«Dans la peau de...» Véronique Sylvain, autrice et poétesse passionnée par le Nord | Bible urbaine

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«Dans la peau de…» Véronique Sylvain, autrice et poétesse passionnée par le Nord

«Dans la peau de…» Véronique Sylvain, autrice et poétesse passionnée par le Nord

«J’ai besoin d’écrire, comme j’ai besoin de boire, de manger, d’aimer»

Publié le 15 mai 2020 par Éric Dumais

Crédit photo : Mathieu Girard

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Cette semaine, nous avons interviewé Véronique Sylvain, autrice et poétesse franco-ontarienne, qui est en lice au Prix de poésie Trillium avec son premier recueil Premier quart.

Véronique, tu es autrice, poétesse et également responsable de la promotion et des communications aux Éditions David à Ottawa. À l’instar d’Obélix qui est tombé dans la marmite quand il était petit, à quel moment es-tu tombé en amour, toi, avec la littérature?

«Avant même que j’aie l’âge d’aller à l’école, j’inventais des histoires et les racontais aux membres de ma famille. Ma mère avait alors pris l’habitude d’écrire ce que je lui racontais, textes que j’accompagnais par la suite de dessins. Il m’arrivait aussi de calquer son écriture. Ces histoires que j’inventais, qui pouvaient prendre diverses formes, je les enregistrais à l’occasion sur des cassettes audio. Je suis même allée une fois les raconter à la classe de jardin d’enfants de mon grand frère!»

«Je crois que j’avais très hâte d’aller à l’école, où je pourrais apprendre à écrire, à lire et à partager mes idées. J’ai été chanceuse de pouvoir compter sur des enseignant.e.s à l’école primaire qui favorisaient beaucoup l’apprentissage de l’écriture, de la lecture et de toute forme d’art. Je me souviens avoir fait, en première année, un dessin de ce que je voulais être plus tard: une artiste, une autrice…»

«À l’école secondaire, tout en explorant le théâtre et la musique, je continuais de consacrer du temps à la lecture et à l’écriture, notamment de chansons. C’est en suivant un cours de littérature française, pendant lequel j’ai pu découvrir l’œuvre d’auteurs français, québécois… et franco-ontariens, que j’ai décidé de poursuivre des études en lettres françaises à l’université.»

Photo: Mireille Messier

Peux-tu nous expliquer ce qui t’a motivée à explorer, entre autres choses, la thématique du Nord comme sujet de ta thèse de maîtrise en lettres françaises à l’Université d’Ottawa? Et d’où te vient cette fascination pour des villes du Nord telles que Sept-Îles, Kapuskasing, Tadoussac ou Sudbury que tu as bien sûr visitées?

«Pendant mes études de premier cycle à l’Université Laurentienne de Sudbury, j’ai eu l’occasion de suivre des cours de littérature franco-ontarienne. Dans des cours portant sur le roman, la poésie, ou encore le spectacle en Ontario français, j’ai appris que le Nord (le Nord-Est, le Moyen-Nord, le Nouvel-Ontario…) était très présent dans des textes d’auteurs et d’autrices franco-ontarien.ne.s. Ayant un penchant pour la chanson et la musique, j’ai alors décidé d’entreprendre un mémoire de spécialisation, sous la supervision de Johanne Melançon, sur le Nord dans la chanson franco-ontarienne contemporaine.»

«Après avoir habité dans le Nord ontarien pendant vingt-deux ans, je me retrouvais à Ottawa pour entreprendre des études à la maîtrise en lettres françaises. Les grands espaces du Nord me manquaient, et c’est à travers mon écriture et celle de poètes franco-ontariens que j’ai trouvé un certain réconfort. Plutôt que de faire une thèse en création littéraire, j’ai décidé de faire une thèse en recherche, en étudiant la thématique nordique dans la poésie de Patrice Desbiens (décalage, Prise de parole, 2008) et de Pierre Albert (L’espace éclaté, Prise de parole, 1988).»

«Ma propre réflexion sur le Nord a donc en grande partie été approfondie grâce à la lecture de la poésie de Desbiens et d’Albert, mais aussi celle de Robert Dickson, de Jean Marc Dalpé et de Michel Dallaire. J’ai tenté par la suite d’inscrire ma poésie dans ces lignées d’auteurs émergents ou établis, mais aussi de m’en démarquer, même si leurs œuvres ont influencé ma démarche d’écriture.»

«Je crois que ma fascination pour des villes nordiques vient du milieu qui m’a vu naître, dans lequel j’ai vécu, mais aussi des livres que j’ai lus au fil du temps. C’est en lisant la poésie de Patrice Desbiens et de Robert Dickson, à la fin du secondaire, que j’ai voulu découvrir Sudbury, la dureté de son paysage et la chaleur des gens qui y habitent. C’est en lisant des œuvres de la littérature franco-ontarienne, que je me suis rendu compte que Kapuskasing, ville du Nord-Est ontarien où je suis née, était très peu présente, et que je voulais aborder cette ville dans mon écriture.»

