«La petite anecdote de…»: Nicholas Giguère, sur le désir entre hommes | Bible urbaine

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«La petite anecdote de…»: Nicholas Giguère, sur le désir entre hommes

«La petite anecdote de…»: Nicholas Giguère, sur le désir entre hommes

Un poème sexu qui ne prend pas de détours

Publié le 4 janvier 2021 par Vincent Gauthier

Crédit photo : Jessica Renaud

Chaque semaine, Bible urbaine demande à des artistes de tous horizons de raconter une anecdote ludique, touchante ou simplement évocatrice sur un thème inspiré par son œuvre. Cette fois, c’est au tour de Nicholas Giguère de se prêter au jeu! Avec Petites annonces, sa troisième parution à voir le jour chez Hamac, l'auteur québécois dépeint, avec une plume à la fois poétique, crue et sans gêne, les nombreuses formes de discriminations existant au sein de la communauté gaie. Pour faire écho au format de ses «petites annonces», Nicholas nous livre ici un poème sexu, tout à fait dans l'esprit du haïku japonais, où il y dévoile les nombreux désirs qui existent entre deux hommes, qu'ils soient inassouvis ou bien hors normes.

Petites annonces: coda, par Nicholas Giguère

le gars bear mature de l’est de Sherbrooke

le gars marié de Rock Forest

le gars à la grosse queue

le gars qui travaille au public

le gars pas loin de chez moi

le gars en couple avec un autre gars

le gars marié de Magog

le gars qui est venu me sucer un mercredi matin avant mon cours de création littéraire

le gars qui est venu chez moi pour un trip un après-midi d’août

le gars qui reste sur la rue Marcil juste en face du lac des Nations

le gars qui s’était endormi chez sa chum de fille et qui est venu me piper en pleine nuit

 

de vous

j’ai très peu de souvenirs

 

rien n’est très clair

 

quelques détails insignifiants

des peccadilles

 

la queue d’un tel est longue mince et molle

c’est rare

 

tel autre a une grosse bite dure

il porte une casquette et du vieux linge

 

je me lève aux aurores pour une fellation minute

tu passes avant ton shift à Waterville

 

toi tu arrives plutôt chez moi en pleine nuit

après ton quart d’infirmier au CHUS

tout le long tu me traites de grosse cochonne

et me parles de tes maux de dos

tu pars en m’ordonnant de rester discret

faut pas que mon chum le sache

 

je me rappelle vaguement d’un mec bedonnant

full canon

qui a trompé sa blonde avec une autre fille

«faut que je fasse attention

c’est rendu qu’elle me watche pas mal»

you bet choupinet

 

David

beau grand barbu

tu reviens parfois me hanter

j’espère te revoir

 

toi aussi gars d’Ottawa

qui étudie maintenant en gestion de la santé à l’Université de Sherbrooke

 

ou peut-être pas

 

je peux rien affirmer

ou certifier

vos corps

vos sexes

s’entremêlent

 

à qui ce pénis qui me perfore

et me fait atrocement mal?

est-ce au bonhomme qui veut déménager à Sainte-Catherine-de-Hatley?

ou à l’agrès qui me tord les mamelons?

 

je suis certain de deux choses:

vous ramez tous votre queue

dans ma bouche béante

l’un de vous m’initie aux trips dad/son

 

beaucoup s’assoient sur mon ventre

pour décharger sur mon visage

c’est plus confortable

et ça évite d’en mettre partout sur les draps

 

c’est tout

 

le reste

c’est flou

comme un lendemain de veille au Rohypnol

 

voilà mon drame

qui est celui de toute slut:

à force de multiplier les hookups

on finit par oublier

les corps

auxquels on a été liés

ne serait-ce qu’un instant

ils nous disent plus grand-chose

nous parlent plus vraiment

on les confond allègrement avec d’autres

(à qui cette main?

cette bouche?

ce sexe?)

 

pour les sluts

tous les corps

tôt ou tard

deviennent interchangeables

 

ces corps

qu’on a pourtant adorés

adulés

 

qui nous ont touchés

palpés

tenus dans leurs bras

 

traversés

 

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Petites annonces, le plus récent roman de Nicholas Giguère, est disponible dès maintenant dans toutes les bonnes librairies. Cliquez sur l’image ci-haut pour en savoir plus! Vous pouvez lire d’autres petites anecdotes juste ici.

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