«Dans la peau de...» Marie-Christine Chartier, auteure qui explore les relations modernes | Bible urbaine

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«Dans la peau de…» Marie-Christine Chartier, auteure qui explore les relations modernes

«Dans la peau de…» Marie-Christine Chartier, auteure qui explore les relations modernes

L’art de magnifier la complexité de la vie

Publié le 20 septembre 2019 par Mathilde Recly

Crédit photo : Francis Fontaine

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Cette semaine, nous avons interviewé l’écrivaine Marie-Christine Chartier, dont le dernier roman Tout comme les tortues vient tout juste de paraître aux Éditions Hurtubise.

Marie-Christine, tu as été athlète de haut niveau en tennis et poursuis un doctorat en psychopédagogie. Quand trouves-tu le temps d’écrire à travers cet emploi du temps déjà chargé, et dans quel contexte as-tu eu le déclic pour l’écriture?

«Quand j’ai commencé mes études graduées, j’étais beaucoup moins organisée dans mon écriture, au sens où j’écrivais quand j’avais le temps ou bien de l’inspiration, mais ça allait et ça venait selon mon horaire ou mes autres obligations.»

«Puis, pour L’allégorie des truites arc-en-ciel, j’étais en processus de dépôt de mon mémoire, et j’ai utilisé l’écriture du roman pour me motiver. J’écrivais mon mémoire le matin, et puis mon roman était ma récompense de l’après-midi. Aujourd’hui, au doctorat, disons que je suis plus occupée et, par conséquent, j’ai décidé de faire des blocs de temps dans mon horaire et de ne pas me culpabiliser si je passe une journée de ma semaine ou bien quelques heures, ici et là, à écrire de la fiction.»

«C’est une question d’équilibre pour moi. Écrire, ça m’ancre, ça me recentre. J’écris depuis que je suis toute jeune, et ça a toujours été une constante dans ma vie. Ma seule constante, en fait. Je commence à lui laisser plus de place et à accepter que c’est une partie intégrante de mon équilibre et de mon bonheur.»

Y a-t-il eu des coups de cœur littéraires en particulier qui t’ont inspirée dans ton cheminement en tant qu’auteure et, si oui, lesquels et de quelle façon?

«J’ai toujours été une grande lectrice; ça a été une échappatoire autant qu’une source d’inspiration et de motivation. Quand j’étais plus jeune, j’aimais beaucoup les romans historiques; j’avais une fascination pour la romance de ces époques et j’ai toujours beaucoup aimé l’histoire.»

«Puis, en vivant aux États-Unis, j’ai lu beaucoup en anglais. J’ai lu surtout de la fiction de jeune adulte, à la John Green, Rainbow Rowell et même les dystopies du style Hunger Games. Je trouvais qu’il y avait une authenticité dans la façon assez directe dont ces histoires étaient racontées et cela me permettait de m’y identifier.»

«En revenant au Québec, j’ai recommencé à lire des romans en français. J’avais aussi vieilli et maturé, et je me suis trouvé un style quelque part entre ce genre américain très straight to the point (que l’on peut remarquer dans mes dialogues) et la beauté de la langue française, que je m’étais réappropriée, avec toutes ses complexités et ses possibilités. J’ai trouvé que nous avions une belle diversité d’œuvres au Québec et ça m’a inspiré à suivre l’histoire que j’avais envie d’écrire au lieu d’essayer de m’inscrire dans un style ou dans un autre.»

Ton nouveau roman Tout comme les tortues est paru aux Éditions Hurtubise le 11 septembre dernier, succédant ainsi à L’allégorie des truites arc-en-ciel. Les deux font référence aux délicates relations amitié-amour entre hommes et femmes, et comportent un nom d’animal dans le titre. Pourquoi une métaphore animale, et y a-t-il un fil conducteur commun entre tes deux histoires?

