«Harry Potter et l’enfant maudit - Parties 1 et 2» de J.K. Rowling | Bible urbaine

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«Harry Potter et l’enfant maudit – Parties 1 et 2» de J.K. Rowling

«Harry Potter et l’enfant maudit – Parties 1 et 2» de J.K. Rowling

Le danger des retourneurs de temps

Publié le 17 novembre 2016 par Marc-André Amyot

Crédit photo : Éditions Gallimard

C’est par une récente pièce de théâtre que la grande J.K. Rowling, avec l’aide du dramaturge Jack Thorne et du metteur en scène John Tiffany, nous replonge au cœur des intrigues magiques du monde des sorciers anglais. Avec Harry Potter et l’enfant maudit, la nostalgie refait surface. Un bouquin tout indiqué pour ceux et celles qui n’ont toujours pas fait leur deuil de Poudlard et du trio infernal Harry-Ron-Hermione et qui souhaitent à tout prix retrouver leurs aventures.

Le récit reprend exactement là où il s’était terminé dans Harry Potter et les reliques de la mort, c’est-à-dire dix-neuf ans après la chute de Voldemort, sur le quai de la gare Kings Cross, entre les voies 9 et 10. Dans cette nouvelle histoire, nous retrouvons Harry Potter, Hermione Granger et Ron Weasley à l’âge adulte. Parvenus au sommet de la gloire, ils coulent de jours heureux avec leur marmaille. Marié à Ginny Weasley, employé au ministère de la Magie et père de trois enfants, Harry est toujours aux prises avec son passé. Si Voldemort a enfin été mis hors d’état de nuire, la réputation du survivant, elle, demeure intacte et commence à peser lourd sur le moral de son second fils, Albus Severus Potter. Difficile, en effet, d’être le fils de.

D’une amitié «inattendue» entre un Potter et un Malefoy naîtra un récit en montagne russe, avec peu de longueurs, mais également peu de surprises. La rumeur veut que ce Scorpius Malefoy, le fils de l’autre (on ne s’en sort pas) soit en fait l’enfant maudit, le fils de celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Est-il réellement qui la rumeur affirme qu’il est? Alors que le passé s’invite chez les Potter lors d’une visite inattendue de M. Diggory, le père de Cédric – rappelons qu’il fût la victime du Seigneur des Ténèbres lors de la finale de la Coupe de feu – le petit Albus y voit une occasion de créer sa propre histoire et de réparer les «erreurs» d’un père en qui il ne se reconnaît pas. Parviendra-t-il à changer le cours des choses? Jouer avec le temps peut s’avérer un jeu dangereux…

Qui n’a pas été attiré par cette nouvelle: une pièce sur Harry Potter, enfin, la suite! Un excellent coup marketing, il faut l’admettre. Mais une fois passé le feu d’artifice de l’annonce et que les esprits se sont calmés, que reste-t-il? Un lecteur qu’on n’a pas respecté. Jugement difficile? Pas vraiment, compte tenu de résultat final.

Harry Potter, c’est bien plus qu’une génération qui a appris à lire sous la couverture, accompagnée d’un chien à trois têtes, d’une coupe de feu trafiquée et de la bataille de Poudlard. Harry Potter, ce sont aussi tous ces parents qui ont réservé en hâte des exemplaires pas encore parus auprès de leur librairie de quartier, tous ces frères, toutes ces sœurs, tous ces amis qui ont attendu patiemment leur tour pour entamer l’un des sept ouvrages de Rowling. Harry Potter, c’est l’écho d’une rêverie magique qui nous a tenus en haleine tard dans le silence d’une maison plongée dans la noirceur de la nuit. Enfin, Harry Potter, c’est tout sauf cette pièce de théâtre décevante, prévisible et beaucoup moins charmante que les livres qui l’ont précédée.

Cet opus complémentaire de la saga Potter est la goutte de trop. Dès les premières phrases, on sent le trait poussé, le manque de naïveté enfantine qui nous a tant charmés chez les personnages, le plan de rédaction, le manque de rêverie. De nouveaux personnages aux caractéristiques simples viennent plomber un peu plus l’appréciation, de très pâles copies de leurs parents, qui quant à eux nous reviennent avec des conversations insipides et des vies miraculeusement trop rose bonbon. Il y a un manque de vrai dans cette magie qu’on tente de recréer. Le manque de naturel transparaît à chaque page.

Pourquoi fallait-il en remettre une couche supplémentaire? Outre le rappel d’un monde qu’on a tant aimé, tout laisse le lecteur sur son appétit. La faiblesse du récit se ressent surtout dans la trame narrative, encore une fois tournée autour d’aventures influencées, de près ou de loin, par les agissements des forces du mal au service de… Voldemort. À cet effet, Rowling et Thorne ont manqué à leur tâche de faire évoluer le récit.

Harry Potter et l’enfant maudit se présente donc non pas comme une œuvre littéraire dans le giron des opus précédents, mais comme une initiative commerciale qui cherche à user des retourneurs de temps pour convaincre les lecteurs que la magie existe encore.

À toute fin pratique, une seule formule issue des aventures d’Harry Potter peut résumer ce dernier bouquin: Méfaits accomplis!

«Harry Potter et l’enfant maudit» de J.K. Rowling, John Tiffany et Jack Thorne, Éditions Gallimard, 350 pages, 34,95 $.

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