«Dans la peau de…» Catherine Ferland, historienne qui nous plonge dans le Québec d'antan | Bible urbaine

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«Dans la peau de…» Catherine Ferland, historienne qui nous plonge dans le Québec d’antan

«Dans la peau de…» Catherine Ferland, historienne qui nous plonge dans le Québec d’antan

Découvrez l'histoire gourmande de la biscuiterie Leclerc

Publié le 29 janvier 2021 par Mathilde Recly

Crédit photo : Tous droits réservés @ Éditions du Septentrion

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Cette semaine, nous avons interviewé Catherine Ferland, historienne et amoureuse des livres qui a récemment fait paraître Les Biscuits Leclerc: une histoire de cœur et de pépites aux éditions du Septentrion.

Catherine, tu es une mordue d’histoire et tu contribues à partager tes connaissances par le biais de publications et d’interventions à Radio-Canada et à MAtv, entre autres. D’où t’est venue cette passion, et qu’est-ce qui t’a menée à te spécialiser dans l’histoire culturelle et alimentaire du Québec?

«Pour être bien honnête, la découverte de ma “vocation” d’historienne est un peu le fruit du hasard. Ma sensibilité à la dimension historique s’est développée quand j’avais 7 ou 8 ans, lorsque j’ai réalisé que mon mode de vie, que les choses qui m’étaient familières n’avaient pas toujours existé: on pourrait dire que j’ai pris conscience du “temps qui passe”. Mais je m’intéressais aussi à une foule d’autres choses, comme le fonctionnement du corps humain, le dessin, le journalisme, le chant, la psychologie, les légendes et les mystères… J’ai étudié en Arts et technologie des médias (ATM), puis en enseignement, mais je me cherchais un peu.»

«C’est en 2année d’université que le déclic pour l’histoire s’est véritablement produit. En devenant historienne, j’ai conservé de forts penchants pour le journalisme et la psychologie: c’est sans doute ce qui fonde ma manière de travailler, d’enquêter et “d’interroger mes sources”, de creuser pour comprendre les motivations des personnes qui vivaient autrefois, puis d’en parler dans les médias!»

«Ce sont les petites histoires du quotidien qui m’intéressent, ainsi que les croyances qu’il y a en dessous. La nourriture et les manières de table, les rapports de genre, les fêtes et même la façon dont on gère la mort sont autant de thématiques fascinantes.»

On a pu lire sur tes réseaux sociaux que tu t’es autodiagnostiquée «polyttéraire», cette «maladie» qui fait en sorte qu’on a toujours le nez dans plusieurs livres en même temps et qu’on se laisse porter de l’un à l’autre selon l’humeur du moment. Quand as-tu eu le déclic pour la littérature, et qu’est-ce qui fait, selon toi, le charme de ne pas se contenter d’une seule lecture à la fois? 

«C’est vrai que je lis beaucoup. Je passe plusieurs heures par jour plongée dans un livre – souvent au détriment du sommeil, je l’admets. J’ai une bonne quinzaine de livres en cours de lecture dans ma table de chevet (oui, dans : c’est une minibibliothèque). En fait, ma condition de “polyttéraire” s’est développée sans que j’y prenne garde: il m’a toujours semblé naturel d’avoir plusieurs lectures simultanées et d’ouvrir le livre que j’ai envie de lire sur le moment.»

«J’ai réalisé tardivement que bien des gens terminent un livre avant d’en commencer un autre. Mais moi, j’adore butiner d’un ouvrage à l’autre… et même relire des livres déjà lus! En ce moment, on trouve sur ma table de chevet le plus récent roman de Kim Thúy, des essais sur les grandes peurs alimentaires d’hier à aujourd’hui, le pouvoir et “l’empouvoirement” au féminin, l’architecture de Notre-Dame de Paris, deux BD de mon ami Djief, un pavé de 900 pages sur l’histoire de la mort depuis le Moyen Âge, une biographie sur Louis XII, une édition de Orgueil et préjugés illustrée par Margaux Motin, un des mes vieux livres roses de la comtesse de Ségur et pas mal d’autres choses encore. Ah, puis un cahier de sudoku. Bienvenue dans mon cerveau!»

Le 10 novembre dernier, tu as publié Les Biscuits Leclerc: une histoire de cœur et de pépites aux Éditions du Septentrion. Dans ce livre, tes lecteurs sont invités à se plonger dans une histoire gourmande, en plus d’être amenés à faire des liens intéressants avec l’histoire du Québec, notamment aux niveaux économique et politique. On est curieux de savoir: qu’est-ce qui t’a poussée à mener tes recherches sur cette entreprise agroalimentaire en particulier?

