«Dans la peau de...» Martine Audet, plume aiguisée au service de la poésie | Bible urbaine

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«Dans la peau de…» Martine Audet, plume aiguisée au service de la poésie

«Dans la peau de…» Martine Audet, plume aiguisée au service de la poésie

Créer des espaces de résistance, de folie et d’attention

Publié le 6 septembre 2019 par Mathilde Recly

Crédit photo : Maryse Dubois

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Cette semaine, nous avons interviewé Martine Audet, poétesse inspirée et prolifique, qui vient tout juste de publier un nouveau recueil intitulé La société des cendres suivi de Des lames entières aux Éditions du Noroît.

Martine, depuis 1996, tu as déjà publié une douzaine de livres de poésie. Quand as-tu eu la piqûre pour l’écriture et l’agencement délicat des mots, au juste?

«Entendre des poèmes de Nelligan, d’Hébert et de Saint-Denys Garneau, dans une classe du secondaire, a été un véritable choc. Alors que le silence pesait en moi et sur moi, il me semblait soudain qu’un langage existait, qu’un langage était possible. Cependant, censures personnelles, histoires familiales, expériences à faire et fragilités m’ont replongée assez rapidement dans le mutisme et la blessure.»

«Au début de la trentaine, après quelques démarches, j’étais apaisée; mais comme devant un mur, une impossibilité d’être. Qu’est-ce que j’étais? Quel était mon rapport au monde? Comment appartenir à celui-ci? C’est alors que la lecture de quelques vers de Charron dans la critique d’un journal a fait ressurgir en moi l’étrange certitude ressentie à l’adolescence. Peu à peu, mot à mot, la stupeur qui me paralysait s’est transformée en étonnement, en questionnement, en poèmes. Mon premier recueil, Les murs clairs, est paru en 1996. J’avais 35 ans.»

Y a-t-il des poètes en particulier qui t’ont partagé leur passion et, si oui, comment ont-ils joué un rôle dans ton cheminement vers l’écriture poétique?

«N’ayant pas fait d’études (hormis un DEC) et ne venant pas d’un milieu littéraire ou artistique, c’est par la lecture que j’ai commencé à cheminer, y découvrant les surfaces et profondeurs des mots et de leurs agencements, ainsi que des temps et des espaces de résistance, de folie et d’attention nécessaires, des façons de regarder, donc, et des regards différents sur le monde.»

«Plus tard sont venues les rencontres, les amitiés poétiques et les collaborations qui ont participé et participent à mes apprentissages, multipliant les expériences et renforçant mes connaissances. Je pense, par exemple, aux cinq écrivaines et à l’artiste Louise Viger du projet Têtes, à José Acquelin, Christine Germain, Michel F. Côté lors de la réalisation d’un livre-CD, à une lecture de Paul Celan avec le poète Patrick Lafontaine, à des collectifs comme Un herbier de Montréal, dirigé par Bertrand Laverdure…»

Ton plus récent recueil, La société des cendres suivi de Des lames entières, est paru aux Éditions du Noroît le 21 août dernier. Peux-tu résumer à nos lecteurs, dans tes propres mots, le thème central et l’atmosphère qui se dégagent au sein de ces poèmes?

«La société des cendres est un livre constitué de sept sections et d’un poème appuyé sur un extrait de Les adieux de Lapierre. Chaque section tente un mouvement qui, au plus près du cœur et de nos manques, fait face à ce devenir commun que sont les cendres, tout en témoignant de ce qui, fragile, terrible ou merveilleux, se déploie en nous entre les pertes, les ravages, les ruines et les possibles métamorphoses. Sur fond de gravité et d’étonnement, y circulent des outils de présence, heures d’étoiles, chevaux des larmes et la lumière du dehors

«Pour sa part, Des lames entières dit combien la poésie est un geste depuis le corps, depuis le souffle et le regard; un geste qui, comme une lame de fond, saisit nos attirails de peurs et de désirs, de forces et de failles pour, bousculant nos certitudes, questionner notre présence autant que notre absence au monde.»

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Quel a été, selon toi, ton plus bel accomplissement littéraire à ce jour et pourquoi?

«J’espère bien sûr qu’il est à venir car il y a, dans l’expérience artistique, l’idée du mouvement, d’aller vers l’inattendu et-ou l’inconnu.»

«Ceci dit, j’ai et j’ai eu de grands bonheurs, dont un projet de poèmes et photographies, qui a été exposé à la maison de la culture Plateau Mont-Royal et qui est devenu le livre Le ciel n’est qu’un détour à brûler, ou encore la lecture d’un extrait de L’homme invisible de Patrice Desbiens, dans un spectacle dirigé par Michel Faubert au FIL, ou encore l’organisation, depuis 2012, avec la libraire Saskia Deluy, des expériences de lectures que sont Deux poètes et un.e absent.e

«Mais, parfois, il me semble que mon plus bel accomplissement est peut-être de pouvoir éclairer ces murs autour de moi (plutôt que de m’y écraser ou d’y être enfermée) et ainsi avancer dans la liberté, la joie et l’audace rigoureuse du poème.»

Pour un prochain ouvrage, quel.s éventuel.s sujets encore jamais exploré.s dans ton œuvre souhaiterais-tu aborder, et de quelle façon?

«Jusqu’à présent, j’ai considéré que le poème, même hanté par ce que je pense, ressens, imagine, vis, est un langage du dedans que je projette vers le dehors, une façon de faire advenir la parole, les voix en moi, en prenant et donnant forme. Pour cela, dans ce travail depuis le peu, sorte d’espace d’apparition/disparition, une absence attentive m’était nécessaire.»

«Or, dans Ma tête est forte de celle qui danse, paru en 2016, où est abordé le soulèvement des possibles avec ses ruptures et ses liens, j’ai remarqué que des lambeaux de vie collaient aux parois des poèmes.» 

«Est-ce que je peux écrire à partir d’éléments vécus, rêvés ou fictifs? Quels effets aurait ce retournement de l’élan sur mes interrogations? Je ne sais pas ce que cela deviendra, mais dans mon chantier d’écriture, il y a, actuellement, des poèmes en prose qui, sans être vraiment narratifs, sont fondés sur des micro-récits.» 

Pour découvrir nos précédentes chroniques «Dans la peau de…», visitez le www.labibleurbaine.com/Dans+la+peau+de…

*Cet article a été produit en collaboration avec les Éditions du Noroît.

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