«Il y a plusieurs étés, je travaillais à Cabano (aujourd’hui, Témiscouata-sur-le-Lac), dans le Témiscouata, près du Bas-Saint-Laurent. Ayant de la famille à Rivière-du-Loup, je m’y rendais régulièrement pour prendre le large, être près du fleuve. J’ai par la suite voyagé avec des amies dans le Bas-Saint-Laurent et dans la Côte-Nord, mais aussi en Gaspésie. Plus tard, j’ai comblé ce manque des grands espaces québécois en lisant de façon compulsive des livres de Naomie Fontaine, Natasha Kanapé Fontaine, Joséphine Bacon, des haïkistes de la Côte-Nord… Ce sont des paysages qui m’habitent toujours et qui continuent de nourrir ma poésie.»

Le 29 septembre dernier, ton premier recueil de poésie, Premier quart, voyait la lumière du jour aux Éditions Prise de parole. Bien sûr, le Nord y est en quelque sorte le point focal, mais le rapport à la nature, l’identité féminine et les réalités vécues dans ces régions au climat nordique sont elles aussi abordées. Pourquoi avoir choisi la voie de la poésie pour exprimer cette passion pour le Nord?

«Comme j’avais un penchant pour la chanson et la musique, donc pour les arts de la scène, et que la poésie se rapproche de l’oralité, je crois qu’il a été naturel pour moi d’écrire de la poésie pour dire, raconter le Nord. Je ne crois pas avoir fait le choix conscient d’écrire de la poésie… c’est elle qui s’est presque toujours imposée à moi.»

Et si tu nous partageais un extrait de poème, celui qui te vient en tête instantanément, qui te fait du bien peut-être, et dont tu aurais envie de nous parler un peu?

au travail

mon grand frère
est gambler

il mise sa

chemise

sous la terre

 

du Nord de l’Ontario
pour un salaire

plus intéressant
qu’une vie.

à Ottawa
je reste cette

crainte à l’autre
bout du téléphone

à l’autre bout

d’un crayon
à mine

(p. 17, tiré de Premier quart).

***

«Il s’agit d’un texte que j’ai écrit notamment pour expliquer les différences entre le milieu de travail de mon frère, qui travaille dans une mine du Nord de l’Ontario, et le mien, celui de l’écriture, de l’édition, un travail plus intellectuel, mental, mais qui peut aussi devenir physique (par exemple, lorsqu’on termine un projet d’écriture). C’est un poème dans lequel je transpose aussi mon affection et mon admiration pour mon frère, mais aussi l’inquiétude que j’éprouve, sachant qu’il travaille dans un milieu qui peut devenir dangereux. Ce que j’essaie de faire, plutôt que de passer mon temps à m’inquiéter, c’est d’écrire…»

Premier quart fait partie des œuvres en lice pour le Prix littéraire Trillium, qui vise à récompenser les écrivaines et écrivains francophones de l’Ontario et leurs éditeurs. Toutes nos félicitations et la meilleure des chances! Comment as-tu accueilli la nouvelle et, selon toi, qu’est-ce que cela peut t’apporter pour la poursuite de ta carrière d’autrice?

«C’est une belle reconnaissance, surtout pour un premier recueil de poésie. Comme je travaille dans le milieu de l’édition depuis plusieurs années, j’ai déjà assisté, à titre de représentante d’une maison d’édition, à la remise des Prix Trillium, à Toronto. C’était toujours inspirant de voir la fierté et la fébrilité sur les visages des auteurs et des autrices nominé.e.s. J’étais très heureuse pour eux et pour elles. Je les enviais un peu!»

«Cette année, en raison de la crise de la COVID-19, je me suis dit que peut-être la remise des Prix n’aurait pas lieu. J’ai appris toutefois en mars dernier que j’étais finaliste; une nouvelle qui se prend bien, surtout en ces temps incertains et difficiles. Quoique j’aurais aimé assister à l’évènement en personne, je suis tout de même très contente qu’Ontario Créatif ait décidé d’organiser une remise des prix sur le Web.»

«J’ai besoin d’écrire, comme j’ai besoin de boire, de manger, d’aimer. Je n’écrivais évidemment pas en gardant en tête les prix et les reconnaissances. Toutefois, je dois dire que ça fait chaud au cœur et que c’est encourageant d’être nominée pour un prix littéraire; ne serait-ce que pour la reconnaissance de mes paires, pour confirmer que je suis sur la bonne voie et que je dois continuer d’écrire. C’est également une bonne visibilité, surtout pour un premier recueil de poésie.»

N’hésitez pas à consulter le site officiel d’Ontario Creates pour connaître les noms de tous les finalistes du Prix littéraire Trillium de Toronto au www.ontariocreates.ca. Pour découvrir nos précédentes chroniques «Dans la peau de…», visitez le www.labibleurbaine.com/nos-series/dans-la-peau-de.

*Cet article a été produit en collaboration avec les Éditions Prise de parole.

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