«Dans la peau de…» Sarah Brunet Dragon, poétesse et essayiste proche du vivant | Bible urbaine

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«Dans la peau de…» Sarah Brunet Dragon, poétesse et essayiste proche du vivant

«Dans la peau de…» Sarah Brunet Dragon, poétesse et essayiste proche du vivant

Perdre sa voix pour la retrouver à nouveau à travers les mots

Publié le 10 mai 2019 par Mathilde Recly

Crédit photo : Robert Etcheverry

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Cette semaine, nous avons interviewé Sarah Brunet Dragon, autrice québécoise qui a récemment publié son essai Cartographie des vivants aux Éditions du Noroît.

Sarah, entre ton doctorat en littérature, ton travail pour le Réseau des bibliothèques publiques de Longueuil, et l’écriture de tes ouvrages, tu sembles être une mordue des livres. D’où est née ta passion et peux-tu nous résumer les moments charnières de ta carrière?

«Quand j’étais toute petite, je recevais par la poste, dans un colis à mon nom, un livre de Walt Disney au début de chaque mois. Mes parents me faisaient la lecture. Je n’avais pas encore appris à lire, mais à la fin du mois, j’étais capable de réciter toute l’histoire par cœur en suivant les mots sur la page avec mon doigt. Je pense que ça a commencé là.»

«Après, il y a eu les commandes chez Scholastic, la découverte des bibliothèques publiques, les séries Frissons et Chair de poule, ce genre de choses. Avec ma sœur et Amélie, notre amie qui habitait la maison voisine, nous passions nos après-midis à inventer des histoires dont nous jouions les personnages.»

«Je les transcrivais en scénarios officiels sur l’ordinateur familial quand j’avais le temps. C’était bien avant les études en lettres. Et puis, à l’université, ce sont surtout des rencontres, des évènements qui m’ont finalement amenée vers la poésie

En tant qu’autrice, où trouves-tu tes sources d’inspiration et comment développes-tu ton processus d’écriture lorsque tu te lances dans un nouveau projet? 

«La plupart du temps, je me contente de raconter les petits et grands évènements de ma vie pour ne pas les oublier, parce que j’ai pris l’habitude de tenir un journal il y a longtemps. L’intuition du poème vient plus tard, avec le travail de réécriture, et elle dépend de ma capacité à le reconnaître jusque dans les passages les moins palpitants, les détails les plus ordinaires.»

«D’un poème à l’autre, ma vision d’ensemble se précise peu à peu. Il peut arriver qu’un projet se déploie à l’extérieur de mon écriture journalière. L’un et l’autre évoluent alors en parallèle, avec plus ou moins d’interactions entre les deux. Parfois, aussi, une certaine intuition de la forme du recueil précède l’écriture des premiers poèmes et la guide. Ce n’est jamais pareil.»

«Ce qui est sûr, c’est qu’il me faut beaucoup de temps à la fin d’un processus d’écriture, plusieurs mois, pour me déprendre du projet, avant d’entrevoir la possibilité de commencer autre chose. Cette période de renouvellement est assez fatigante. Je suis forcée d’apprendre une nouvelle méthode de travail, d’autres codes, mais quelque chose en moi refuse de s’y laisser aller.»

«Je sais bien, pourtant, qu’il n’y a pas d’autre choix que de perdre ma voix pour la retrouver à nouveau. Mais je résiste à cette perte. Je lis beaucoup durant cette période. J’ai le sentiment de traverser une forêt très dense où je ne discerne plus grand-chose. Ça dure jusqu’à ce que j’arrête de m’agiter, quand je finis par ressortir de la forêt. J’abandonne enfin ce que je voudrais faire et je commence à considérer ce qui est là.»

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Ton essai Cartographie des vivants est sorti aux Éditions du Noroît. Peux-tu nous faire l’exposé du thème central et nous résumer les grandes lignes?

«Dans l’essai, justement, je m’efforce de considérer ce qui m’entoure pour développer une pensée proche du vivant. C’est-à-dire que j’essaie de refaire, à travers l’écriture, des liens entre les êtres (réels et fictifs) que je côtoie, les lieux que je visite et ceux où j’habite, les œuvres qui m’accompagnent, certains évènements de ma vie; de les lier entre eux et de me lier à eux par l’écriture, afin de former une cartographie qui me permette de donner un sens à mon existence.»

«Il me semble que ce sens peut être approché, pressenti à travers le lien à l’autre (quel qu’il soit, l’autre comme altérité au sens large).»

«Ça commence avec mon grand-père: il est là depuis ma naissance, mais il a fallu des années pour que je l’entende, pour que j’écoute son silence et qu’il s’ouvre à moi. Ma démarche passe par l’écriture, parce qu’écrire me permet d’écouter.»

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En 2017, tu as publié ton recueil de poésie À propos du ciel, tu dis. Qu’est-ce qui t’a poussée à faire le saut entre la poésie et l’essai?

«Les deux sont très près l’un de l’autre. Avec un peu de recul, il me semble que le recueil et l’essai racontent la même chose dans des formes différentes. Ou peut-être qu’ils racontent la même chose dans des formes complémentaires.»

«Quoi qu’il en soit, j’avais besoin des deux et le saut s’est fait naturellement. L’écriture de l’essai suit d’ailleurs de très près celle du recueil; ils sont nés du même contexte d’écriture.»

Soyons imaginatifs! Si tu pouvais inviter à ta table, le temps d’un dîner ou pour l’heure du thé, l’auteur.e de ton choix (toutes époques confondues), avec qui aimerais-tu t’entretenir et pourquoi?

«Ces temps-ci, j’inviterais Geneviève Elverum (ou Geneviève Castrée, selon ce qu’elle choisit). Juste parce qu’en la lisant, je me suis sentie tellement proche d’elle. J’ai traîné Maman sauvage et Maman apprivoisée dans mon sac pendant des semaines. Ses recueils, sa musique, ses dessins font maintenant partie de moi et je reviens souvent vers eux.»

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*Cet article a été produit en collaboration avec les Éditions du Noroît.

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