«Javotte» de Simon Boulerice | Bible urbaine

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«Javotte» de Simon Boulerice

«Javotte» de Simon Boulerice

La méchante demi-sœur de Cendrillon

Publié le 31 août 2012 par Éric Dumais

Crédit photo : Leméac Éditeur

Simon Boulerice, qui a signé récemment la mise en scène de la comédie Il était des fois de Philip Rodrigue et qui présentera, du 12 au 29 septembre, la pièce Martine à la plage au Théâtre Denise-Pelletier, vient de révéler au grand public Javotte, un court roman paru chez Leméac Éditeur, qui met en scène une jeune adolescente candide et maligne qui essaie de devenir une princesse dans un monde superficiel et cruel.

Malgré son physique quelconque et son fâcheux caractère, Javotte, dont le nom fait référence à la méchante demi-sœur de Cendrillon dans le conte du même nom, n’est pas tout à fait une mauvaise fille. Au contraire, c’est une fille intelligente, tantôt fort serviable avec les uns, tantôt bien intentionnée avec les autres, qui n’a en réalité qu’un seul petit problème: son manque de confiance en elle. Il est vrai, depuis que son père s’est tué accidentellement, alors qu’elle et lui se tiraillaient gentiment pendant que la voiture roulait à tombeau ouvert sur l’autoroute, et que la force de l’impact, après maints carambolages, lui a broyé ses deux pieds, Javotte n’est plus tout à fait le même. En plus d’avoir le deuil de son père sur la conscience, ses pieds ont allongé et grossi démesurément, ce qui lui enlève, au sein du tableau général, une énorme couche de féminité, déjà qu’elle éprouve toute la misère du monde à se sentir dans le corps d’une femme.

Oscillant entre le passage de l’enfance à la vie adulte, l’éveil sexuel, l’aversion pour ses semblables et la notion de beauté dans un monde où la superficialité règne comme un Roi sur son peuple, Javotte tente de trouver un sens à sa vie et d’acquérir coûte que coûte l’objet de son désir: Luc Harvey. Hélas, le jeune sportif n’attache aucun intérêt à sa personne, préférant de loin l’exquise Carolanne, la plus belle fille de l’école. Évidemment, Javotte apprend à détester Carolanne plus que tout au monde, car dans son projet secret de conquérir le cœur de luc, Carolanne représente l’ennemie jurée. Tout comme sa sœur Anastasia, Javotte devra accepter ses imperfections et focaliser sur l’essentiel: réaliser ses fantasmes pendant qu’il en ait encore temps.

Simon Boulerice a fait de son héroïne Javotte une vraie princesse des temps modernes. Incomprise, mal-aimée et rejetée, la jeune adolescente, qui a pourtant de beaux atours sous un manteau d’imperfections, est incapable de réaliser la chance qu’elle a d’être belle et en santé à cause de sa mère absente qui ne cesse de la gronder pour des peccadilles et des autres élèves de son école, en particulier Carolanne et Camille, qui ne font que la dénigrer pour mieux se remonter. S’il y a bien un élément authentique dans cette histoire, c’est bien la pauvre Javotte!

La force de l’auteur est d’avoir inventé de toutes pièces une jeune fille qui ressemble à la grande majorité des jeunes adolescentes de nos jours. Écrit à la première personne du singulier, le roman présente, grâce à une plume incisive et inventive, une vision subjective d’une adolescente aux abois qui n’a d’autre choix que de répandre le mal autour d’elle pour se faire remarquer par autrui. Aussi intelligente que la Bérénice de Réjean Ducharme, mais évidemment sans l’instinct du pyromane, Javotte n’hésite jamais avant de passer à l’acte et d’arriver à ses fins. Ainsi, elle découvrira à ses dépens que pour accéder à l’objet de son désir, il faut travailler fort et faire preuve d’une perspicacité sans borne. Javotte, au fond d’elle-même, n’est qu’une jeune femme incomprise qui a un besoin primaire de se sentir appréciée pour être bien dans sa peau.

Reflet d’une société superficielle, Javotte est un roman qui dresse un portrait fidèle de la société d’aujourd’hui, qui n’a jamais cessé de corrompre l’individu, et ce, même à l’époque où Jean-Jacques Rousseau dressait le comportement d’Émile au XVIIIe siècle.

Si vous avez envie de plonger tête première dans le quotidien d’une jeune adolescente à la recherche du bonheur et du grand amour, vous adorerez ce petit bijou à la fois drôle et cruel, puisqu’au fond de chaque individu se terre une jeune fille candide et néophyte qui ne souhaite qu’une rencontre salvatrice pour se relever et faire face aux difficultés de la vie avec la confiance d’un acteur populaire.

Si ce roman vous captive, nous vous suggérons notre critique de «Danser a capella» de Simon Boulerice, paru récemment aux Éditions de Ta Mère. Cliquez ici!

 

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