«Comme je l’explique dans l’introduction de mon livre, j’ai eu le privilège de travailler en étroite collaboration avec Jean-Robert Leclerc entre 2014 et 2019, afin de l’aider à écrire son autobiographie, puis les biographies de son père et de son grand-père. M. Leclerc, qui se trouve être le petit-fils du fondateur de Biscuits Leclerc, a œuvré pendant pratiquement toute sa vie au sein de l’entreprise familiale. Il a vécu l’ensemble des évolutions des décennies 1950 à aujourd’hui, l’automatisation, l’essor de la publicité, l’informatisation, la montée des sensibilités et allergies alimentaires, les préoccupations liées à la santé: c’est vraiment la mémoire vivante de tout un pan de l’histoire industrielle et sociale du Québec!»

«Après avoir préparé ensemble quelques livres en édition privée, destinés à la famille et aux employés de Leclerc, j’ai eu envie (avec la permission de M. Leclerc et de l’entreprise, bien sûr) de reprendre tout le beau matériel, les témoignages, les photos, etc., pour raconter cette histoire au grand public. En partant d’une famille et d’une entreprise, on revisite de nombreux aspects de l’histoire québécoise: ça humanise la manière de se replonger dans notre passé!»

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Ce livre richement documenté comporte de nombreux articles de journaux, archives et témoignages directs de la famille Leclerc, en plus d’une centaine de photos et d’illustrations inédites. Parle-nous du travail que tu as effectué afin de présenter et d’analyser toutes ces informations!

«Une part du boulot avait déjà été effectuée lors de la préparation des livres en édition privée avec M. Leclerc, mais je ne me suis pas contentée de reprendre le tout intégralement, oh que non! J’ai composé ou réécrit des sections entières, j’ai trouvé des compléments d’informations, notamment dans la presse écrite, et surtout j’ai pris soin de toujours replacer les propos dans un contexte plus large.»

«Par exemple, s’il est question d’un événement qui touche les travailleurs de Frs. Leclerc ltée dans les années 1930, je m’assure de donner aux lecteurs des “clés historiques” pour comprendre de quoi il est question, en fournissant de l’information sur le milieu ouvrier et les syndicats de cette époque.»

«Au lieu de mettre des notes de bas de page, j’ai privilégié des encadrés et autres dispositifs visuellement agréables pour offrir ces compléments. Car oui, l’apparence d’un livre est très, très importante à mes yeux et j’aime offrir de nombreuses illustrations. Je considère qu’une image a le pouvoir de transmettre énormément d’informations, en plus d’injecter une touche d’émotion. Plusieurs personnes m’ont écrit pour me dire qu’elles avaient été très émues de revoir de vieux emballages de biscuits des années 1950 et 1960, qui leur rappelaient leur enfance!»

Pour un prochain livre, quel sujet historique aimerais-tu explorer et pourquoi? 

«Je travaille en ce moment sur un gros projet qui s’avère captivant, mais aussi confrontant à plus d’un niveau: l’histoire de la mort à Québec. Ce thème peut surprendre: passer de l’histoire des boissons, de l’alimentation, de la convivialité et des biscuits à celle de l’ultime sommeil… je sais, c’est spécial, mais je m’y suis plongée avec beaucoup d’enthousiasme.»

«Je m’intéresse à la perception, mais aussi à la gestion de la mort à Québec à travers ce que nous apprennent les sépultures et le mobilier funéraire, l’inhumation sous les églises et dans les cimetières, les confréries de la “bonne mort”, les rituels, les pompes funèbres, le deuil et son expression notamment vestimentaire, le tout dans une perspective d’évolution qui nous fait passer de l’époque paléoindienne à nos jours!»

«C’est colossal, mais mon manuscrit avance bien et j’en suis très contente. J’admets que c’est confrontant d’être ainsi immergée dans un sujet qu’on pourrait dire macabre ou morbide; un certain besoin de ventiler explique sans doute la diversité des livres dans ma table de chevet! Et pourtant, il s’agit de ma façon personnelle d’aborder l’angoisse liée à la mort, d’apprivoiser l’impermanence des êtres à la manière qui me convient le mieux, c’est-à-dire à travers le prisme de l’histoire. J’ai bien hâte de faire découvrir le résultat au public!»

Pour découvrir nos précédentes chroniques «Dans la peau de…», visitez le www.labibleurbaine.com/nos-series/dans-la-peau-de.

*Cet article a été produit en collaboration avec les éditions du Septentrion.

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