«La petite anecdote de…» Antoine Charbonneau-Demers, en correspondance intime | Bible urbaine

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«La petite anecdote de…» Antoine Charbonneau-Demers, en correspondance intime

«La petite anecdote de…» Antoine Charbonneau-Demers, en correspondance intime

Le jeune auteur se vide le coeur

Publié le 28 septembre 2020 par Vincent Gauthier

Crédit photo : Same Ravenelle

Chaque semaine, Bible urbaine demande à des artistes de tous horizons de raconter une anecdote ludique, touchante ou simplement évocatrice sur un thème inspiré par son œuvre. Cette fois, c’est au tour d’Antoine Charbonneau-Demers de se prêter au jeu. Avec son dernier livre, Daddy, paru d'abord en ligne puis en version papier aux éditions VLB au printemps dernier, l'écrivain a confié l'avoir écrit dans l’urgence de la pandémie en seulement deux semaines, à coups de séances de dix heures d’écritures par jour! Aujourd'hui, il nous partage une anecdote teintée de mélancolie sous la forme d’une correspondance, où il se confie et partage ses craintes et ses regrets.

Cher correspondant suicidaire,

Tu me rappelles un ancien correspondant. On était dans le même atelier d’écriture à l’université. Il me trouvait beau, il me trouvait cool avec mes vêtements, mon MacBook, toutes les affaires que je flashais. Il était timide. Son dernier texte portait un titre avec le mot caca dedans. C’était un très bon texte, mais quand est venu son tour de lire à voix haute, il avait disparu. Il devait être gêné. Son histoire parlait d’un garçon de sa classe dont il était amoureux. C’était moi.

Mes ami·es l’avaient invité à notre souper de Noël. Il a fumé du pot pour la première fois, c’était une image traumatisante, son visage rouge, ses cheveux orange et la boucane qui sortait par tous ses trous quand il s’étouffait. Il faisait vraiment pitié.

Des mois, voire des années plus tard, on s’est mis à correspondre. C’était intéressant. Mais j’ai bêtement arrêté de lui écrire. Il m’a reproché, dans une de ses lettres qui ne trouveraient jamais de réponse, de l’avoir utilisé pour assouvir un fantasme littéraire. Il voulait mourir, lui aussi, mais il me l’a annoncé de façon plus explicite que toi. J’ai peur qu’il se soit suicidé par ma faute.

Depuis la sortie de Daddy, je t’ai négligé. J’ai lu tes dernières lettres sans y répondre. On dirait que je t’ai utilisé, toi aussi. En plus, je mets en scène notre correspondance dans Daddy. Elle m’a beaucoup servi. Tu dois vraiment penser que je t’ai abandonné dès que j’en ai eu fini, de toi. Mais c’est faux: j’ai encore très besoin de toi.

Hier, je suis allé au lancement d’une revue à laquelle j’ai contribué. Là-bas, j’ai discuté avec d’autres auteur·ices. L’un d’eux.elles m’a dit, alors que je lui parlais de Daddy, «Je ne savais pas, en lisant, que tu avais fait un pacte avec le réel». Je n’ai pas compris pourquoi. Je l’avais pourtant dit dans le livre. C’était donc insuffisant ? Encore une fois, j’apprends que le problème persiste: personne ne me croit. Sauf toi.

Antoine

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Le dernier roman d’Antoine Charbonneau-Demers, Daddy, est disponible dès maintenant dans toutes les librairies et ici. Vous pouvez lire d’autres anecdotes et des critiques de livres en cliquant juste ici.

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