«Dans la peau de…» Maria Christina Jiménez, enfant du métissage et nouvelle auteure à découvrir | Bible urbaine

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«Dans la peau de…» Maria Christina Jiménez, enfant du métissage et nouvelle auteure à découvrir

«Dans la peau de…» Maria Christina Jiménez, enfant du métissage et nouvelle auteure à découvrir

De «vrais sujets» abordés avec humour, légèreté et fantaisie

Publié le 12 juillet 2019 par Mathilde Recly

Crédit photo : Alain Turki

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Cette semaine, nous avons interviewé Maria Christina Jiménez, gestionnaire de projets éditoriaux, artiste peintre et auteure d'un tout premier roman intitulé La colombe et le corbeau, paru récemment aux Éditions Fides.

Maria Christina, tu as une riche expérience dans la gestion de projets éditoriaux et dans la formation en français. Peux-tu nous parler brièvement de ton parcours professionnel, de ton rapport à la langue française et à l’écriture?

«J’ai fait plusieurs choses dans ma vie professionnelle. J’ai tour à tour été terminologue, réviseure, conseillère linguistique, rédactrice, chargée de projets éditoriaux, formatrice, puis éditrice. Le point commun, c’est la langue française. J’ai toujours aimé le français parce que c’est une langue riche et belle.»

«Et puis, c’est la langue que je maîtrise le mieux, que j’utilise quotidiennement depuis mon enfance pour communiquer, pour exprimer mes joies, mes peines, pour dire je t’aime, bonjour. Le français fait partie de mon histoire, alors c’est certain que j’y suis très attachée.»

«Quant à l’écriture, elle a toujours occupé une place importante dans mon travail; j’ai toujours écrit toutes sortes de textes. Mais écrire un roman, ce n’est pas la même chose. Cette fois-ci, l’écriture est devenue un médium pour m’exprimer, un outil au service de mon imagination.»

Tu sembles avoir également un grand bagage comme artiste peintre! Quelles sont tes inspirations et comment ce mode de création vient-il compléter ton expression artistique?

«Je peins depuis une quinzaine d’années et, depuis le début, ce qui m’inspire, c’est la matière brute; par exemple, un tronc d’arbre, un rocher, du métal rouillé. Quand je marche dans un parc, sur la plage, dans une forêt ou en ville, je suis toujours à la recherche d’éléments qui ont du vécu. Je les prends en photo pour garder une image des textures et des couleurs, qui me serviront plus tard d’inspiration pour un tableau.»

«Je me rends compte aujourd’hui que j’aborde la peinture et l’écriture un peu de la même façon: en observatrice. Dans les deux cas, j’observe le monde qui m’entoure pour m’inspirer. Les éléments de la nature, des objets me donnent envie de m’exprimer par les couleurs et les textures; la vie quotidienne, les gens, leur histoire me donnent envie de m’exprimer par les mots.»

Ton tout premier roman, La colombe et le corbeau, vient de paraître aux Éditions Fides. Peux-tu résumer l’intrigue à nos lecteurs et nous parler de l’univers dans lequel évoluent tes personnages?

«En fait, il n’y a pas une seule intrigue, parce qu’il y a plusieurs histoires qui sont liées, bien sûr, et qui s’échelonnent sur un grand nombre d’années.»

«Il y a l’histoire de Pablito Guerra, un petit garçon qui devient orphelin dans des circonstances tragiques et qui décide d’avoir une longue descendance afin de redonner à son patronyme la gloire qu’il a perdue. Il y a aussi l’histoire dramatique de ses parents, celle du dernier descendant Guerra, et celle aussi de sa femme qu’on surnomme le joyau des Andes parce qu’elle a la réputation d’être la plus belle femme de la cordillère des Andes. Il y a l’histoire de Paloma, une jeune femme en avance sur son temps qui s’éprend d’un homme soumis à une interdiction d’amour charnel, l’histoire d’une gitane qui lit l’avenir, l’histoire d’un curé qui se fait poursuivre par un corbeau.»

«Tous ces personnages sont liés par le sang ou le cœur. Ils doivent subir la pression sociale et familiale, et vivre selon les us et les coutumes de leur époque. La majorité se conforme, certains s’affranchissent malgré le prix à payer. La colombe et le corbeau, c’est un roman qui parle non seulement du pouvoir que les traditions, l’Église et la famille exercent sur nous, mais aussi des contradictions les plus profondes qui nous habitent et dont nous ignorons souvent l’existence. Ce sont là des sujets qui peuvent sembler lourds, mais je les traite à la sud-américaine: avec de l’humour et de la légèreté, en laissant beaucoup de place à la fantaisie.»

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Tu es née et tu as grandi au Québec de parents colombiens: en quoi le métissage culturel peut-il t’aider et t’inspirer dans ta démarche de création?

«Je suis une enfant du métissage. D’abord, j’ai en moi un peu des conquistadors espagnols et un peu des peuples indigènes de l’époque précolombienne. Ensuite, j’ai grandi au Québec, terre d’immigration par excellence où s’entremêle une multitude de cultures.»

«Comment ne pas être influencé par cette richesse et comment ne pas y puiser son inspiration? C’est inévitable, à mon avis. Dans mon travail de création, il y a un peu de tout cela, et je ne le fais pas exprès, ça sort comme ça.»

Si tu avais carte blanche, quel projet multidisciplinaire rêverais-tu de réaliser prochainement, avec qui et pourquoi?

«Question difficile! Parce que j’admire beaucoup de peintres, d’écrivains et d’écrivaines, le choix est dur! Mais bon, puisqu’il faut faire un choix… J’ai vu récemment une exposition sur le travail du peintre sénégalais Omar Ba. J’ai été sciée par la beauté, la force et la profondeur de son travail.»

«Souvent, je trouve que les artistes qui abordent des sujets sociaux ne cherchent pas forcément la beauté artistique pure et simple. On dirait qu’ils veulent seulement provoquer, ce qui n’est pas un problème en soi, mais ça m’interpelle moins.»

«Moi, je veux être touchée, émue par la sensibilité du trait de pinceau, par l’harmonie des couleurs, par l’audace des textures. Omar Ba, il avait les deux: la profondeur du sujet et la beauté artistique.»

«Alors, si on me donnait carte blanche pour réaliser un projet multidisciplinaire avec la personne de mon choix, ce serait lui. Quant au projet, c’en serait un où je pourrais utiliser les images et les mots – et pourquoi pas la musique! – pour raconter l’histoire encore trop peu connue de tous les peuples autochtones de l’Amérique, du nord au sud.»

Pour découvrir nos précédentes chroniques «Dans la peau de…», visitez le www.labibleurbaine.com/Dans+la+peau+de…

*Cet article a été produit en collaboration avec les Éditions Fides.

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