«Quand j’ai commencé à écrire Tout comme les tortues, je n’avais pas nécessairement en tête d’aborder une fois de plus l’amitié et l’amour. J’avais simplement cette vision de ce couple qui se meurt et je me demandais: mais pourquoi?»

«Puis, de fil en aiguille, l’histoire s’est construite et j’ai réalisé que, pour moi, l’amour et l’amitié sont intimement liés et que c’est un sujet que je n’avais pas épuisé et qui revenait de lui-même, mais d’une façon complètement différente. Dans L’allégorie des truites arc-en-ciel, on est dans la découverte, l’optimisme et le désir de sauter dans le vide. Dans Tout comme les tortues, tout ça est déjà fait et, donc, on est plus dans la question: je fais quoi, maintenant que j’ai sauté et que je me suis écrasé au sol?»

«Quant à la métaphore animale, je n’y tenais pas nécessairement, j’avais quelques autres idées de titre, mais je n’étais pas satisfaite et j’attendais de trouver quelque chose qui me plaisait avant d’envoyer le manuscrit à mon éditrice. Puis, en soupant avec une amie un soir, l’idée s’est imposée d’elle-même. Je n’aurais pas suivi absolument la thématique animale, mais comme ça fittait, j’ai bien aimé le clin d’œil!»

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Et justement, peux-tu nous en dire plus sur l’intrigue et la psychologie de tes personnages dans Tout comme les tortues?

«Comme je le mentionnais plus haut, dans Tout comme les tortues, on tombe plus dans les blessures de la vie. On retrouve trois personnages, dont le passé, le présent, et le futur sont intimement liés. Il y a Samuel et Ariane, qui se sont aimés d’un amour féroce, le genre de féroce qu’on retrouve peut-être seulement quand on est jeune et naïf.»

«Puis, la vie les a écorchés et ils se sont écorchés eux-mêmes au passage. Au début du roman, Samuel sort avec Anaïs, qui est un peu une victime dans ce roman-là. C’est la fille qui veut trop pour un gars qui ne veut pas assez. On la prend en pitié, un peu, je crois, mais on comprend en même temps ce qui pousse Samuel à être distant, ce qui fait que ça ne fonctionne pas vraiment entre eux.»

«Ce que j’essaie de démontrer avec ce roman, c’est qu’on peut se faire de la peine, se faire du mal, sans que ça soit volontaire. Que c’est injuste la vie, qu’on peut s’aimer fort et que ça fonctionne… ou pas. Que c’est complexe, les relations, mais que c’est aussi ce qui les rend magnifiques.»

Si tu avais carte blanche pour un prochain projet littéraire, qu’aimerais-tu réaliser et, éventuellement, avec quels autres intervenants du milieu artistique? Tout est permis!

«J’aimerais beaucoup pouvoir transposer mes écrits à l’écran. Je trouve que nous avons une offre télévisuelle super intéressante au Québec et j’aimerais pouvoir me greffer à ce milieu. Je suis d’ailleurs un cours de scénarisation en parallèle de mes études de doctorat cette session-ci, parce que ça m’attire vraiment comme écriture et que c’est vraiment différent du roman!»

«Comme c’est une question sans limites, j’imagine qu’un rêve serait d’avoir une discussion avec Fabienne Larouche: je trouve qu’elle a une façon de créer des personnages auxquels on s’identifie et qu’on aime de façon démesurée, et je pense que c’est l’objectif principal lorsqu’on écrit.»

«Aussi, plus récemment, je suis vraiment inspirée par la polyvalence de l’autrice Sarah-Maude Beauchesne. Je trouve qu’elle met de l’avant des personnages de femmes fortes qui sont complexes et assumées, et j’ai adoré la web-série Fourchette; c’était un format que j’ai trouvé vraiment intéressant, en plus de l’histoire aussi, qui m’a énormément touchée!»

Pour découvrir nos précédentes chroniques «Dans la peau de…», visitez le www.labibleurbaine.com/Dans+la+peau+de…

*Cet article a été produit en collaboration avec les Éditions Hurtubise.

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