«Dans la peau de…» Denis Robitaille, auteur et voyageur dans le temps | Bible urbaine

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«Dans la peau de…» Denis Robitaille, auteur et voyageur dans le temps

«Dans la peau de…» Denis Robitaille, auteur et voyageur dans le temps

Une fine plume qui raconte l'Histoire dans l'histoire

Publié le 31 mai 2019 par Mathilde Recly

Crédit photo : Tous droits réservés

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Cette semaine, nous avons interviewé l'auteur québécois Denis Robitaille, qui vient de publier son cinquième roman, Jeune femme aux cheveux dénoués, aux éditions Fides.

Denis, tu sembles être un mordu de littérature. Peux-tu nous parler de ton parcours, de tes premières découvertes de jeune lecteur à l’écriture de tes propres histoires?

«Typique de ma génération, j’ai d’abord fréquenté Bob Morane: voyages, aventures, malfrats mémorables et héros sans peur et sans reproche. Idem pour Tintin et son ami barbu toujours de mauvais poil. Les années ont passé, la rencontre des romans de Jacques Poulin et de la poésie de Saint-Denys Garneau m’ont emmené ailleurs avec des personnages sensibles et vulnérables, des mots limpides qui ouvrent les chemins intérieurs. Avec les années, j’ai exploré plusieurs auteurs, genres et époques, toujours fasciné par le processus de création de l’écrivain. Avec maladresse, j’ai aimé écrire des poèmes et des contes: œuvres de jeunesse passées à la déchiqueteuse.»

«Lorsqu’un ordinateur est entré dans notre maison (il y eut en effet un temps où les maisons n’en avaient pas), mon fils de dix ans s’est mis à écrire des histoires. Je lui ai proposé que nous en écrivions une ensemble – ça changeait des blocs LEGO! Quelques mois plus tard, nous avions un roman de pirates, de batailles navales et de chasse au trésor. Le roman fut publié en 1999 et reçut un excellent accueil. Mon fils est retourné à ses LEGO, moi je n’ai plus jamais cessé d’écrire. Vingt ans plus tard, j’en suis à mon cinquième roman (quatrième et demi, pour être plus juste).»

Tes ouvrages sont pour la plupart inspirés (ou en lien direct) avec un fait historique. Qu’est-ce qui t’attire dans l’Histoire: est-ce un désir de rendre tes récits plus réalistes encore? Et comment te documentes-tu pour l’écriture de tes livres?

«Mon premier roman écrit en solo se déroule en mer et sur le Saint-Laurent au XIXesiècle. Le second, inspiré de mon expérience de bénévole en milieu carcéral, est contemporain. Le suivant nous emmène au seuil de la Première Guerre mondiale. Quant au plus récent, le récit se partage entre 1942 et 1979.»

«D’abord et avant tout, c’est le destin des personnages, leurs quêtes, leurs doutes, leurs convictions, qui guident mes mots. Ces hommes et ces femmes m’habitent pendant des mois, voire des années, le temps de raconter leur histoire. Qu’ils aient vécu autrefois ou aujourd’hui, c’est leur humanité qui m’intéresse. On s’identifie à eux, malgré le temps qui nous sépare. Par l’écriture, puis par la lecture, on prend part à une existence qui aurait pu être la nôtre.»

«J’aime apprendre sur le quotidien d’une époque, son contexte social, ses mœurs. De tout ce que j’apprends, je ne retiens que ce qui met en relief l’intrigue du roman et l’environnement des personnages. Située en trame de fond, l’Histoire dans l’histoire ajoute de l’intérêt à l’aventure de l’écriture et de la lecture.»

Ton dernier roman, Jeune femme aux cheveux dénoués, est paru aux éditions Fides en février dernier. Comment en as-tu élaboré la trame narrative: as-tu commencé par imaginer des personnages, des lieux ou même un certain contexte avant que le reste découle naturellement?

«Mes romans naissent d’une expérience forte, d’une rencontre, d’un questionnement tenace. Celui-ci est né à mon insu lors de la visite d’une exposition de la collection appartenant à un courtier en art. Des toiles de maître, des artistes de renom. Une photo illustrait l’emplacement de ces tableaux chez lui, au-dessus d’un lit tout simple, au milieu d’un environnement des plus modestes.»

«De ce contraste entre les œuvres prestigieuses et un milieu de vie effacé a émergé une question: quel est cet homme qui vivait là? Un personnage puis d’autres sont apparus peu à peu avec leur destin, une aventure, un récit, une fiction. Quelques années après la visite de cette exposition, voici un roman qui appartient dorénavant au lecteur. À ce dernier, maintenant, de se poser les mêmes questions; à son tour de prêter vie à cette aventure.»

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Est-ce que tu pourrais nous résumer dans tes mots l’histoire qui attend nos lecteurs et nous parler du thème central de ce nouveau roman?

«Un courtier en art de Paris s’installe à Montréal en 1979. Autrefois un marchand d’art parmi les plus réputés, il semble aujourd’hui avoir perdu l’œil qui lui permettait de déceler les talents les plus prometteurs. Il fait la rencontre d’une jeune galeriste, s’éprend de son ambition et devient son mentor.»

«À Paris, pendant l’Occupation, une jeune juive se présente à l’atelier d’un peintre qui fera son portrait: une jeune femme aux cheveux dénoués. Au cours du roman, ces deux histoires s’entrecroisent jusqu’à ce que le lecteur découvre ce qu’elles ont en commun. En effet, le vieux courtier transporte un lourd passé.»

«Ce roman est guidé par le regard qui révèle peu à peu ce que chacun porte en lui. L’art offert à nos yeux y joue un rôle de premier plan par sa capacité de saisir un moment, un élan, une authentique quête de ce que nous sommes.»

Soyons fous! Si on t’offrait une machine à remonter le temps, quelle époque et quel lieu choisirais-tu de visiter, et pour quelles raisons?

«Lorsque je ne suis pas attablé à l’écriture d’un roman, je travaille en conservation et en mise en valeur du patrimoine. Je fréquente au quotidien des lieux qui sont déjà de formidables machines à remonter le temps. J’imagine sans peine les gens qui y ont vécu, ceux qui les ont construits, j’emboîte leurs pas pour les comprendre et partager ce qu’ils furent.»

«En ce moment, je dirige un programme de recherches sur un site occupé par un monastère depuis 400 ans et fréquenté depuis bien plus longtemps encore par des peuples nomades. Si je pouvais remonter le temps, je serais bien curieux d’assister à la première rencontre entre ces derniers et les Européens. Mais, pour dire vrai, je ne remonterais pas si loin. Si la capacité m’en était offerte, j’aimerais avoir une conversation avec mon père aujourd’hui décédé.»

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*Cet article a été produit en collaboration avec les éditions Fides.

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