés par Richard Migneault

«Crimes à la bibliothèque», orchestrés par Richard Migneault

Grands auteurs et passages à l'acte variés, entre le silence des rayons

Publié le 11 janvier 2016 par Marie-Hélène Proulx

Crédit photo : Éditions Druide

Le titre donne l'impression d'une invitation à dépoussiérer son vieux jeu de Clue, histoire de s'offrir une petite soirée d'énigmes tranquilles en terrain annoncé. Pourtant, les 17 auteurs québécois proposant ici une nouvelle savent nous faire découvrir tout ce que ce thème peut secrètement receler d'imprévu, de retentissements et même de fous rires.

On y retrouve des nouvelles du genre polar au style un peu plus attendu, comme Un omicidio in la Serenissima de Francine Ruel, qui, avec ses moines érudits, nous baigne dans un climat rappelant Au nom de la rose d’Umberto Eco, mais version contemporaine. Mais plusieurs autres osent explorer davantage l’anecdotique, l’humour, l’absurde et même, parfois, le surréalisme. Il faut dire qu’ici, le terme «crime» peut prendre une définition variable, allant du meurtre en bonne et due forme jusqu’aux conséquences étranges d’une simple dérogation aux délais de retour de livre. Il en va de même pour le terme de «bibliothèque» qui peut servir à qualifier autant la Bibliothèque nationale qu’une bibliothèque scolaire, de village ou une pièce dans une vaste demeure.

Cet exercice de style s’avère aussi une bonne façon de parcourir en un seul document les textes d’auteurs comme François Lévesque, Francine Ruel, Laurent Chabin et Hervé Gagnon, et d’autres un peu moins connus. Cette découverte est accompagnée, pour chaque auteur, de quelques pages décrivant sa démarche de création littéraire. Il est d’ailleurs à souligner que même si certains de ces auteurs se lancent dans le roman d’intrigue pour une première fois, l’écriture ne sent jamais le travail exploratoire et, dans la plupart des cas, les règles de la nouvelle y sont rigoureusement respectées afin de fournir au lecteur son lot de surprises déstabilisantes.

Bien que les nouvelles soient indépendantes les unes des autres, il devient difficile d’y arrêter sa course au mystère et au dépaysement. Certaines nouvelles marquent plus que d’autres, comme Combustion lente de François Lévesque qui sait faire naître avec vigueur l’horreur du lecteur pour les dynamiques d’intimidation, avant de l’éveiller à l’esprit du crime. Avec Guerrière, Anna Raymonde Gazaille sait aussi exploiter ce thème à profit pour mettre en relief, avec une profonde humanité, la réalité des enfants soldats, dans les pays où l’apprentissage de la lecture demeure un des plus grands interdits pour les filles.

De manière générale, ces nouvelles adoptent un style efficace qui ne s’empêtre que de peu de détails ou de figures de style. Seules quelques compositions plus humoristiques, comme le Meurtre sous khontaine,  de Martin Winckler, se soucient de nourrir davantage la description de leur personnage afin d’inviter le lecteur à mieux entrer dans le jeu de leur logique étrange. La plupart de ces nouvelles demeurent donc avant tout des lectures de loisir, légères, que l’on goûte intensément pour les oublier aussi vite.

Elles n’en demeurent pas moins un excellent compromis pour ceux qui trouvent du plaisir à s’immerger dans un imaginaire référant à un temple du savoir sans pour autant avoir envie de se casser la tête.

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de la rédaction

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