«La petite anecdote de…» Simon Boulerice et la mascotte mélancolique | Bible urbaine

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«La petite anecdote de…» Simon Boulerice et la mascotte mélancolique

«La petite anecdote de…» Simon Boulerice et la mascotte mélancolique

Les dessous assez cocasses d'un métier méconnu

Publié le 12 octobre 2020 par Vincent Gauthier

Crédit photo : Camille Tellier

Chaque semaine, Bible urbaine demande à des artistes de tous horizons de raconter une anecdote ludique, touchante ou simplement évocatrice sur un thème inspiré par son œuvre. Cette fois, c’est au tour de Simon Boulerice de se prêter au jeu. L'auteur nous raconte une histoire qui incarne bien l'idée de son nouveau roman, Pleurer au fond des mascottes, disponible depuis le 6 octobre aux Éditions Québec Amérique. Il s'agit là d'une histoire courte assez drôle, à la fois pitoyable et touchante, qui va sans doute réussir à vous mettre le sourire au visage pendant le confinement!

Pleurer au fond des mascottes

Nous sommes le 1er juillet et il fait une chaleur étouffante. J’incarne Feuille d’érable, la mascotte atrocement lourde de la fête nationale. Il n’y a pas de légèreté qui tienne.

Je porte donc une ambitieuse structure pelucheuse: une feuille d’érable rouge. Ce premier juillet-là est caniculaire. Je confirme: dans ma mascotte, il fait facilement 15 ou 20 degrés de plus. Un ventilateur dans un des coins de la feuille est défectueux; aucun vent ne circule dans l’habitacle digne d’un sauna.

Je vois la vie à travers le sourire. Il y a un filtre noir à la hauteur de mes yeux: c’est la bouche souriante de Feuille d’érable.

Je peux voir sans être vu, délectable posture pour le voyeur que je suis. Je passe une journée à faire des pitreries dans le silence et à accueillir les câlins d’enfants asiatiques. On jurerait que les familles chinoises, japonaises et vietnamiennes sont les seules à être présentes, aujourd’hui. Leur sourire parfait m’attendrit, mais je manque de concentration. Mon pelage hors saison cause la ruine de mes glandes. J’ai prévu le coup: je me suis hydraté comme un chameau, j’ai stocké jusqu’à la fin des temps.

Une envie de pipi se manifeste. On n’a rien de prévu pour moi. Je suis convié à uriner au même endroit que les festivaliers: dans une étroite toilette chimique. Il faut ici voir une mascotte faire la queue, parmi la plèbe en sueur. L’absurdité émouvante de ça.

C’est à mon tour. Je contorsionne les pans de ma vaste feuille d’érable pour me faufiler dans le cercueil bleu et vertical. Toutes les pointes du costume raclent les murs. Je le soulève au maximum pour atteindre ma fermeture éclair. J’urine loin de mon profit; ça éclabousse partout dans mon pelage rouge.

Je sors dans une fourrure maculée de postillons de pipi. Rapidement, deux enfants japonais se jettent sur moi et se lovent à la hauteur de mon dégât. Des parents capturent ce moment de tendresse.

Je suis infiniment navré pour tout ça.

Pleurer-Au-Fond-Des-Mascottes-Simon-Boulerice

Le plus récent roman de Simon Boulerice, Pleurer au fond des mascottes , est disponible dès maintenant dans toutes les librairies. Cliquez sur l’image ci-haut pour en savoir plus! Vous pouvez lire d’autres anecdotes et critiques de livres en cliquant ici.

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