«Danser a capella» de Simon Boulerice: monologues en action | Bible urbaine

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«Danser a capella» de Simon Boulerice: monologues en action

«Danser a capella» de Simon Boulerice: monologues en action

Publié le 28 novembre 2012 par Éric Dumais

«Ce n’est pas précisément un recueil de nouvelles. Appelons plutôt ça un recueil de monologues dynamiques, conçus pour la scène, mais lisibles dans le confort reposant de son foyer», peut-on lire sur la quatrième de couverture du plus récent livre de Simon Boulerice, paru aux Éditions de Ta Mère.

Situé à des années-lumière du court roman Javotte, publié mi-août chez Leméac Éditeur, Danser a capella de Simon Boulerice explore davantage le côté ludique de la pièce Martine à la plage, qu’il avait mis en scène à l’automne au Théâtre Denise-Pelletier, avec en plus la liberté d’expression et la fougue propres à Ta Mère.

Au sein de sept monologues plus éclatés les uns que les autres, qui ont tous été lus ou adaptés pour le théâtre, Simon Boulerice explore les variantes du langage avec sept courtes histoires ludiques où la force réside davantage dans l’effet que dans le contenu. Évidemment, Danser a capella n’est pas l’ouvrage le plus marquant du jeune prodige; c’est avant tout un bon divertissement et un bel essai qui s’oublie pourtant bien vite.

Les sujets exploités sont par contre très dynamiques et toujours appuyés d’une action qui les représente. Chaque chapitre débute en effet avec une esquisse grossière représentant le titre et l’action principale de l’histoire, que ce soit la danse, le chant ou la course, et chacune d’entre elle est écrite dans un style unique adapté pour la scène.

Par exemple, Ambroise Masson, célibataire depuis 27 ans et fier résident d’Ho-Ma, ouvre la marche avec une personnalité assez hors du commun. Ce dernier, alors qu’il était plus jeune, essayait de susciter l’attention de ses professeurs et de ses amis en provoquant volontairement ses saignements de nez. Devenu adulte, voilà qu’il fait des pieds et des mains pour faire rire ses collègues de bureau en faisant le pont ou la roue lors du party de Noël, acrobaties ridicules qu’il pratique assidûment dans sa douche.

Julie, qui a regardé volontairement l’éclipse solaire afin d’être sélectionnée pour participer à l’émission télévisuelle Parcelles de soleil avec Claude Lafortune et qui s’est enduit de l’eau de javel dans les yeux en étant persuadée qu’elle recouvrait la vue, et ce, dans le seul et unique but de remporter un vélo ou une table de ping-pong, est auréolée du même pathétisme qui recouvre, tel un voile maléfique, le destin de ces personnages, avouons-le, assez hors du commun.

Si certaines histoires, dont Tout ce que je veux pour Noël, c’est toi, Danser a capella, L’aveuglement des gamines communes et La force de courir après toi sont très ludiques et dynamiques, voire absurdes, il en va autrement, par contre, de Simon a toujours aimé danser, qui présente une série de courts sketchs plus ou moins cocasses. On ressent le caractère autobiographique de chacun, et la cassure, à la mi-roman, est beaucoup trop drastique. On s’en serait passé, car le reste du livre nous donne le sourire en coin, une esquisse faciale assez évidente, du moins, pour se faire remarquer dans les transports en commun. Sinon, l’ouvrage, par son vocabulaire full-trash et son non-respect des conventions grammaticales se révèle être un excellent divertissement qui se dévore en une heure, gros max.

Appréciation: ***1/2

Crédit photo: Les Éditions de Ta Mère

Écrit par: Éric Dumais

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